Après les séismes au Venezuela, faut-il s’inquiéter en Haïti? Les scientifiques appellent à la vigilance, mais pas à la panique…

Scène montrant des vénézuéliens paniqués…

PORT-AU-PRINCE, vendredi 26 juin 2026 (RHINEWS) – Les deux puissants séismes qui ont frappé le nord du Venezuela le 24 juin, faisant au moins plusieurs centaines de morts, des milliers de blessés et d’importants dégâts matériels, soulèvent une question dans l’ensemble de la Caraïbe : les autres pays de la région, notamment Haïti, doivent-ils craindre un événement similaire ? Les spécialistes répondent que la vigilance est indispensable en raison du contexte géologique commun, mais qu’aucune donnée scientifique ne permet d’annoncer ou de prévoir un séisme dans un autre pays à la suite de ceux survenus au Venezuela.

Le Venezuela a été frappé par deux secousses majeures de magnitude 7,2 et 7,5, survenues à moins d’une minute d’intervalle. Ce phénomène, qualifié de « doublet sismique », correspond à deux grands tremblements de terre distincts se produisant presque simultanément dans la même région tectonique. Les effondrements d’immeubles, les dommages aux infrastructures, les interruptions des réseaux d’électricité et de transport ainsi que les opérations de secours toujours en cours témoignent de la violence exceptionnelle de ces événements.

Pour les géologues, ces séismes rappellent surtout que la Caraïbe constitue l’une des régions les plus actives au monde sur le plan tectonique. La plaque tectonique des Caraïbes est en mouvement permanent au contact des plaques sud-américaine et nord-américaine. Cette interaction provoque une accumulation de contraintes dans la croûte terrestre qui, lorsqu’elles sont brusquement libérées, génèrent des tremblements de terre.

« Le fait que deux séismes majeurs aient frappé le Venezuela ne signifie pas qu’un autre grand séisme est sur le point de se produire en Haïti, en République dominicaine ou dans un autre pays de la région », rappellent les spécialistes de la sismologie. Ils soulignent qu’« à l’heure actuelle, la science ne permet toujours pas de prévoir avec précision le lieu, la date ou la magnitude d’un futur séisme ».

Si les pays de la région partagent un même environnement tectonique, ils ne sont pas traversés par une seule faille continue. Au Venezuela, l’activité sismique est principalement liée au système de la faille de San Sebastián et à d’autres structures actives du nord du pays. En Haïti, les principales menaces proviennent des systèmes de failles d’Enriquillo-Plantain Garden, au sud, et Septentrionale-Oriente, au nord. Ces failles appartiennent à la même frontière tectonique régionale, mais fonctionnent indépendamment les unes des autres.

Les scientifiques expliquent qu’un séisme peut parfois provoquer des répliques locales ou, dans certains cas exceptionnels, influencer des zones relativement proches. En revanche, aucune preuve scientifique n’établit qu’un puissant séisme au Venezuela déclenchera automatiquement un autre tremblement de terre majeur en Haïti ou ailleurs dans la Caraïbe. « La proximité dans le temps de plusieurs grands séismes à travers le monde ne signifie pas qu’ils sont liés entre eux », rappellent plusieurs experts internationaux.

La région demeure néanmoins exposée à un risque sismique permanent. Outre le Venezuela, plusieurs territoires situés le long de cette frontière de plaques figurent parmi les plus vulnérables, notamment Trinité-et-Tobago, la Grenade, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, la Dominique, la Martinique, la Guadeloupe, Haïti, la République dominicaine, la Jamaïque, l’est de Cuba, Porto Rico et les Îles Vierges.

L’histoire rappelle la puissance destructrice des séismes dans la Caraïbe. En Haïti, le tremblement de terre du 12 janvier 2010, d’une magnitude de 7,0, a provoqué l’une des pires catastrophes naturelles du XXIe siècle. Plus de 220 000 personnes ont perdu la vie selon les autorités haïtiennes, plus de 300 000 autres ont été blessées et environ 1,5 million de personnes se sont retrouvées sans abri. Les pertes économiques se sont élevées à plusieurs milliards de dollars et une grande partie des infrastructures publiques de Port-au-Prince a été détruite.

Le 14 août 2021, un nouveau séisme de magnitude 7,2 a frappé le sud-ouest d’Haïti, causant plus de 2 200 morts, plus de 12 000 blessés et la destruction ou l’endommagement de dizaines de milliers d’habitations, d’écoles et d’établissements de santé.

Le Venezuela lui-même a connu plusieurs catastrophes sismiques au cours de son histoire. Le séisme de Caracas de 1812 est considéré comme l’un des plus meurtriers de l’histoire du pays, avec environ 20 000 à 30 000 victimes. Plus récemment, le tremblement de terre de 1967 a causé plusieurs centaines de morts et d’importants dégâts dans la capitale.

La République dominicaine a également été frappée par plusieurs séismes majeurs, notamment celui de 1946 sur la côte nord-est, qui avait déclenché un tsunami meurtrier. Porto Rico a subi une importante séquence sismique entre 2019 et 2020, tandis que la Jamaïque et l’est de Cuba enregistrent régulièrement des secousses liées au même contexte tectonique régional.

Pour les spécialistes, la principale leçon des événements survenus au Venezuela n’est donc pas l’annonce d’une catastrophe imminente ailleurs, mais le rappel de la nécessité d’une préparation permanente. « La meilleure protection contre les séismes demeure la prévention », insistent les experts, en soulignant l’importance des normes parasismiques, de la surveillance géologique, de la sensibilisation des populations, de l’aménagement du territoire et des plans d’urgence.

Les scientifiques rappellent enfin que les tremblements de terre ne peuvent être empêchés. En revanche, leurs conséquences humaines et matérielles peuvent être considérablement réduites grâce à des bâtiments résistants, des systèmes d’alerte efficaces, des exercices de préparation et une meilleure culture du risque au sein des populations.

Références :

* United States Geological Survey

* Global Earthquake Model Foundation

* UNESCO

* Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe

* Bureau des Mines et de l’Énergie

* Institut de physique du globe de Paris