Catastrophe sécuritaire et humanitaire en Haïti : l’ONU tire la sonnette d’alarme…

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GENÈVE, vendredi 27 mars 2026 (RHINEWS)- La crise des droits humains en Haïti atteint un niveau alarmant, sous l’effet combiné de l’expansion des gangs, de l’effondrement des institutions et des catastrophes naturelles, a averti jeudi la cheffe adjointe aux droits de l’homme de l’ONU, évoquant une situation humanitaire « catastrophique ».

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), la violence et l’instabilité ont provoqué le déplacement de plus de 1,45 million de personnes, soit une augmentation d’un tiers en moins d’un an. « L’accès à l’eau, à la nourriture, aux soins de santé et à l’éducation est hors de portée pour des millions d’Haïtiens, ce qui sape davantage la cohésion sociale et l’Etat de droit », a déclaré la Haut-Commissaire adjointe, Nada Al-Nashif, devant le Conseil des droits de l’homme à Genève.

Elle a souligné que l’escalade de la violence des gangs, notamment dans les départements du Centre et de l’Artibonite, aggrave l’instabilité dans un pays déjà marqué par une gouvernance fragile et d’importants besoins humanitaires. Selon elle, des années de corruption et d’impunité ont affaibli l’efficacité de la police, du système judiciaire et des institutions publiques, érodant la confiance de la population. « Bien que certains progrès aient été réalisés, notamment le lancement d’enquêtes sur la corruption et le financement des gangs, il reste encore beaucoup à faire pour rétablir l’Etat de droit », a-t-elle ajouté.

Cette déliquescence institutionnelle alimente un « tourbillon de violences » caractérisé par de graves violations des droits humains. La responsable onusienne a précisé que cette violence est nourrie à la fois par les gangs, des groupes dits d’autodéfense et certaines opérations des forces de sécurité.

Les gangs, qui contrôlent une grande partie de la capitale Port-au-Prince et étendent leur influence vers l’Artibonite et le Centre, « tuent, enlèvent, battent et brûlent les corps de quiconque se met en travers de leur chemin », a-t-elle affirmé. « Cela inclut les personnes qui résistent à l’extorsion et celles qu’ils perçoivent comme collaborant avec la police ».

Parallèlement, les groupes d’autodéfense et des foules participent à cette spirale de violence, multipliant les lynchages et les exécutions sommaires. Selon le HCDH, près de 600 personnes ont été tuées dans ce contexte, certaines accusées d’appartenir à des gangs et d’autres simplement soupçonnées de délits de droit commun.

Les forces de sécurité ne sont pas en reste. « Au cours de la période considérée, des policiers ont exécuté sommairement quelque 196 personnes accusées d’appartenir à des gangs ou de collaborer avec eux », a indiqué Mme Al-Nashif, évoquant un cycle de violations qui s’autoalimente.

Dans ce contexte, l’intervention d’un nouvel acteur armé suscite des inquiétudes supplémentaires. Une société militaire privée étrangère, engagée par le gouvernement, utilise depuis mars 2025 des drones et des hélicoptères armés dans la lutte contre les gangs. « Notre bureau a vérifié qu’au moins 60 personnes n’ayant aucun lien avec les gangs, dont 13 enfants, ont été tuées lors de ces opérations », a-t-elle précisé, estimant que ces frappes pourraient constituer des « assassinats ciblés ».

Face à cette situation, l’ONU considère qu’Haïti se trouve « dangereusement au bord du gouffre ». Pour inverser la tendance, « un engagement financier et politique soutenu de la part de la communauté internationale est nécessaire », a insisté la responsable.

L’expert indépendant sur la situation des droits de l’homme en Haïti, William O’Neill, a pour sa part mis en garde contre le sort des populations piégées dans des zones sous contrôle des gangs ou le long de lignes de front instables. Il a particulièrement insisté sur la situation des enfants et adolescents, nombreux à être recrutés par les groupes armés et à grandir dans un environnement où « la violence fait désormais partie du quotidien ».

Ces jeunes subissent également une stigmatisation constante. « Comme me l’a confié une jeune fille, les jeunes en Haïti sont confrontés à de nombreuses frontières invisibles dans leur vie. [Je veux simplement vivre bien et en sécurité], m’a confié une jeune fille, [car ceci est mon pays] », a rapporté M. O’Neill.

Les autorités haïtiennes voient dans cette crise le symptôme d’une rupture sécuritaire profonde, alimentée par des flux illicites d’armes et des réseaux criminels transnationaux dépassant les capacités de l’État. Elles appellent à un renforcement du soutien international, notamment dans les domaines sécuritaire, judiciaire et humanitaire, ainsi qu’à l’application effective de l’embargo sur les armes afin « de tarir les flux illicites qui alimentent la violence ».