Une délégation de la société civile haïtienne et les dirigeants de l’ONU débattent des mesures pour éviter un vide institutionnel après le 7 février 2026 en Haïti…

Post image

NEW-YORK, vendredi 12 septembre 2025 (RHINEWS) – Une rencontre de haut niveau s’est tenue jeudi au siège des Nations Unies à New York entre le secrétaire général de l’Organisation, son adjoint, et une délégation haïtienne issue de la société civile. L’objet central des discussions a été le document intitulé “Avoiding the Next Crisis: Recommendations for a Haitian Led Path Forward” (Éviter la prochaine crise : recommandations pour une voie haïtienne vers l’avenir), qui avertit d’un nouveau risque de déstabilisation politique majeur en Haïti à l’approche de février 2026.

Selon le texte, « Haïti est actuellement en dehors de tout ordre constitutionnel et institutionnel ». Il rappelle que « la mission du gouvernement de transition s’achèvera en février 2026, et qu’aucun mécanisme n’existe pour remplacer le Conseil présidentiel de transition (CPT) ». Les participants ont alerté sur les conséquences d’une telle échéance si rien n’est entrepris dès à présent : « Si nous ne préparons pas maintenant, Haïti fera face à une nouvelle crise politique profonde », indique le document.

La délégation haïtienne a souligné que la crise institutionnelle ne peut pas être dissociée des défis sécuritaires. « La gouvernance et la sécurité ne peuvent être séparées. Une approche exclusivement sécuritaire a déjà montré ses limites. Sans traiter les problèmes de gouvernance, de responsabilité et de corruption, la sécurité restera inaccessible », ont déclaré les intervenants. Ils ont insisté sur le fait que les efforts armés et policiers seuls, même appuyés par des partenaires internationaux, n’apporteront pas de stabilité durable.

Le document discute également de la question constitutionnelle et électorale. « La réforme constitutionnelle et la tenue d’élections crédibles ne peuvent pas avoir lieu cette année et ne sont pas envisageables dans les conditions actuelles », affirme le texte. Les participants estiment qu’un tel processus, précipité ou imposé de l’extérieur, manquerait de crédibilité et risquerait d’exacerber la méfiance populaire.

La principale recommandation formulée est que « la prochaine étape doit être menée et portée par les Haïtiens eux-mêmes, en Haïti comme dans la diaspora », avec la participation active de la société civile, en collaboration avec les partenaires internationaux. « Toute voie perçue comme imposée manquera de légitimité et risque d’aggraver l’instabilité », lit-on dans le document.

Les recommandations visent à éviter une impasse en février 2026 et à créer les conditions d’une transition crédible et représentative. Elles incluent « une évaluation claire des accomplissements et des manquements de la mission actuelle », « une structure de leadership plus réduite et plus efficace pour accélérer la prise de décision », « l’élaboration d’une feuille de route centrée sur trois priorités essentielles – sécurité, réforme constitutionnelle et élections », ainsi que « l’exigence de crédibilité et de légitimité du leadership, tant aux yeux des Haïtiens qu’auprès de la communauté internationale ».

L’accent a également été mis sur la nécessité d’une « appropriation haïtienne » de tout processus à venir. « Au-delà de tout, l’issue doit être perçue comme une solution haïtienne, avec les acteurs internationaux jouant un rôle de soutien et non d’imposition », ont martelé les intervenants. La diaspora haïtienne est citée comme un acteur incontournable, dont l’exclusion dans les processus précédents a affaibli la légitimité et la portée des initiatives.

Un constat alarmant est dressé dans le même esprit : « Aujourd’hui, l’espérance de vie en Haïti est inférieure à celle de l’Afghanistan, un pays pourtant en guerre et en instabilité depuis plus de soixante ans. Concrètement, cela signifie qu’un citoyen afghan vivant sous le régime taliban est statistiquement appelé à vivre plus longtemps qu’un Haïtien », note le document.

Face à cette urgence, des acteurs de la société civile ont proposé la création d’une Initiative Accélérateur de l’Indice de Développement Humain (HDI Accelerator Initiative) dotée d’un budget pilote de 100 millions de dollars. Cette initiative mettrait en priorité l’accent sur « l’expansion de l’accès à l’alimentation et aux soins de santé, tout en réintégrant les individus qualifiés et non qualifiés dans les chaînes d’approvisionnement, notamment celles qui dépassent les frontières d’Haïti ».

Les promoteurs du projet disent vouloir éviter les erreurs qui ont plombé des programmes antérieurs. Ils mettent en avant trois points : le manque de partenaires crédibles sur le terrain, l’exclusion récurrente de la diaspora et l’insuffisance de transparence. « Trop souvent, la diaspora est laissée de côté. Nous croyons que leur participation est une condition sine qua non, essentielle et incontournable », est-il précisé.

En matière de partenaires, plusieurs ONG locales sont citées comme capables de jouer un rôle clé, dont Zanmi Lasante, Hôpital Albert Schweitzer (HAS), GHESKIO, RNDDH, et la Fondation WK Kellogg. « Avec près de 40 ans d’expérience, ces organisations se distinguent comme des partenaires exceptionnellement qualifiés », insistent les promoteurs.

Quant à la gouvernance, l’accent est mis sur une « transparence sans compromis dès le premier jour ». Le document précise : « Nous déploierons une technologie conçue pour intégrer la responsabilité à chaque niveau du programme, rendant non seulement difficile, mais quasiment impossible l’érosion ou la disparition de tout mécanisme de contrôle ».

Le texte avertit que « la mission confiée au gouvernement actuel – sécuriser le pays, avancer sur la réforme constitutionnelle et préparer des élections crédibles – reste inachevée ». Il ajoute : « Haïti ne peut pas se permettre d’entrer dans le mois de février 2026 sans plan. En agissant dès maintenant par un processus mené par les Haïtiens, en collaboration avec les partenaires internationaux, il est possible d’éviter une nouvelle crise et de jeter les bases de la sécurité, de la réforme constitutionnelle et des élections lorsque les conditions le permettront ».

Les initiateurs estiment que ce projet constitue « une démarche audacieuse mais pragmatique pour redéfinir la trajectoire du développement d’Haïti », et affirment que l’opportunité d’investir dans l’avenir du pays « n’a jamais été aussi urgente ni aussi prometteuse ».

Participants haïtiens à la réunion :

• Loune Viaud, Partners in Health / Zanmi Lasante

• JP Michel, Sante Nou Health

• Ariel Dominique, (Diaspora)

• Dana François, WK Kellogg Foundation

• Jean Marc deMatteis, Hôpital Albert Schweitzer

• Dr. Maxi Raymonville, Zanmi Lasante

• Pierre Espérance, RNDDH

• Dr. Wesler Lambert*