Dossier Elionor Devallon – Salaires modestes, flux bancaires massifs et dépenses internationales : une source judiciaire pointe de graves anomalies…

Devallon Elionor, directeur de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS)...

PORT-AU-PRINCE, samedi 16 août 2025 (RHINEWS) – Une source proche du dossier, requérant l’anonymat pour des raisons de sécurité, affirme à RHINEWS que les relevés financiers liés à Elionor Devallon, directeur général de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS) entre août 2024 et janvier 2025, révèlent un décalage inquiétant entre ses revenus officiels et les flux bancaires et transactions par carte de crédit constatés sur plusieurs années.

Selon cette source, le compte principal identifié à la Banque Nationale de Crédit (BNC) montre que Devallon percevait un salaire mensuel de 40 483,70 gourdes d’avril à novembre 2020, porté à 44 003,70 gourdes en décembre 2020 et maintenu jusqu’au 13 janvier 2021. « Ce sont des montants modestes et parfaitement cohérents avec sa fonction, mais après deux ans de silence bancaire, des dépôts massifs et irréguliers, sans origine documentée, sont apparus », confie l’interlocuteur.

Entre novembre 2024 et janvier 2025, plusieurs versements compris entre 75 000 et 386 000 gourdes ont été enregistrés. « Ces montants représentent jusqu’à près de neuf fois son salaire habituel et ne correspondent à aucune justification économique connue », souligne la source, évoquant « la forte probabilité d’activités parallèles non déclarées ».

Les investigations révèlent également un usage intensif d’une carte de crédit émise par la Banque de l’Union Haïtienne (BUH), dont les transactions, de février 2022 à janvier 2025, ont été régulièrement effectuées en République dominicaine, notamment à Santiago. « Le niveau mensuel de dépenses dépasse largement ses revenus officiels. Sans ressources additionnelles déclarées, cet écart est un signal d’alerte classique en matière de blanchiment de capitaux », affirme l’informateur.

Par ailleurs, la source indique que Devallon a multiplié les transferts via les sociétés CAM Transfert et Capital Transfert, en gourdes et en dollars américains, entre 2021 et 2024. « Ces mouvements d’argent, souvent de montants significatifs, établissent un lien constant avec une certaine Cendia Joseph, résidant en République dominicaine au moment des opérations », précise-t-elle.

Selon les éléments disponibles, l’ampleur et la structure de ces flux pourraient impliquer l’existence d’autres bénéficiaires ou complices, encore non identifiés. « Les liens financiers observés dépassent le seul cadre personnel de Devallon. Il est possible qu’il serve d’intermédiaire pour des réseaux plus larges », avance la source.

Le dossier, désormais entre les mains de la justice haïtienne, pourrait connaître de nouveaux développements à mesure que les connexions bancaires et transfrontalières seront explorées. « Ce type de schéma, où les revenus déclarés ne peuvent justifier le train de vie ni les flux enregistrés, est typique des circuits de blanchiment », conclut la source, laissant entendre que des ramifications vers d’autres acteurs économiques et politiques ne sont pas à exclure.

Élionor Devallon, directeur général de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS) d’août 2024 à janvier 2025, a été arrêté le 30 janvier dernier par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) à Turgeau, dans le cadre d’une enquête de grande ampleur sur le financement et le soutien logistique présumés de groupes armés, dont l’organisation terroriste « Viv Ansanm ».

Lors d’une perquisition à son domicile, plusieurs chèques à son nom ont été saisis. Des informations concordantes, issues d’enquêtes croisées, le soupçonnent d’avoir, avec d’autres personnalités politiques et administratives, commandé des armes et des munitions destinées à des gangs armés. Parmi les coaccusés figurent notamment l’ancienne directrice générale du Fonds d’Assistance Économique et Sociale, Magalie Habitant, et l’ancien député Prophane Victor, tous convoqués devant le parquet de Port-au-Prince dans des dossiers distincts mais liés par leurs connexions présumées à ces réseaux criminels.

Des investigations menées par les services de renseignement nationaux et relayées par des sources proches du dossier indiquent que Devallon aurait entretenu des liens étroits avec l’Organisation des Citoyens pour le Changement de la Nation (OCHAN), considérée par plusieurs analystes sécuritaires comme une structure proche de « Viv Ansanm ». Cette dernière, désignée organisation terroriste par les autorités américaines, est accusée d’avoir instauré un contrôle territorial par la violence dans plusieurs zones stratégiques du pays.

Un haut responsable de la sécurité, ayant requis l’anonymat, affirme que « les éléments financiers et logistiques rassemblés montrent un schéma de soutien organisé, où certains fonctionnaires ou ex-fonctionnaires ont agi comme facilitateurs pour l’approvisionnement des gangs ». Il précise que les flux financiers analysés, y compris via des circuits de transfert transfrontaliers, laissent penser à « un réseau tentaculaire mêlant acteurs politiques, économiques et criminels ».

Devallon, dont le nom était déjà apparu dans des rapports confidentiels sur des anomalies bancaires importantes, a été remplacé à la tête de la CAS le 20 février 2025, moins d’un mois après son arrestation. L’enquête, toujours en cours, pourrait déboucher sur de nouvelles inculpations si les liens avec d’autres personnalités et structures complices sont confirmés.