QUARTIERs-MORIN, lundi 26 janvier 2026 j(RHINEWS)– Dans un texte politique dense et volontairement accusateur, Hugues Célestin, ancien député de Quartier-Morin, livre sa lecture de la crise haïtienne, qu’il inscrit à la fois dans une mémoire historique longue et dans une critique radicale de la transition actuelle. S’exprimant en son nom propre, il développe une analyse où la perte de souveraineté nationale, la dépendance extérieure et l’effondrement de la légitimité politique constituent, selon lui, les ressorts centraux du chaos contemporain.
L’auteur ouvre son propos par une évocation des traditions orales rurales, rappelant les récits fondateurs de l’Indépendance, les figures insurgées et la bataille de Vertières, afin de souligner que « la dignité, la souveraineté et la liberté ne se reçoivent pas, mais se conquièrent et se défendent au prix du sang ». Pour Hugues Célestin, ces récits transmettaient un avertissement politique : les injustices tolérées et les exploitations prolongées nourrissent une colère qui, lorsqu’elle n’est pas dirigée contre ses véritables responsables, finit par se retourner contre le peuple lui-même.
Dans une séquence fortement symbolique, il relate un rituel présenté comme se déroulant à Anse du Clerc, dans la Grand’Anse, lors duquel des initiés seraient soumis à une épreuve extrême de soumission et de déshumanisation. Hugues Célestin explique que cette scène vise à illustrer, par métaphore, une violence détournée de ses causes réelles. Il affirme qu’une voix s’y serait élevée pour dénoncer une dynamique d’autodestruction et rappeler que cette violence organisée devrait, selon ses termes, viser « ceux qui humilient, exploitent et dépouillent le pays depuis des générations », et non les communautés elles-mêmes.
Sur le plan politique, Hugues Célestin soutient que la crise haïtienne est, selon lui, « conçue, financée et administrée de l’extérieur ». Il affirme que l’enchaînement de missions internationales, de conditionnalités financières et de dispositifs sécuritaires a transformé Haïti en « objet de gestion internationale », tout en déresponsabilisant les élites locales. À ses yeux, cette situation a conduit à une démocratie réduite à des procédures intermittentes, voire suspendues, et à une dépendance politique durablement enracinée avec la complicité d’élites qu’il juge rentières.
L’ancien député estime que cette dépendance a contribué au démantèlement de l’État, privé de sa capacité à exercer le monopole de la violence légitime, à administrer le territoire et à faire fonctionner des institutions élues. Il affirme que ce vide aurait ouvert la voie à une ingérence accrue des partenaires étrangers et à l’émergence du Conseil présidentiel de transition (CPT), qu’il décrit comme un « objet politique sans racines ni légitimité populaire », issu de la séquence ouverte après l’assassinat du président Jovenel Moïse et la sortie de scène de l’ancien Premier ministre Ariel Henry.
Selon Hugues Célestin, le CPT, composé de neuf membres, s’était assigné pour mission de rétablir l’ordre public, de désarmer les gangs, de réorganiser l’État et de préparer des élections crédibles, mais il juge que ces objectifs n’ont produit « aucun résultat tangible ». À l’approche de l’échéance du 7 février 2026, qu’il rappelle avoir été fixée par le CPT lui-même, il interprète la tentative de révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé comme une manœuvre de survie politique. « La crise n’oppose pas deux visions de l’État, mais deux prétendants au pouvoir », écrit-il, estimant que l’échec n’est pas sanctionné et que seule la position occupée compte.
Hugues Célestin affirme également que cette initiative aurait été rapidement désavouée par les partenaires internationaux d’Haïti. Il évoque un rappel à l’ordre attribué notamment aux États-Unis, suivis du Canada et de la France, qu’il interprète comme la preuve que le pouvoir réel ne se situerait pas dans les institutions nationales, mais dans les chancelleries étrangères. Selon lui, cette réaction ne relèverait ni d’un attachement particulier au Premier ministre en place ni d’un souci démocratique, mais d’une préférence pour un exécutif affaibli mais jugé prévisible au regard des intérêts stratégiques régionaux.
Dans la dernière partie de son texte, l’ancien député affirme que le 7 février 2026 ne marquera pas une rupture, mais la poursuite de la transition sous une forme prolongée et reconfigurée. Il estime que cette dynamique contribue à « institutionnaliser l’exception » et à normaliser l’illégalité, tout en maintenant une tutelle qu’il qualifie de politique. Pour Hugues Célestin, la reconstruction de l’État et la refondation de la légitimité populaire resteront impossibles tant que les causes structurelles du chaos ne seront pas affrontées.

