PORT-AU-PRINCE, 14 août 2025 (RHINEWS) – Le Mouvement Justice Éthique et Solidarité (MOJES) lance un appel en faveur d’une transformation en profondeur de la culture politique haïtienne, estimant que la manière dont les citoyens conçoivent leur rapport à l’État et l’usage des fonctions publiques alimente directement l’effondrement sécuritaire actuel.
Dans une note de position consultée par RHINEWS, le MOJES souligne qu’il est urgent de repenser « la manière dont l’espace physique du pays est organisé, la façon dont nous développons notre rapport avec l’État – en particulier la manière dont nous considérons les biens publics – et la manière dont nous comprenons et vivons les objectifs citoyens dans la politique ». Selon l’organisation, « la mentalité qui réduit la politique et le travail dans l’État à une opportunité de faire de l’argent et de voler constitue un grave handicap » et « mène aussi à la crise sécuritaire » .
« La crise que nous vivons n’est pas seulement une affaire d’armes et de gangs ; c’est aussi une question de valeurs et de conception du devoir public », insiste le mouvement, qui exhorte les dirigeants à placer l’intérêt général au cœur de l’action publique plutôt que les gains personnels .
Cet appel intervient dans un contexte d’urgence nationale. Les Nations Unies rapportent que plus de 1,3 million de personnes ont été déplacées par la violence des gangs et l’impunité, alors que la capitale est régulièrement paralysée et isolée du reste du pays. Le plan de réponse humanitaire 2025 pour Haïti n’est financé qu’à hauteur de 9 %, un taux le plus bas parmi tous les appels humanitaires mondiaux cette année.
Sur le plan sécuritaire, la mission multinationale d’appui à la sécurité (MSS), dirigée par le Kenya et autorisée par l’ONU, peine à obtenir des avancées décisives aux côtés de la Police nationale d’Haïti, malgré un mandat prolongé jusqu’en 2025 et la poursuite du soutien international.
Le MOJES présente sa démarche comme un véritable « réarmement civique » : redéfinir la politique comme un service, protéger les biens publics et réorganiser les relations entre l’État et les citoyens. « Nous ne pourrons bâtir une Haïti pacifique et prospère si la fonction publique continue d’être perçue comme une affaire privée », avertit le mouvement .

