Sommet Trump–Poutine à Anchorage :Zelensky plaide un format trilatéral, l’Europe affirme qu’« aucun veto russe » n’est acceptable, réactions contrastées de Londres à Budapest…

Vladimir Poutine, president russe et Donald Trump, president des Etats-Unis...

MIAMI, samedi 16 août 2025 (RHINEWS) Au lendemain du face-à-face entre Donald Trump et Vladimir Poutine, tenu vendredi 15 août sur la base de Joint Base Elmendorf–Richardson à Anchorage (Alaska), les principales capitales ont livré des réactions mêlant prudence, fermeté et espoir mesuré. Aucune trêve n’ayant été conclue, le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a annoncé une rencontre lundi à Washington avec son homologue américain et s’est dit favorable à des « discussions au niveau des dirigeants » dans un format trilatéral Ukraine–États-Unis–Russie, tout en insistant sur l’implication européenne pour des garanties de sécurité « fiables ». « Je rencontrerai le président Trump lundi à Washington », a-t-il indiqué, soutenant l’idée d’un format à trois et évoquant des « signaux positifs » sur des garanties américaines, a-t-il écrit sur X.

Dans une déclaration conjointe, des dirigeants européens ont martelé que « l’Ukraine doit disposer de garanties de sécurité en acier trempé » et que « la Russie ne peut pas avoir un droit de veto » sur la trajectoire de Kyiv vers l’Union européenne ou l’OTAN, réaffirmant l’intangibilité des frontières et la poursuite de la pression économique contre l’effort de guerre russe.   

À Londres, le Premier ministre Keir Starmer a salué « les efforts » du président américain qui « nous rapprochent plus que jamais de la fin de la guerre illégale de la Russie », tout en promettant de « resserrer encore » les sanctions tant que Moscou poursuivra son « assaut barbare ». À Paris, Emmanuel Macron a averti qu’il faudra « tirer toutes les leçons des 30 dernières années », rappelant « la propension bien établie » de la Russie à ne pas honorer ses engagements, et a assuré travailler « en étroite coopération » avec Washington et Kyiv. À Rome, la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni a vu « une lueur d’espoir » pour ouvrir des pourparlers de paix, « l’Italie faisant sa part » aux côtés des alliés occidentaux.

À Bruxelles, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a jugé « essentielles » des garanties fortes protégeant « les intérêts vitaux de sécurité » de l’Ukraine et de l’Europe. La cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas a estimé que Washington « a le pouvoir de contraindre la Russie à négocier sérieusement » et a laissé entendre que l’UE travaillait à un 19e paquet de sanctions.

En Europe centrale et du Nord, les tonalités divergent. Le Premier ministre tchèque Petr Fiala a considéré que l’issue d’Anchorage confirme que Vladimir Poutine « ne s’intéresse qu’à des gains territoriaux » et à « la restauration de l’empire soviétique ». La Suède a appelé à « accroître la pression » sur Moscou pour « une paix juste et durable » en droit international, tandis que la Norvège a plaidé pour « augmenter » la pression et « écouter » les besoins de Kyiv afin d’éviter toute fracture transatlantique. La Pologne a jugé que l’ouverture d’un canal de discussion a « une valeur », mais a rappelé que la guerre ne peut finir que par la défaite russe… ou des négociations.

Dans l’UE, Budapest et Bratislava se sont démarquées. Le Hongrois Viktor Orbán a affirmé que « le monde est plus sûr qu’hier » après la rencontre des deux « plus grandes puissances nucléaires », et le Slovaque Robert Fico a salué un « processus vital » engagé en Alaska, critiquant la stratégie européenne « infructueuse » visant à « affaiblir la Russie » par l’aide massive à Kyiv.

Hors d’Occident, l’Inde a « salué » la tenue du sommet et « les progrès réalisés », réaffirmant que « la voie à suivre ne peut être que le dialogue et la diplomatie » et souhaitant « une fin rapide » du conflit.

Côté russe, la rencontre est largement présentée comme un succès symbolique : responsables et médias d’État ont vanté une « victoire diplomatique » conférant à Moscou une reconnaissance internationale sans concessions ni nouvelles sanctions, tout en admettant l’absence de résultats tangibles. Des figures du pouvoir ont souligné que les échanges avaient eu lieu « sans préconditions », quand certains commentateurs pro-guerre se montraient plus sceptiques sur l’intérêt de dialogues non conclusifs.   

À Washington, Donald Trump a assuré avoir vécu « une journée très réussie » malgré l’absence d’accord de cessez-le-feu et a répété que « Kyiv doit conclure un accord », laissant entendre privilégier une « paix rapide » plutôt qu’une trêve — des propos qui nourrissent à la fois l’espoir d’avancées et la vigilance de capitales européennes déterminées à éviter toute paix qui sacrifierait la souveraineté ukrainienne. De nouvelles discussions avec Volodymyr Zelenskyy sont prévues dès lundi à Washington, des rumeurs évoquant ensuite un possible format trilatéral.

Au bilan, Anchorage n’a ni arrêté la guerre ni défini de feuille de route détaillée, mais a rouvert un espace politique dont chacun cherche désormais à cadrer l’issue : Kyiv en revendiquant sa place à la table et des garanties « en acier », l’UE en fixant des lignes rouges sur l’intégrité territoriale et l’architecture de sécurité, Washington en misant sur un compromis rapide, et Moscou en capitalisant sur l’optique d’un retour au premier plan. Les prochains jours diront si l’amorçage annoncé débouche sur des discussions substantielles ou s’il ne s’agissait que d’un exercice de communication de part et d’autre.