PORT-AU-PRINCE, mercredi 21 octobre 2026 (RHINEWS) – Des tirs nourris d’armes automatiques ont retenti dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 octobre à Santo et dans les zones environnantes, se prolongeant jusqu’aux premières heures de la matinée. Gagnés par la peur, des habitants ont été contraints de rester chez eux, alors que la tension demeure vive après la disparition de quatre militaires salvadoriens déployés en Haïti.
L’attaque contre les quatre techniciens aéronautiques de la Force opérationnelle Libertad II s’est produite le dimanche 18 octobre, à Santo 17, dans la commune de Croix-des-Bouquets. Selon les informations rapportées, les militaires auraient quitté leur base pour effectuer des achats à l’extérieur de Port-au-Prince.
Sur le chemin du retour, leur véhicule blindé aurait été pris dans une embuscade attribuée à des membres du groupe criminel Chyen Mechan, dans une zone où opère également le gang 400 Mawozo. Les circonstances exactes de leur déplacement et de l’attaque restent à établir officiellement.
Quelques heures après l’embuscade, des hélicoptères déployés en renfort pour appuyer les opérations dans la zone ont également essuyé des tirs, selon des informations relayées par la presse. Cet épisode souligne les risques auxquels sont exposées les forces engagées dans les opérations de recherche et de sécurisation, dans un secteur où les groupes armés conservent une capacité de riposte.
L’ambassade des États-Unis en Haïti a indiqué que « des affrontements intenses et continus ont été signalés entre des gangs et les forces de sécurité aux alentours de Santo, à Croix-des-Bouquets. Les routes pourraient être bloquées ou impraticables ». Elle a recommandé aux ressortissants américains de redoubler de prudence et d’éviter la zone.
Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur américain Mike Waltz a décrit une attaque d’une extrême violence, menée à l’aide de tirs nourris et d’explosifs contre le véhicule des militaires. Il a exprimé l’espoir que les quatre hommes aient survécu, tout en reconnaissant que leur sort demeure incertain.
Les recherches se poursuivent dans un environnement particulièrement dangereux. À ce stade, aucune information officielle suffisamment détaillée ne permet d’établir avec certitude si les quatre militaires ont été capturés, blessés ou tués. L’absence de précisions sur leur localisation et les circonstances de leur disparition entretient l’inquiétude au Salvador comme au sein des forces internationales déployées en Haïti.
Le gouvernement salvadorien a fermement condamné l’attaque. Devant le Conseil de sécurité, l’ambassadrice du Salvador auprès des Nations unies, Egriselda López, a exprimé sa profonde inquiétude concernant ses quatre ressortissants et indiqué que les recherches se poursuivaient.
Le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a également condamné ce qu’il a qualifié d’enlèvement et appelé à leur libération immédiate.
Le gouvernement haïtien, dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ne s’est pas publiquement prononcé sur cette attaque, selon les informations disponibles au moment de la rédaction.
La disparition des quatre militaires soulève des interrogations sur les difficultés opérationnelles d’une force internationale confrontée à des organisations criminelles solidement implantées dans plusieurs régions du pays. L’incident remet également au premier plan les enjeux liés à la coordination des déplacements, à la protection des personnels, au partage du renseignement et aux mécanismes de communication entre les contingents étrangers et les autorités haïtiennes.
L’absence d’informations publiques détaillées sur le déroulement de l’opération limite toutefois la possibilité d’établir, à ce stade, les éventuelles défaillances du dispositif.
Lancée en avril avec le soutien du Conseil de sécurité, la FRG rassemble des contingents de plusieurs pays, notamment le Salvador, le Guatemala, la Jamaïque, la Mongolie, le Tchad et le Sri Lanka. Environ 2 000 personnels seraient actuellement déployés, avec un objectif annoncé de 5 500.
Lors de son intervention au Conseil de sécurité de l’ONU, Jack Christofides, représentant de la FRG, a signalé un recul des gangs dans certains secteurs, mais une hausse des attaques contre la force. « Les gangs testent la FRG », a-t-il averti.
Sur le terrain, les violences persistent à Port-au-Prince et dans plusieurs villes de province. Les enlèvements, les meurtres et les déplacements forcés fragilisent les populations et paralysent les activités économiques et sociales.
Les enlèvements de l’avocat Calherbe Jean-Baptiste et de Stéphanie Paultre, directrice de l’ONAPE, dans l’Artibonite, illustrent la persistance de cette insécurité, malgré la présence des forces nationales et internationales.
Début octobre, les Nations unies ont indiqué qu’au moins 5 700 personnes avaient été tuées ou blessées en Haïti depuis le début de l’année. Cette violence s’inscrit dans une crise politique, économique et institutionnelle prolongée, marquée par l’expansion territoriale des gangs, les déplacements forcés de populations et l’affaiblissement des services publics.
Pour plusieurs observateurs haïtiens, la disparition des quatre militaires devrait conduire la FRG et ses partenaires internationaux à réexaminer leurs stratégies opérationnelles et à mesurer plus précisément l’étendue du contrôle exercé par les groupes criminels sur le territoire.
La capacité d’une force internationale à protéger ses propres membres, alors qu’elle est appelée à contribuer au rétablissement de l’ordre, pose une question centrale sur les conditions de son intervention et son efficacité opérationnelle.
L’enjeu dépasse désormais la seule recherche des quatre militaires. Il consiste à réduire durablement la capacité d’action des groupes armés, à sécuriser les axes de circulation, à protéger les civils et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones soumises à la violence.

