NEW YORK, mard 23 juin 2026 (RHINEWS) – Le Conseil de sécurité des Nations unies doit tenir ce mercredi son débat annuel sur les enfants et les conflits armés, dans un contexte marqué par une aggravation sans précédent des violences visant les mineurs à travers le monde et par l’inscription de plusieurs gangs haïtiens dans les annexes du rapport annuel du secrétaire général de l’ONU sur cette question.
Selon ce rapport couvrant la période de janvier à décembre 2025, l’Organisation des Nations unies a vérifié 38.558 violations graves commises contre 24.174 enfants dans des zones de conflit, soit le niveau le plus élevé enregistré depuis la création, il y a trente ans, du mécanisme de surveillance sur les enfants et les conflits armés.
Le document recense les six violations graves reconnues par le Conseil de sécurité : le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats, les meurtres et mutilations, les enlèvements, les violences sexuelles, les attaques contre les écoles et les hôpitaux ainsi que le refus de l’accès humanitaire.
Le secrétaire général de l’ONU attribue cette hausse record à « la complexité croissante des conflits contemporains », à l’urbanisation des combats, à l’utilisation d’armes explosives dans les zones peuplées, à la prolifération des drones et à l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les processus de ciblage militaire. Il dénonce également le non-respect du droit international humanitaire et des droits humains ainsi qu’une « impunité presque totale » pour les auteurs de ces violations.
Le rapport met particulièrement en lumière la situation en Haïti. Pour la première fois, plusieurs gangs haïtiens figurent parmi les nouvelles entités inscrites dans les annexes du rapport en raison de violations graves commises contre des enfants. Il s’agit des groupes armés Gran Grif, Kraze Baryè et 400 Mawozo.
Le secrétaire général relève également que la Police nationale d’Haïti (PNH) et la Force spéciale de sécurité ont reçu un avertissement officiel concernant des cas de meurtres et de mutilations d’enfants. Le rapport précise que ces institutions pourraient être ajoutées à la liste des auteurs de violations si des faits similaires étaient de nouveau constatés en 2026.
Cette décision intervient alors que l’insécurité continue de s’aggraver dans plusieurs régions d’Haïti sous l’emprise de groupes armés. L’inscription des gangs haïtiens place désormais le pays parmi les situations suivies de près par les mécanismes onusiens de protection de l’enfance.
Lors du débat, la représentante spéciale du secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Vanessa Frazier, doit présenter les principales conclusions du rapport. Elle devrait souligner qu’en 2025, les forces gouvernementales ont été responsables de 15.881 violations vérifiées, contre 15.616 attribuées à des acteurs armés non étatiques, une évolution jugée préoccupante.
Mme Frazier devrait rappeler que les États ont la responsabilité première de protéger les enfants et appeler les gouvernements à utiliser les données du rapport comme un outil permettant de modifier le comportement des parties aux conflits.
La directrice générale de l’UNICEF, Catherine Russell, devrait quant à elle mettre l’accent sur les conséquences des armes explosives, des mines et des drones sur les enfants. Elle devrait exhorter les parties aux conflits à éviter l’emploi d’armes explosives à large rayon d’impact dans les zones habitées et à accélérer les opérations de déminage.
Le rapport fait également état d’une augmentation inquiétante des entraves à l’aide humanitaire. L’ONU a documenté 8.322 incidents de refus d’accès humanitaire en 2025, y compris des attaques contre le personnel humanitaire. Plus de 300 travailleurs humanitaires ont été tués au cours de l’année.
Les attaques contre les infrastructures civiles demeurent également une source majeure de préoccupation. L’ONU a recensé 1.680 attaques contre des écoles et 813 attaques contre des hôpitaux en 2025. Les situations les plus préoccupantes ont été observées en Israël et dans le Territoire palestinien occupé, en Ukraine, en Afghanistan et en République démocratique du Congo.
Le secrétaire général souligne toutefois certains progrès réalisés depuis la création de ce mandat il y a trente ans. Plus de 220.000 enfants ont été libérés de forces ou groupes armés grâce aux efforts de l’ONU et de ses partenaires. En 2025 seulement, plus de 13.000 anciens enfants associés à des groupes armés ont bénéficié de programmes de protection ou de réintégration.
Selon le rapport, les situations ayant enregistré le plus grand nombre de violations graves contre les enfants en 2025 sont Israël et le Territoire palestinien occupé avec 12.445 cas vérifiés, suivis de la République démocratique du Congo (4.114), du Nigeria (2.560), du Myanmar (2.203) et de la Somalie (2.195).
À l’occasion du 30e anniversaire du programme sur les enfants et les conflits armés, plusieurs États membres devraient appeler à un renforcement du soutien politique et financier aux mécanismes de protection de l’enfance, alors que l’ONU et de nombreuses organisations humanitaires sont confrontées à d’importantes contraintes budgétaires.
« L’augmentation alarmante des violations graves contre les enfants malgré l’existence d’un cadre normatif solide démontre l’urgence d’une action plus efficace », souligne le rapport du secrétaire général, qui appelle la communauté internationale à renforcer ses efforts pour protéger les enfants pris au piège des conflits armés à travers le monde.

