Haïti/Élections : Evallière Beauplan appelle le CEP à simplifier le processus électoral…

Evalière Beauplan, ex-sénateur, dirigeant du parti MOLHA…

PORT-AU-PRINCE, lundi 31 août 2026 (RHINEWS)-  Le coordonnateur du Mouvement pour la libération d’Haïti (MOLHA), Dr Evallière Beauplan, appelle le Conseil électoral provisoire (CEP) à revoir certaines procédures prévues dans le cadre du processus électoral, estimant que des exigences administratives excessives pourraient compromettre la participation des candidats et la crédibilité des prochaines élections.

Dans une déclaration intitulée « Pour un processus électoral simple, transparent et inclusif », M. Beauplan estime que « la volonté de bloquer des candidats risque de compromettre le processus électoral et, plus tard, de remettre en cause la crédibilité des institutions du pays ».

Le responsable politique conteste notamment l’obligation faite aux candidats de réunir eux-mêmes des documents auprès de plusieurs institutions publiques, dont la Banque de la République d’Haïti (BRH), la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA), le Fonds de développement industriel (FDI) et la Direction de l’immigration.

« Pourquoi demander aux candidats de se livrer à un parcours du combattant pour obtenir des documents de la BRH, de la DCPJ, de l’ONA, du FDI ou de l’Immigration, d’attendre huit jours pour recevoir un résultat et de l’insérer dans un dossier », s’interroge-t-il.

Selon M. Beauplan, le CEP pourrait plutôt centraliser les démarches administratives nécessaires à la vérification des candidats. Il propose une inscription initiale en ligne à partir du Numéro d’identification nationale unique (NINU), suivie d’une vérification effectuée directement par les institutions concernées.

« Durant ces huit jours, le CEP enverrait lui-même les listes aux différentes institutions susmentionnées, lesquelles indiqueraient “OK” ou “Non” pour chaque futur candidat en fonction des critères demandés », explique-t-il.

À l’issue de cette procédure, les candidats seraient informés de leur situation et, le cas échéant, des motifs justifiant la non-validation de leur candidature.

Le coordonnateur du MOLHA estime qu’une telle méthode permettrait de réduire les déplacements administratifs et les risques de fraude. « Nous sommes au XXI siècle et vous mettez des citoyens qui veulent servir leur pays dans l’obligation de faire la navette entre plusieurs institutions d’un même État pour obtenir des réponses que le CEP aurait pu obtenir lui-même, directement et sans supercherie », déplore-t-il.

La question des vérifications liées à la nationalité et à la résidence figure également parmi ses préoccupations. M. Beauplan demande notamment au CEP de renforcer les contrôles effectués par les services de l’immigration plutôt que de demander aux candidats de fournir eux-mêmes des preuves susceptibles, selon lui, d’être falsifiées.

« Combien de nos frères qui ne sont pas Haïtiens détiennent un passeport haïtien ? Combien de personnes n’ont jamais voyagé mais ont des tampons d’entrée et de sortie dans leur passeport ? Combien de citoyens de nationalité étrangère détiennent un passeport diplomatique ? », questionne-t-il.

Il évoque également le cas des personnes ayant séjourné à l’étranger et auxquelles il pourrait être demandé de démontrer une durée déterminée de résidence en Haïti. « C’est à l’Immigration de vérifier ces questions si vous voulez éviter la fraude, et de vous transmettre les résultats avant que vous ne qualifiiez le candidat », affirme-t-il.

M. Beauplan critique par ailleurs l’exigence de légalisation ou de notarisation de certains documents administratifs. Il s’interroge sur la possibilité pour un notaire d’authentifier la signature d’un responsable institutionnel qui n’est pas présent lors de l’acte.

« Comment un notaire peut-il authentifier la signature d’un directeur institutionnel absent au moment de l’acte ? », demande-t-il, jugeant que certaines dispositions du dispositif électoral relèvent de « l’absurde ».

Le responsable du MOLHA estime que les contraintes administratives pourraient être encore plus difficiles à supporter pour les candidats aux Assemblées des sections communales (ASEC) et aux Conseils d’administration des sections communales (CASEC), qui disposent généralement de moyens plus limités.

« Si nous, candidats à la Présidence, au Sénat ou à la Députation, sommes préoccupés par ces contraintes, pensez-vous que nos pauvres candidats aux assemblées des sections communales (ASEC/CASEC) pourront gérer de telles difficultés ? », lance-t-il.

Il met également en cause l’exigence relative au nombre de membres des partis politiques. Selon lui, l’obligation de disposer de 30.000 membres pour être éligible serait contraire aux dispositions légales régissant la reconnaissance des formations politiques.

« Vous avez exigé des partis politiques qu’ils comptent 30 000 membres pour être éligibles. Cela est contraire à la loi », soutient-il, estimant que les éventuelles mises à jour concernant le statut des partis devraient relever du ministère de la Justice.

« Vous êtes une institution destinée à faciliter les élections ; vous ne sauriez en être le blocage », affirme M. Beauplan.

Le coordonnateur du MOLHA soulève aussi la question du droit de vote des professionnels dont les fonctions peuvent les contraindre à changer de lieu d’affectation au moment du scrutin. Il cite notamment les juges, commissaires, substituts du commissaire, greffiers et policiers, mais aussi les ambulanciers, médecins et infirmiers affectés aux services d’urgence.

Selon lui, la difficulté résiderait notamment dans le fait que certains agents ne connaissent leur lieu d’affectation que quelques jours avant le scrutin. Il demande au CEP de tenir compte également des membres des bureaux de vote, des superviseurs des centres de vote, des mandataires et des autres acteurs mobilisés durant les élections.

M. Beauplan estime que l’ensemble de ces catégories pourrait représenter « plus de 12 000 à 13 000 voix » susceptibles d’être privées de leur droit de vote en raison de contraintes liées à leur affectation ou à leur participation à l’organisation du scrutin.

Il appelle enfin le CEP à mieux coordonner son calendrier et ses préparatifs avec le gouvernement, particulièrement sur les questions de sécurité.

« L’État est un et indivisible, et vous en êtes un maillon : entendez-vous sur les différents paramètres avec le gouvernement pour ne pas faire perdre de l’argent et du temps aux candidats », plaide-t-il.

Selon lui, l’organisation des élections sans coordination suffisante avec les autorités chargées de la sécurité pourrait exposer les candidats et les agents électoraux à des risques importants.

Le responsable politique critique également le niveau des frais demandés aux candidats. « Pourquoi exiger des sommes aussi mirobolantes de la part de ceux qui veulent se porter candidats ? », demande-t-il, estimant que des coûts élevés pourraient limiter l’accès aux fonctions électives aux personnes disposant de ressources financières importantes.

« En mettant la barre si haut, qui punissez-vous ? N’est-ce pas une façon de dire que seuls ceux qui ont de l’argent peuvent devenir des élus ? », interroge-t-il.

Evallière Beauplan appelle à « simplifier et sécuriser le processus » afin, dit-il, de permettre aux électeurs de choisir librement leurs représentants.

« Donnons la chance au peuple de choisir ses dirigeants », conclut-il.