PORT-AU-PRINCE, mardi 14 octobre 2025 (RHINEWS) – Le juriste et professeur de droit constitutionnel Me Sonet Saint-Louis estime que le Conseil présidentiel de transition (CPT) est arrivé « en fin de course » et que son maintien jusqu’au 7 février 2026 ne ferait que prolonger une crise institutionnelle déjà insoutenable. Dans un texte intitulé « Pourquoi attendre le 7 février 2026 pour faire partir le CPT ? », publié depuis Montréal, le professeur de l’Université d’État d’Haïti et de l’Université du Québec à Montréal plaide pour une refondation immédiate de la transition autour de nouvelles figures capables de restaurer la légitimité et l’État de droit.
Selon lui, « la question n’est plus de savoir s’il doit partir, mais par quoi le remplacer ». Il dénonce avec force la dérive autoritaire et opportuniste d’une classe politique qui a fait de la transition un instrument de pouvoir permanent : « La suspension brutale du suffrage universel est devenue la stratégie privilégiée d’hommes politiques dépourvus de toute légitimité démocratique, mais désireux de gouverner le pays », écrit-il.
Pour Me Saint-Louis, l’actuel Conseil présidentiel s’inscrit dans la continuité d’une série de gouvernements de facto qui, depuis la chute de Jovenel Moïse, s’installent « sans mandat populaire et sans horizon électoral ». Il souligne que l’opposition issue de cette période s’apprête à passer cinq années au pouvoir sans élection, dans une « transition circulaire conçue pour se maintenir aux commandes sans le consentement du peuple ».
Le constitutionnaliste critique sévèrement l’instrumentalisation de la transition et la perte de sens du mot lui-même : « Elle est devenue, pour certains acteurs hostiles à la démocratie, une véritable banque à dévaliser en toute impunité », déplore-t-il, estimant que ce cycle de confiscation du pouvoir explique l’instabilité chronique du pays.
Il prévient que le CPT connaîtra le même sort que le gouvernement d’Ariel Henry, resté 31 mois au pouvoir sans élections. « Il n’y aura pas de prolongation », tranche-t-il. « Le départ du CPT, prévu pour le 7 février 2026, ne doit pas seulement marquer la fin d’une catastrophe, mais aussi le commencement d’un renouveau pour Haïti. »
Pour Me Saint-Louis, ce renouveau passe par le retour à l’État de droit, qu’il considère comme une urgence nationale. « Haïti est une République démocratique, et il est inadmissible qu’elle soit gouvernée en permanence par des dirigeants dépourvus de mandat populaire », affirme-t-il.
Évoquant la panique croissante au sein de la classe politique et du secteur privé, il s’inquiète des préparatifs d’élections « sous pression internationale » dans un climat de désordre et d’insécurité : « Comment organiser des élections crédibles dans un contexte de désordre généralisé ? Quelle Constitution encadrera les pouvoirs des prochains représentants du peuple ? »
L’ancien doyen souligne également l’échec du projet référendaire du CPT, rappelant que « des dizaines de millions de dollars ont été engloutis dans des projets de réformes constitutionnelles ratés : 40 millions de dollars sous Jovenel Moïse et 600 millions de gourdes sous le CPT ». Il fustige « un pouvoir de facto qui a plongé le pays dans une insécurité juridique et institutionnelle dévastatrice » et questionne : « Le CPT peut-il décider, selon son bon vouloir, de l’existence ou non de notre Loi fondamentale ? »
Face à cette dérive, le juriste appelle à des décisions courageuses et à la construction d’un large consensus national pour sortir Haïti de l’impasse. Il avance trois pistes pour remplacer le CPT :
D’abord, le recours à la Cour de cassation, une option soutenue par plusieurs secteurs politiques et de la société civile, qui y voient un moyen de restaurer la neutralité et la continuité institutionnelle. « Dans l’histoire récente, ce fut le cas avec Ertha Pascal-Trouillot en 1990 et Boniface Alexandre en 2004 », rappelle-t-il. Toutefois, il note que la Cour elle-même souffre d’un déficit de crédibilité, pour être restée silencieuse lors de la suspension de la Constitution de 1987.
Ensuite, certains acteurs préconisent un Conseil restreint de trois membres issus de la société civile et de la classe politique, chargé de diriger une transition courte et inclusive. Mais Me Saint-Louis en souligne les limites : « La classe politique, discréditée et divisée, a perdu la confiance du peuple. Le risque est de prolonger indéfiniment la vacance du pouvoir exécutif. »
Enfin, il évoque une approche mixte, combinant un juge de la Cour de cassation et deux représentants politiques dans un organe présidentiel collégial, sous la direction du magistrat. Ce modèle viserait à établir un gouvernement technocratique et non partisan chargé de conduire le pays vers des élections crédibles.
Cependant, Me Saint-Louis met en garde : « La communauté internationale pourrait être tentée d’imposer sa propre solution si les Haïtiens ne conçoivent pas une alternative nationale fondée sur l’unité et la responsabilité. »
En conclusion, il exhorte toutes les forces patriotiques à dépasser leurs clivages et à bâtir « une solution commune, souveraine et durable ». « Seule une union sincère, guidée par l’intérêt supérieur de la nation et animée par la volonté de servir, permettra de sortir Haïti de l’impasse, de raviver l’espoir collectif et de remettre en marche une nation trop longtemps réduite au silence », écrit Me Sonet Saint-Louis.
Pour Saint-Louis. qu’il s’agit d’« un appel à la responsabilité nationale », insistant sur la nécessité d’« éviter la répétition du chaos sous de nouveaux visages ».

