Le Conseil de sécurité de l’ONU débat d’Haïti et examine un projet de résolution États-Unis/Panama pour créer une force internationale et un bureau de soutien…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW-YORK, jeudi 28 août 2025 (RHINEWS)Le Conseil de sécurité s’est réuni ce jeudi au siège des Nations unies pour une séance publique consacrée à Haïti, à la demande des États-Unis et du Panama, co-auteurs du dossier. Cette réunion a été marquée par des interventions fortes du Secrétaire général António Guterres, de la Directrice exécutive de l’UNICEF Catherine Russell, du musicien haïtien et ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF Jean Jean Roosevelt, ainsi que des représentants du Panama et des États-Unis, tous appelant à une mobilisation urgente face à l’effondrement humanitaire et sécuritaire du pays.

Le Secrétaire général António Guterres a d’abord mis en garde contre une situation « particulièrement horrifique » à Port-au-Prince, reprenant les mots de la coordinatrice humanitaire sortante de l’ONU, Ulrika Richardson, qui avait déclaré le 12 août que plus de 1,3 million de personnes étaient déjà déplacées à l’intérieur du pays, dont la moitié sont des enfants, et qu’environ 3 000 personnes ont été tuées depuis le début de l’année dans des violences liées aux gangs.

« Je demande instamment au Conseil d’agir sans délai et d’autoriser une force internationale soutenue par l’ONU sur les plans logistique et opérationnel et bénéficiant d’un financement prévisible », a-t-il exhorté. Le chef de l’ONU a insisté sur le fait que « les mesures de sécurité doivent s’accompagner d’une pression accrue sur ceux qui alimentent la violence » et a réclamé « un véritable embargo sur les armes et l’extension des sanctions visant les chefs de gangs, les commanditaires, les trafiquants d’armes et autres complices et associés ».

Il a rappelé que Haïti se trouve désormais « parmi les cinq points névralgiques les plus préoccupants au monde en matière d’insécurité alimentaire aiguë », selon un rapport conjoint de la FAO et du PAM, soulignant que « 908 millions de dollars sont nécessaires en 2025 pour aider 3,9 millions de personnes, mais moins de 10 % de cette somme a été reçu ». Guterres a exhorté les donateurs à « agir sans délai, avant que des opérations vitales ne soient réduites à néant ».

Catherine Russell, Directrice exécutive de l’UNICEF, a livré un constat glaçant sur la situation des enfants en Haïti. « L’UNICEF et ses partenaires se voient refuser l’accès à l’aide humanitaire dont ils ont désespérément besoin », a-t-elle dénoncé. Elle a rappelé qu’« en 2024, Haïti figurait parmi les cinq pays à l’ordre du jour de l’agenda sur les enfants et les conflits armés ayant le plus grand nombre de violations graves vérifiées contre les enfants dans le monde ».

Selon elle, « l’année dernière, l’ONU a vérifié plus de 2 000 cas de violations graves contre les enfants, soit une augmentation de près de 500 % par rapport à l’année précédente ». En 2025, « l’augmentation s’est poursuivie, avec une hausse de près de 700 % des cas de recrutement et d’utilisation d’enfants et une augmentation de 54 % des meurtres et mutilations ».

Elle a aussi souligné les dangers auxquels sont exposés les humanitaires, rapportant que « six membres du personnel de l’UNICEF ont été pris en otage par un groupe armé le mois dernier, alors qu’ils effectuaient une mission de sauvetage », avant d’ajouter qu’ils ont depuis été libérés. Parmi les points positifs, elle a informé que « depuis 2024, le Gouvernement d’Haïti et l’UNICEF ont démobilisé et réintégré plus de 140 enfants dans le cadre du Protocole relatif à la libération et au transfert des enfants associés aux forces et groupes armés ».

