PORT-AU-PRINCE, lundi 1er septembre 2025 (RHINEWS) – Alors que la crise haïtienne reste au centre des préoccupations régionales et internationales, le professeur de droit constitutionnel Sonet Saint-Louis a dressé, dans un texte diffusé ce lundi, un constat sans appel : « Il n’y aura ni référendum ni élections crédibles à la fin de 2025. » Pour l’universitaire, la situation actuelle résulte d’un effondrement politique et institutionnel orchestré par un pouvoir de facto illégitime, soutenu par des réseaux mafieux et toléré par une communauté internationale soucieuse de contenir une instabilité jugée menaçante pour la Caraïbe et les Amériques.
« Le dossier d’Haïti a été examiné au niveau des instances régionales et internationales dans une tentative de freiner la catastrophe dans laquelle le pays s’est enfoncé depuis au moins cinq ans », rappelle M. Saint-Louis. Selon lui, cette mobilisation traduit « l’inquiétude de la diplomatie occidentale face à une crise devenue un danger pour la stabilité de toute la région ».
Mais sur le plan interne, la critique est cinglante. « Les autorités de facto multiplient les manœuvres politiques insensées pour faire croire qu’elles agissent », dénonce-t-il, soulignant qu’elles manigancent « avec les vieux démons de la politique traditionnelle haïtienne, les contrebandiers et les trafiquants » dans le seul but d’organiser des simulacres d’élections présidentielles. « Ce spectacle n’est rien d’autre que le fruit du fantasme de politiciens corrompus et médiocres, manipulés par des groupes mafieux et criminels qui se nourrissent du chaos pour piller les caisses publiques en toute impunité », accuse encore le professeur.
Pour lui, la mascarade électorale envisagée n’aura aucun fondement légal. « Comment prétendre élire un président sans Parlement ? Devant quelle instance ce prétendu vainqueur prêtera-t-il serment ? Qui osera valider des élections sans légitimité ? Sous quelle Constitution seront-elles organisées ? », interroge-t-il. Et d’ajouter : « Quelle loi fondamentale encadrera ce pouvoir présidentiel sans ancrage légal ? »
Au cœur de son analyse se trouve la dénonciation d’une dérive institutionnelle. Le Conseil présidentiel de transition (CPT) est accusé d’avoir « balayé la Constitution de 1987 » pour s’appuyer désormais sur l’Acte de l’Indépendance comme source de légitimité. « Désormais, ses actions se réclament de l’Acte de l’Indépendance, un texte symbolique, historique, mais dénué de toute valeur juridique, érigé de facto en norme fondamentale », déclare M. Saint-Louis. Il juge ce basculement « dangereux et incohérent », car « l’Acte de l’Indépendance n’est, en réalité, qu’une déclaration politique et non une norme juridique contraignante ».
Le professeur fustige ceux qu’il considère comme responsables de cette imposture. « Ce tour de passe-passe n’est que l’œuvre de faux docteurs, de manipulateurs et d’usurpateurs qui, depuis des décennies, pullulent dans l’espace politique, médiatique et même au sein de la communauté juridique », déplore-t-il. Et d’ajouter : « Ce sont des individus sans compétence, incapables même de masquer la malveillance de leurs agissements. »
Face à ce qu’il qualifie d’impasse démocratique, l’universitaire appelle les citoyens à prendre leurs responsabilités. « Le peuple haïtien doit se lever et dire non à l’inacceptable », lance-t-il. « Le peuple, c’est vous, c’est moi. Et face à l’histoire, souvenons-nous : la peur ne sauvera personne. » Pour lui, seule « l’unité des Haïtiens, de l’intérieur comme de la diaspora », pourra permettre d’initier « la grande révolution indispensable pour changer la vie en Haïti — une révolution politique, éthique et intellectuelle ».
L’enseignant invite les Haïtiens à transformer leur nostalgie en action patriotique et citoyenne : « Sommes-nous capables de faire converger nos chemins individuels pour en faire une cause commune ? », questionne-t-il, en appelant à dépasser les divisions pour bâtir un projet national.
Sonet Saint-Louis estime que la priorité absolue est de mettre fin à l’aventure du Conseil présidentiel de transition. « L’organisation du départ de ce CPT glouton, soutenu par un gouvernement stérile, s’impose comme une nécessité politique incontournable », affirme-t-il, avertissant que le maintien de cette équipe illégitime conduirait à l’enracinement d’un pouvoir corrompu et à l’aggravation du chaos.

