PORT-AU-PRINCE, jeudi 11 septembre 2025 (RHINEWS) – Solidarité Fanm Ayisyèn (SOFA) élève la voix face à ce qu’elle qualifie de « moment de terreur sans précédent » vécu par la population haïtienne. Dans un communiqué, l’organisation féministe a salué « toute la force, le courage et la détermination du peuple qui fait face chaque jour à la tribulation et aux tourments, spécialement à Port-au-Prince, dans l’Artibonite et dans le Plateau Central ». Elle dénonce une « machine de destruction » qui s’exprime par la prolifération des gangs criminels armés, l’alimentation continue en armes et la paralysie de la vie sociale et institutionnelle.
SOFA décrit une spirale de violences où « chaque jour, nous comptons des cadavres, des blessés, des femmes et des enfants violés », ajoutant que « plus d’un million de nos compatriotes sont aujourd’hui réfugiés dans leur propre pays », tandis que d’autres vivent « comme des prisonniers » sous la cruauté des gangs. À ce tableau s’ajoute « la déstructuration et la dévalorisation de nos institutions », dans un contexte où « la communauté internationale cherche à maintenir Haïti sous contrôle politique et économique ».
Dans ce contexte, l’organisation féministe a pointé du doigt deux « crimes majeurs » qu’elle dit commis contre la nation. Le premier est un « contrat secret avec une société de sécurité privée étrangère ». Selon le communiqué, « le gouvernement de transition aurait signé en cachette avec Erik Prince (ancien PDG de Blackwater, aujourd’hui Vectus Global) un contrat de dix ans qui compromet la souveraineté nationale ». La SOFA exige « transparence et explications » : « Quel travail cette compagnie étrangère vient-elle faire ? Pour qui ? Pendant combien de temps ? Avec quelle légitimité ? » s’interroge le texte. L’organisation met en garde : « Haïti ne redeviendra pas une colonie. Nous n’allons pas permettre la répétition de 1915, quand les Marines américains ont pris le contrôle du pays pendant 19 ans ». Elle rappelle également que « le 17 décembre 1914, sous prétexte de crise politique, les soldats avaient déjà débarqué et emporté 500 000 dollars de nos réserves d’or, évalués à 13 millions de dollars en 2022 ».
Le second crime dénoncé est la perspective d’une « paix honteuse avec les bourreaux criminels ». La SOFA constate « avec douleur » que « des acteurs politiques commencent à propager un discours en faveur d’une paix avec les gangs armés ». Pour l’organisation, « cette approche cherche à tirer la couverture de l’impunité sur les criminels et leurs commanditaires ». Elle martèle : « La paix sans justice, c’est cracher sur les cadavres, sur le sang de toutes les victimes. C’est banaliser les viols et toutes les autres exactions. C’est ouvrir la porte aux gangs pour recommencer à tuer sans état d’âme. »
L’organisation exhorte la population à ne pas tomber dans ce piège : « Rappelez-vous, depuis 2018, ils nous tuent, ils nous violent, ils brûlent nos maisons, ils nous font fuir et, quand nous revenons, ils font pire », souligne le communiqué, citant les cas de Carrefour-Feuilles, Bel-Air, Solino et Poste Marchand où « après des soi-disant trêves, les attaques ont repris ».
SOFA interpelle directement les autorités : « KPT, Premier ministre, vous dites que vous êtes dirigeants, assumez vos responsabilités. Le gouvernement ne peut pas continuer à donner aux criminels l’autorité de décider quand le peuple peut retourner dans ses quartiers détruits, baignés de sang et de cendres ». Elle ajoute : « Cessez ce silence complice. Vous devez guider l’action de la Police nationale pour qu’elle soit efficace et pour restaurer la dignité du peuple. »
Le communiqué conclut par une triple dénonciation : « Nous dénonçons et nous nous opposons à la paix avec les bourreaux criminels, aux contrats qui hypothèquent la souveraineté nationale, et au silence qui rend les dirigeants complices ».
« Justice doit être rendue pour que la vie reprenne. Impunité et paix sont comme lait et citron. La transparence est le fondement de la confiance, la clé de la justice. La lutte des femmes est la lutte de toutes et tous », a affirmé Mergina Fleurimat, coordinatrice générale de la SOFA.

