PORT-AU-PRINCE, vendredi 27 mars 2026 (RHINEWS)- À l’approche du déploiement effectif de la Force de répression des gangs (FRG), des acteurs nationaux et internationaux se sont réunis, ce jeudi 26 mars à Pétion-Ville, autour de la problématique sécuritaire en Haïti, à l’occasion de la sixième conférence de la Table sectorielle sur la sécurité (TSS), organisée par le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH-H).
Placée sous le thème « État des lieux de la sécurité en Haïti et mise en place de la Force de répression des gangs », cette rencontre se veut une opportunité d’évaluer, avec lucidité et responsabilité, les avancées réalisées dans la mise en place de cette force ainsi que dans le renforcement des capacités des forces nationales de sécurité, a expliqué Me Gédéon Jean, directeur exécutif du CARDH-H.
Selon lui, la conférence vise également à contribuer à la définition d’un paradigme adapté en vue d’une solution consensuelle et durable à la crise sécuritaire. À l’issue des discussions, chaque acteur est invité à présenter ses progrès, ses contraintes et ses engagements. Me Jean a insisté sur la nécessité d’une réponse coordonnée, transparente et fondée sur une responsabilité partagée.
Cette initiative s’inscrit, a-t-il ajouté, dans une dynamique de continuité visant à actualiser et renforcer les recommandations issues des précédentes conférences réalisées l’année dernière, afin de les adapter à l’évolution du contexte sécuritaire.
Le représentant spécial du Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) en Haïti, Cristobal Dupuy, a salué la constance de l’engagement du CARDH-H en faveur d’un dialogue structuré, pluraliste et utile face aux défis sécuritaires.
Dans un contexte marqué par une forte instabilité, il a souligné que l’action de l’OEA vise à contribuer à l’établissement d’une présence sécuritaire plus crédible et plus efficace, au service de l’autorité légitime de l’État et de la protection des citoyens.
Il a aussi mis en exergue plusieurs chantiers structurants destinés à appuyer les autorités haïtiennes, notamment en renforçant les capacités de la Police nationale d’Haïti (PNH) et en soutenant la mise en place effective de la FRG, en vue d’une réponse sécuritaire plus cohérente, opérationnelle et durable. Il a également évoqué un projet visant à doter la PNH et la FRG de plateformes de projection sécurisée, capables de soutenir une présence opérationnelle plus proche du terrain.
Un autre chantier concerne le renforcement des capacités tactiques nationales, avec la mise en place d’un centre tactique, avec l’appui du Canada.
« L’OEA est convaincue que la mise en place de la FRG ne saurait être envisagée comme une fin en soi. Elle doit s’inscrire dans une ambition plus large : le rétablissement progressif de l’ordre public, le renforcement de l’autorité de l’État et la sécurisation de la population, conditions indispensables au développement durable », a déclaré Cristobal Dupuy.
De son côté, le représentant du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) à cette conférence, Arnaud Royer, a insisté sur la nécessité d’une réponse globale à l’insécurité, combinant opérations policières, respect des droits humains et renforcement des capacités de la PNH. Il a également souligné l’importance du contrôle interne, de la formation des forces de l’ordre et de la collaboration avec la société civile.
Il a toutefois alerté sur la faiblesse du système judiciaire et la surpopulation carcérale, susceptibles de compliquer le traitement des arrestations. Selon lui, la sécurité passe également par des solutions sociales et économiques, notamment pour prévenir le recrutement des jeunes par les gangs.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Colin, a pour sa part reconnu que la situation actuelle exige une mobilisation totale de l’État, tant sur les plans sécuritaire qu’économique, financier et institutionnel.
« Le ministère de l’Économie et des Finances, à travers ses structures dont l’Administration Générale des Douanes et l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), joue un rôle central dans cette dynamique », a-t-il affirmé, dressant un tableau préoccupant des effets de la crise sécuritaire sur l’économie et la circulation des biens.
Face à cette réalité, il a indiqué que des actions concrètes sont entreprises, notamment dans la lutte contre les trafics illicites, en particulier les armes à feu et les munitions qui alimentent les groupes armés.
Le ministre a également évoqué l’orientation du budget national en faveur du soutien aux forces de l’ordre, malgré d’importantes contraintes de trésorerie, tout en assurant des efforts pour améliorer la rapidité et l’efficacité du traitement des dossiers liés aux institutions de sécurité.
Intervenant au nom du Président du CSPN, le chef de cabinet du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, Me Axène Joseph, a souligné la portée historique de l’engagement des autorités.
« La responsabilité historique qui est la nôtre nous impose détermination, fermeté et abnégation », a-t-il déclaré.
Il a affirmé que le gouvernement entend reconquérir l’intégrité territoriale et garantir à chaque Haïtien le droit de vivre et de circuler en toute sécurité. « Nous sommes passés de la réflexion stratégique à l’action opérationnelle. Le CSPN est devenu un véritable état-major stratégique », a-t-il soutenu.
Selon lui, le Premier ministre a défini une feuille de route articulée autour de trois priorités majeures impliquant les ministères de la Justice, de l’Intérieur ainsi que la PNH.
Il a annoncé que le cadre légal de la FRG est désormais finalisé, précisant que « le statut, les prérogatives et les limites d’intervention de cette force internationale ont été définis ».
Le ministère de l’Intérieur est par ailleurs chargé de la reconquête administrative des zones libérées, tandis que la PNH doit intensifier ses capacités opérationnelles. « La PNH a élaboré un concept d’opérations révisé, rigoureux, aligné sur des standards internationaux et fondé sur une coordination totale entre unités tactiques et la FRG », a-t-il ajouté.
Le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, Patrick Pélissier, le directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, le haut état-major des Forces armées d’Haïti, le commandant en chef de la FRG, Godfrey Otunge, la représentante de la section DDR-RVC du BINUH ont pris part à cette conférence tenue en présence de représentants d’organisations internationales et du corps diplomatique notamment les ambassadeurs du Canada, de la France et du Mexique. Y ont pris part également des représentants de la société civile, des organisations de droits humains, des autorités locales- dont les Maires de Delmas et de Kenscoff-des représentants d’Universités, des journalistes et des associations de Medias ( ANMH), du secteur prive

