Des organisations politiques mettent en cause les conditions d’organisation des élections en Haïti

Screenshot

PORT-AU-PRINCE, vendredi 26 juin 2026 (RHINEWS) – Un regroupement d’organisations politiques et sociopolitiques a exprimé ses vives préoccupations concernant le processus électoral en Haïti, estimant que les conditions actuelles ne permettent pas l’organisation d’élections « libres, transparentes et crédibles ». Dans une déclaration rendue publique le 25 juin, les signataires dénoncent également la dégradation continue des conditions de vie de la population et appellent à un dialogue national inclusif.

Les organisations affirment observer « une incertitude grandissante » autour du processus électoral, dans un contexte marqué, selon elles, par « l’insécurité, la misère, le chômage et la violence des gangs armés ». Elles accusent le pouvoir exécutif de chercher à renforcer son contrôle sur l’appareil électoral à travers des initiatives qu’elles jugent contraires aux principes démocratiques.

Selon la déclaration, une première tentative du Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, visant à modifier la composition du Conseil électoral provisoire (CEP) aurait été abandonnée face aux réactions suscitées. Les signataires estiment toutefois que la nomination, par décision du Conseil des ministres, d’un directeur général doté de larges prérogatives au sein du CEP constitue une nouvelle étape dans cette démarche.

« Jamais dans l’histoire du CEP un directeur général n’avait disposé d’une telle concentration de pouvoirs, au détriment du collège électoral composé de neuf représentants issus des différents secteurs de la société », soutiennent-ils.

Les organisations critiquent également le décret électoral du 2 juin 2026, qu’elles considèrent comme une « grave source de préoccupation ». À leurs yeux, ce texte « soulève de sérieux doutes quant à la volonté réelle des autorités d’organiser effectivement en 2026 des élections inclusives, libres, honnêtes et crédibles » et traduirait plutôt une volonté de prolonger le maintien du pouvoir en place.

Le document évoque aussi la situation sécuritaire et économique du pays. Les signataires affirment qu’« aucun chef de gang notoire n’a été neutralisé à ce jour » et estiment que les groupes armés continuent d’étendre leur emprise sur le territoire national, tandis que le nombre de personnes déplacées internes ne cesse d’augmenter.

Ils dénoncent par ailleurs une récente rencontre organisée à la résidence officielle du Premier ministre entre le CEP et plusieurs partis politiques qu’ils présentent comme proches du pouvoir. Selon eux, cette initiative « renforce les inquiétudes quant à l’impartialité du processus électoral » et alimente les interrogations sur la capacité du gouvernement à conduire des élections crédibles.

Les signataires adressent également des critiques à une partie de la communauté internationale, qu’ils accusent d’apporter un soutien excessif au gouvernement malgré les dérives qu’ils dénoncent. Selon eux, cette attitude « contribue à affaiblir les exigences de transparence, de redevabilité et de respect des principes démocratiques ».

Estimant que le Premier ministre de facto constitue « un obstacle majeur à la mise en place des conditions indispensables à la tenue d’élections transparentes, démocratiques et inclusives », les organisations lancent un appel à l’ensemble des forces politiques, des organisations de la société civile, des confessions religieuses, des acteurs économiques et des citoyens afin d’engager « un dialogue véritablement inclusif et constructif » destiné à favoriser une sortie durable de la crise.

La déclaration est notamment signée par des représentants de plusieurs partis et organisations politiques, dont Claude Joseph (EDE), Edouard Wadner (RDNP), Jean Marcel Lumérant (KID), André Michel (SDP), Jean Michel Lapin (Nouvelle Orientation), ainsi que d’autres responsables politiques et membres de la société civile.