PORT-AU-PRINCE, samedi 20 septembre 2025 (RHINEWS) – La nomination de Gérald Remplais à la tête de l’Administration Générale des Douanes (AGD) plonge les institutions haïtiennes dans une nouvelle controverse retentissante. Deux organisations de la société civile, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et l’Organisation Citoyenne pour une Nouvelle Haïti (OCNH), dénoncent ce qu’elles qualifient de scandale d’État, rappelant que l’intéressé est inculpé pour des faits graves et qu’un mandat de comparution a été émis contre lui par la Cour d’Appel de Port-au-Prince. Pour ces structures, cette nomination est non seulement contraire aux principes de l’État de droit mais également une menace directe contre la crédibilité et la sécurité de l’État haïtien.
Selon les informations disponibles, le dossier judiciaire de Gérald Remplais serait en effet lourd. Selon un mandat de comparution daté du 25 août 2025 et signé par le juge de la chambre d’instruction, le magistrat Noë Pierre Louis Massillon, l’actuel directeur de l’AGD a été convoqué pour répondre d’accusations allant du transport et trafic illégal d’armes à feu et de munitions, au blanchiment de capitaux et financement du terrorisme, en passant par la fausse monnaie et complicité de fausse monnaie, l’association de malfaiteurs, la fraude fiscale, l’évasion fiscale et la contrebande. Le mandat précise que ces faits sont sanctionnés par plusieurs dispositions légales, dont les articles 44, 45, 224 et 225 du Code pénal haïtien, le décret du 23 mai 1989 sur le contrôle des armes à feu et munitions, la loi du 1er novembre 2013 sanctionnant le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ainsi que l’article 238 du décret du 5 mars 1987 sur la répression de la contrebande. Le juge avertit que « s’il fait défaut, un mandat d’amener sera décerné contre lui conformément à l’article 77 du Code d’instruction criminelle », tout en rappelant que l’inculpé dispose du droit constitutionnel de se faire assister d’un avocat ou d’un témoin de son choix à toutes les phases de la procédure.
Le RNDDH insiste sur le fait que Gérald Remplais ne peut se prévaloir du principe de présomption d’innocence dans ce dossier. L’organisation précise que « pour de telles infractions, c’est le principe du renversement du fardeau de la preuve qui prévaut sur le principe “actori incumbit probatio” qui veut que la preuve incombe au Parquet ». Selon elle, l’ordonnance de non-lieu dont M. Remplais avait bénéficié a été infirmée par la Cour d’Appel, ce qui remet l’affaire dans son état initial et prouve que la procédure judiciaire est toujours en cours. De plus, le Parquet, en sa qualité de chef de la poursuite, a déjà requis le renvoi de l’inculpé devant la juridiction de jugement. « Sa nomination doit être annulée », exige le RNDDH, dénonçant ce qu’il considère comme une violation flagrante des principes de moralité publique et un signe de mépris pour la justice.
L’OCNH abonde dans le même sens, affirmant que « la nomination de Gérald Remplais à la tête de l’AGD est un véritable affront à l’État de droit et une insulte à la population ». Pour cette organisation citoyenne, il est irresponsable et dangereux de confier une institution stratégique comme l’Administration Générale des Douanes, dont le rôle est crucial dans la lutte contre la contrebande et la criminalité financière, à un individu poursuivi pour trafic d’armes, blanchiment et financement du terrorisme. L’OCNH appelle non seulement à la révocation immédiate de M. Remplais mais aussi à un sursaut de transparence dans les nominations publiques. Elle va plus loin en dénonçant « une complicité inquiétante entre certaines autorités politiques et les réseaux criminels », et exhorte la communauté internationale à rester vigilante face à ce qu’elle qualifie de dérives institutionnelles graves.
Cette affaire prend une dimension symbolique particulière dans un contexte où l’État haïtien est fragilisé par une crise sécuritaire sans précédent. Alors que les gangs armés continuent de s’étendre et que la criminalité organisée infiltre des pans entiers de l’économie nationale, la nomination d’un inculpé à la tête de l’Administration Générale des Douanes, institution en première ligne dans la lutte contre les trafics et la fraude fiscale, apparaît comme un message catastrophique pour la population. Elle risque d’affaiblir davantage la confiance des citoyens envers les institutions, mais aussi d’entamer la crédibilité de l’État auprès de ses partenaires internationaux et bailleurs de fonds, qui considèrent la réforme et la transparence de l’AGD comme essentielles à la stabilité économique du pays.
De nombreux observateurs rappellent que ce n’est pas la première fois que des nominations controversées alimentent la colère de la société civile haïtienne. En mars 2017, l’opinion publique s’était déjà insurgée contre la nomination de l’ex-sénateur Guy Philippe à un poste stratégique, alors qu’il faisait l’objet de poursuites aux États-Unis pour blanchiment d’argent lié au trafic de drogue, ce qui avait finalement conduit à son arrestation et à sa condamnation. Plus récemment, en 2021, la désignation de Joseph Lambert à la présidence provisoire du Sénat avait soulevé des critiques, le sénateur étant accusé dans un rapport du Département du Trésor américain de liens avec des trafiquants de drogue et des groupes armés. Ces précédents, selon le RNDDH et l’OCNH, montrent une tendance inquiétante à placer à des postes de pouvoir des personnalités dont les parcours sont entachés de graves accusations judiciaires, au mépris de l’éthique publique et de l’image de l’État.
Pour le RNDDH et l’OCNH, le cas de Gérald Remplais va plus loin encore, car il ne s’agit pas seulement de soupçons ou d’allégations, mais d’une inculpation formelle confirmée par la Cour d’Appel et assortie d’un mandat de comparution. Maintenir un tel profil à la tête de l’AGD revient, selon elles, à fragiliser les finances publiques, à saboter les efforts de réforme et à envoyer un signal clair d’impunité aux réseaux criminels. Elles rappellent que la lutte contre la corruption, la contrebande et le blanchiment de capitaux ne peut être menée par ceux qui sont eux-mêmes soupçonnés d’y participer.
Dans un pays où l’État peine à s’imposer face à l’emprise des gangs et des trafiquants, cette nomination est perçue comme une illustration des compromissions les plus graves. Le RNDDH et l’OCNH exigent donc que le gouvernement rectifie immédiatement cette erreur et annule la décision, sous peine d’aggraver une crise institutionnelle et morale déjà profonde. Pour elles, l’affaire Gérald Remplais est un test de crédibilité pour les autorités haïtiennes, et leur capacité à démontrer qu’elles restent attachées aux principes de justice, de transparence et de bonne gouvernance.

