PORT-AU-PRINCE, mardi 7 octobre 2025 (RHINEWS) – La capitale haïtienne, Port-au-Prince, sombre dans une spirale de violence qui piège chaque jour davantage les civils dans une guerre territoriale sans merci entre groupes armés et forces de l’ordre. Selon Médecins Sans Frontières (MSF), cette insécurité généralisée a provoqué une explosion du nombre de victimes civiles et un effondrement presque total du système de santé dans la région métropolitaine.
Près de deux Haïtiens sur cinq ont aujourd’hui un besoin urgent de soins médicaux, tandis que « 60 à 80 % des établissements de santé de Port-au-Prince sont fermés ou non fonctionnels », alerte MSF. Entre janvier et juin 2025, les équipes de l’organisation humanitaire ont admis 13 300 patients dans leurs services d’urgence, soigné 2 267 personnes blessées par violence, et assisté 2 600 survivants de violences sexuelles. Les chiffres révèlent une détérioration dramatique : 26 % des blessés par violence sont des mineurs, contre 11 % l’an dernier, et 30 % de ces enfants ont subi des blessures par balle. « Ces chiffres reflètent la dégradation alarmante de la situation en Haïti, où les civils, y compris les femmes et les enfants, sont de plus en plus exposés au danger chaque jour », a déclaré Mumuza Muhindo Musubaho, chef de mission de MSF en Haïti. « Les civils doivent être épargnés par les parties à ce conflit », a-t-il insisté.
Le 20 septembre dernier, 17 personnes blessées ont été traitées à l’hôpital MSF de Drouillard à la suite d’une attaque par drone dans le quartier de Cité Soleil. Parmi elles, deux hommes étaient déjà morts à leur arrivée, un troisième est décédé lors de son transfert, et plusieurs femmes et enfants n’ont pas survécu à leurs blessures. « Dix femmes, dont une est morte en route vers l’hôpital de Tabarre, et trois enfants qui n’ont pas survécu », précise MSF, ajoutant que deux autres femmes sont décédées à l’hôpital Isaïe Jeanty, où ses équipes travaillent également.
Dans de nombreux quartiers de la capitale, les civils sont pris au piège d’un conflit territorial où s’affrontent des groupes lourdement armés et les forces de police. Les habitants vivent dans la peur constante des attaques, des drones explosifs et des exactions : pillages, incendies, viols utilisés comme « arme de contrôle, de punition et d’extorsion ». En moyenne, 18 % des patients suivis dans les zones sous contrôle des gangs affirment éviter les transports publics par crainte d’être attaqués. Cette paralysie des déplacements, conjuguée à la fermeture massive des hôpitaux depuis 2024, a rendu l’accès aux soins presque impossible pour une grande partie de la population.
Les infrastructures encore en activité subissent une pression extrême. L’hôpital de traumatologie de MSF à Tabarre a dû augmenter sa capacité d’accueil de 50 %, tandis que 26 % des cas traités y sont liés à des violences armées. « Il ne reste qu’un seul grand hôpital public fonctionnel à Port-au-Prince, l’Hôpital Universitaire de la Paix, et il est régulièrement submergé », indique MSF. L’organisation souligne que cette saturation contribue à un « profond sentiment d’abandon » chez les Haïtiens. « Le déclin sévère de l’accès aux soins — une crise dans la crise — laisse les rares acteurs humanitaires et médicaux débordés par des besoins qui ne cessent de croître », a ajouté Musubaho.
Malgré ces conditions extrêmes, Médecins Sans Frontières assure « rester pleinement engagée aux côtés de la population haïtienne », en coopération avec le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). L’organisation humanitaire appelle une nouvelle fois « à la protection des civils, du personnel médical et des structures de santé », rappelant que la neutralité des services médicaux est un principe fondamental du droit humanitaire.

