Santé-Pandémies : l’OMS et le Brésil appellent à finaliser l’accord censé éviter un nouveau chaos mondial…

Virus (image d’illustration)…

GENÈVE, lundi 15 juin 2026 (RHINEWS) – Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, et le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, ont appelé lundi les dirigeants mondiaux à surmonter les derniers blocages qui empêchent encore l’entrée en vigueur de l’accord international sur les pandémies adopté en 2025, estimant que le monde ne peut se permettre de répéter les erreurs observées lors de la crise du COVID-19.

Dans une lettre commune rendue publique le 15 juin, les deux responsables ont souligné que la pandémie de COVID-19 avait provoqué l’une des plus graves crises sanitaires et économiques de l’histoire récente, faisant jusqu’à 20 millions de morts selon certaines estimations et entraînant des pertes évaluées à 13 000 milliards de dollars pour l’économie mondiale.

L’accord international sur la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies avait été adopté le 20 mai 2025 par les États membres de l’OMS après plus de trois années de négociations. Son objectif est de renforcer la coopération internationale face aux futures menaces sanitaires, d’améliorer les mécanismes de surveillance et d’assurer une meilleure répartition des ressources médicales en cas d’urgence mondiale.

« Dans un monde divisé, un tel résultat n’avait rien d’acquis », rappellent MM. Lula et Tedros dans leur lettre. « Il constituait un acte d’espoir et un acte de confiance mutuelle. Si nous vous écrivons aujourd’hui, c’est parce que cet espoir n’est pas encore pleinement réalisé et qu’il vous appartient de contribuer à le concrétiser ».

Selon les auteurs, le principal obstacle à l’entrée en vigueur du traité concerne désormais la finalisation d’une annexe technique relative au mécanisme d’accès aux agents pathogènes et au partage des avantages qui en découlent, connu sous l’acronyme anglais PABS (Pathogen Access and Benefit-Sharing System).

Ce dispositif vise à établir des règles permettant aux pays qui détectent rapidement de nouveaux agents pathogènes et partagent leurs données scientifiques avec la communauté internationale de bénéficier, en retour, d’un accès plus équitable aux vaccins, traitements, tests diagnostiques et autres outils médicaux développés à partir de ces informations.

Les négociations sur ce mécanisme demeurent toutefois complexes. Plusieurs États continuent de débattre des modalités de partage des bénéfices ainsi que des mécanismes destinés à garantir le respect des engagements pris par les différentes parties.

Ces discussions font écho aux tensions apparues pendant la pandémie de COVID-19, lorsque de nombreux pays en développement avaient dénoncé les difficultés d’accès aux vaccins et aux produits médicaux, alors que les pays les plus riches avaient pu sécuriser rapidement d’importants volumes de doses.

L’absence d’accord sur l’annexe PABS empêche actuellement l’adoption définitive du texte par l’OMS. Or, cette étape constitue une condition préalable à l’ouverture officielle du traité à la signature et à sa ratification par les États. Soixante ratifications seront nécessaires avant son entrée en vigueur.

Dans leur message, les deux dirigeants exhortent les gouvernements à donner davantage de marge de manœuvre aux négociateurs afin qu’un compromis puisse être trouvé lors des prochaines discussions.

Ils cherchent également à répondre aux critiques formulées dans certains pays concernant les implications du traité sur la souveraineté nationale. Selon eux, l’accord ne confère aucun pouvoir à l’OMS pour imposer des confinements, des campagnes de vaccination obligatoires ou toute autre mesure de santé publique aux États membres.

Les décisions relatives à la gestion des crises sanitaires continueront d’être prises par les gouvernements nationaux, précisent-ils, insistant sur le fait que le traité vise essentiellement à améliorer la coopération internationale et les mécanismes de réponse collective.

Le texte met également l’accent sur la nécessité de bâtir une relation de confiance entre les États. Selon MM. Lula et Tedros, un système efficace de prévention des pandémies repose sur la volonté des pays de partager rapidement des informations sensibles concernant l’apparition de nouveaux virus ou d’autres agents pathogènes dangereux.

En contrepartie, les pays contributeurs doivent pouvoir bénéficier d’un accès réel aux produits médicaux développés grâce aux données qu’ils auront fournies.

Pour les deux responsables, cette approche relève autant de l’intérêt collectif que de la sécurité sanitaire mondiale. Une détection précoce des menaces et une intervention rapide peuvent permettre de contenir une épidémie à son point d’origine avant qu’elle ne se transforme en crise internationale.

Les auteurs de la lettre mettent également en garde contre les risques futurs. Ils citent des estimations selon lesquelles la probabilité de l’apparition d’une nouvelle pandémie au cours de la prochaine décennie pourrait atteindre près de 25 %.

Ils attribuent cette menace à plusieurs facteurs, notamment les changements environnementaux, l’urbanisation croissante, les transformations sociales, l’intensification des échanges internationaux et le développement rapide des biotechnologies, qui créent selon eux de nouvelles vulnérabilités face aux risques biologiques.

Les négociateurs des États membres doivent se réunir de nouveau du 6 au 17 juillet prochain afin de tenter de conclure les discussions sur l’annexe PABS. MM. Lula et Tedros souhaitent que cette session permette de parvenir à un accord définitif.

Ils soulignent par ailleurs que les flambées épidémiques observées ces dernières années, notamment les épisodes récurrents d’Ebola dans plusieurs pays africains, démontrent que les menaces sanitaires internationales demeurent présentes et exigent une vigilance constante.

Les deux responsables estiment que les investissements nécessaires pour renforcer les systèmes de surveillance, de détection et de réponse aux épidémies restent modestes au regard des conséquences humaines et économiques engendrées par la pandémie de COVID-19.

Ils rappellent enfin que la coopération internationale a déjà permis d’obtenir des résultats majeurs dans le domaine de la santé mondiale, notamment l’éradication de la variole, les progrès enregistrés dans la lutte contre la poliomyélite ainsi que la réduction de l’impact de plusieurs maladies infectieuses à travers le monde.

« Achever cet accord ne constitue pas une rupture avec cet héritage », conclut la lettre. « Il en est la suite naturelle, et cet objectif est à portée de main ».