« Rivières volées, vies dérobées », une double crise entre massacres et saccage environnemental- Hugues Célestin…

Hugues Celestin, Sociologue et ancien depute de Quartier-Morin...

QUARTIER MORIN, dimanche 5 avril 2026 (RHINEWS)– Entre violences armées et dégradation accélérée de l’environnement, Haïti fait face à une crise multidimensionnelle qui affecte à la fois la sécurité des populations et la survie des écosystèmes, selon une analyse publiée par des acteurs de la société civile.

Dans ce texte intitulé « Rivières volées, vies dérobées », l’auteur décrit un pays où « les massacres se succèdent » tandis que « les équilibres écologiques se fissurent dangereusement », mettant en parallèle la violence des gangs et l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles.

Le document revient notamment sur le massacre survenu dans la nuit du 28 au 29 mars 2026 dans les localités de Jean-Denis et Piatre, dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite, où « près de 80 riverains ont été tués et plus d’une vingtaine de personnes blessées », selon des estimations rapportées. Cet épisode, attribué à des groupes armés opérant dans la région, illustre « une violence inouïe qui s’abat sur les populations depuis plus de cinq ans ».

Parallèlement, l’auteur met en lumière une crise environnementale qu’il qualifie de systémique. Dans plusieurs zones du pays, notamment à Quartier Morin, dans le département du Nord, « des engins lourds enfoncent leurs mâchoires d’acier dans le lit des rivières et les terres agricoles », entraînant une destruction progressive des sols et des ressources hydriques. « Tous ces espaces ont cédé la place à des étendues mises à nu jusqu’à la chair », déplore-t-il, évoquant des paysages « défigurés » par l’extraction intensive de sable et de gravier.

Selon cette analyse, ces pratiques s’inscrivent dans « une chaîne de prédation où prévaut une logique d’accumulation sans régulation », impliquant à la fois des acteurs économiques et des groupes armés qui imposent des prélèvements sur les activités d’exploitation. « Leur violence détermine le principe structurant de cette économie informelle », souligne le texte.

L’auteur dénonce également l’inaction des autorités publiques, estimant qu’« il est difficile d’imaginer que de telles opérations puissent se dérouler à l’insu du gouvernement ». Il pointe du doigt « une complaisance inquiétante » du ministère de l’Environnement, affirmant qu’« aucune action de contrôle ne vient interrompre la progression de cette exploitation ».

Le texte établit un lien direct entre dégradation environnementale et aggravation des conditions de vie des populations. « Le lit de la rivière, fragilisé, perd son chemin. L’eau déborde, envahit les habitations et emporte tout sur son passage », décrit l’auteur, évoquant des inondations plus fréquentes et une perte des terres agricoles. Cette situation conduit, selon lui, à « une disparition progressive des moyens de subsistance » et à des déplacements forcés de populations.

Au-delà du contexte national, l’analyse s’inscrit dans une dynamique globale marquée par le changement climatique. L’auteur rappelle que « l’augmentation des températures, la modification des régimes de précipitations et la multiplication des événements climatiques extrêmes » accentuent la vulnérabilité des territoires. Il note également qu’en Haïti, « moins de 2 % du territoire est encore couvert par une forêt dense » et qu’environ « 75 % des bassins versants présentent des signes de dégradation ».

Dans ce contexte, le texte souligne une forme de rupture entre les populations et leur environnement, évoquant « le départ silencieux des forces tutélaires » et « une faillite morale collective face à la destruction du vivant ». Il décrit un territoire « vidé et défiguré », où « la terre cesse d’être un espace de vie pour devenir un gisement à exploiter jusqu’à son épuisement ».

L’auteur conclut en mettant en garde contre les conséquences à long terme de cette double crise sécuritaire et écologique. « La survie de l’environnement, de l’agriculture et des populations est menacée », écrit-il, estimant que « le pays tout entier paiera le prix de ce saccage impuni ».