L’ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF, le musicien haïtien Jean Jean Roosevelt, a pris la parole au nom de la société civile pour lancer un appel vibrant. « Restituons aux enfants d’Haïti leur droit fondamental : leur enfance. Rendons-leur la possibilité de rire, de courir, d’apprendre et de rêver, et protégeons ensemble leur dignité, leur espoir et leur avenir », a-t-il plaidé.

Il a exhorté le Conseil à « agir pour qu’Haïti retrouve ses écoles, ses hôpitaux et ses espaces sûrs », et pour que « les enfants n’aient plus à vivre dans la peur mais dans la promesse de demain ». « Agissons pour que l’avenir d’Haïti ne soit plus compromis, mais porté par l’énergie, les rires et les rêves de ses enfants », a-t-il insisté.

Le représentant du Panama, co-auteur du projet de résolution, s’est alarmé des conséquences directes de la violence sur les enfants et les familles. « Au 30 avril 2025, 1 606 écoles restaient fermées, dans quatre départements du pays », a-t-il déclaré, rappelant que « plus de 243 000 élèves ont vu leur droit à l’éducation tronqué ».

Selon lui, ces enfants sont « privés non seulement de l’enseignement, mais aussi de l’espoir d’un avenir différent ». Le délégué panaméen a ajouté que « plus de la moitié de la population haïtienne, soit environ 5,7 millions de personnes, souffre d’insécurité alimentaire », proposant une réponse « centrée sur l’enfance et alignée sur les résolutions du Conseil ».

La représentante des États-Unis a rappelé les efforts de Washington pour contrer l’influence des gangs. « Pour lutter contre les sources de financement des gangs – le trafic d’armes et les autres trafics qui financent l’instabilité –, il faut des donateurs, en plus des États-Unis et du Panama, qui ont déjà beaucoup donné », a-t-elle affirmé.

Elle a souligné que son pays avait pris des mesures concrètes contre l’impunité des gangs, certains ayant été désignés « organisations terroristes étrangères par le Gouvernement de M. Trump ». Elle a mis en avant la récompense de « 5 millions de dollars pour toute information conduisant à l’arrestation de M. Jimmy Chérizier et de complices résidant aux États-Unis », estimant que « cela montre la volonté du Gouvernement Trump de lutter contre les gangs étrangers ».

La déléguée américaine a également détaillé l’aide humanitaire fournie par son pays, citant « le soutien logistique, la construction de logements, les services de santé, l’eau potable, le traitement et la prévention du choléra, entre autres », pour répondre aux besoins essentiels des enfants victimes.

Elle a affirmé que « sans la MMAS, les gangs auraient été encore plus actifs » et a annoncé que les États-Unis et le Panama présentent « un projet de résolution pour faire face à la violence croissante en établissant une force de répression des gangs et en créant un bureau de soutien de l’ONU pour fournir un appui logistique aux efforts sur le terrain ». Elle a conclu en lançant un appel direct : « Joignez-vous à nous. »

Plusieurs délégations ont exprimé leur inquiétude sur le plan politique, rappelant que l’échéance du 7 février 2026 pour l’installation d’un nouveau leadership élu se rapproche, alors que les gangs contrôlent toujours de vastes zones de Port-au-Prince et d’autres départements, compromettant la perspective d’élections et de référendum constitutionnel sécurisés.

Si certains ont plaidé pour un soutien accru à la mission multinationale dirigée par le Kenya – dont le mandat expire le 2 octobre –, d’autres ont insisté sur « l’importance du leadership et de la responsabilité haïtiens dans toutes les initiatives politiques et sécuritaires », appelant à « traiter les causes profondes de la crise » et à « renforcer l’embargo sur les armes et les sanctions déjà imposées ».

Cette réunion du Conseil de sécurité a confirmé la gravité de la crise multidimensionnelle en Haïti et mis en évidence l’urgence d’une réponse coordonnée, conjuguant soutien sécuritaire, aide humanitaire et accompagnement politique, alors que la situation dans le pays continue de se détériorer rapidement.