NEW YORK, vendredi 17 octobre 2025 (RHINEWS) —
Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté vendredi à l’unanimité la résolution 2794 (2025) prolongeant pour une année supplémentaire le régime de sanctions visant Haïti, tout en élargissant sa portée à de nouveaux acteurs accusés d’alimenter l’instabilité du pays. Adopté en vertu du Chapitre VII de la Charte de l’ONU, le texte prévoit la reconduction du gel d’avoirs, de l’interdiction de voyager et de l’embargo sur les armes, qui s’appliqueront désormais à toute personne ou entité participant à la déstabilisation d’Haïti par l’exploitation ou le commerce illicites de ressources naturelles.
Le Conseil demande aux États membres de prendre des mesures appropriées pour empêcher le trafic d’armes et de matériels connexes en Haïti, notamment par un renforcement de leurs mécanismes de contrôle aux frontières, et les exhorte à soutenir les autorités haïtiennes dans la gestion et la traçabilité des armes et munitions. La résolution renouvelle aussi pour treize mois le mandat du Panel d’experts chargé d’assister le Comité des sanctions mis en place par la résolution 2653 (2022). Dans sa partie la plus attendue, le texte inscrit deux nouveaux noms : Dimitri Hérard, ancien chef de l’Unité de sécurité du Palais national, et Kempes Sanon, chef du gang de Bel Air, tous deux sanctionnés pour leur rôle direct dans la consolidation et la coordination de réseaux criminels menaçant la paix et la stabilité du pays.
« Ces sanctions sont des composantes clés d’un effort international plus large pour promouvoir la paix et la stabilité en Haïti et dans la région », a déclaré la représentante des États-Unis, soulignant que les mesures visent à rendre des comptes à ceux qui entretiennent la violence. Elle a salué la désignation de Kempes Sanon, « qui a joué un rôle significatif dans la consolidation du pouvoir des gangs à Port-au-Prince », et de Dimitri Hérard, « qui a facilité les activités des réseaux criminels et armés ». Elle a toutefois précisé que « la liste n’est pas complète », estimant qu’« il existe encore des responsables de l’insécurité haïtienne qui échappent à la justice ».
Son homologue du Panama, coauteur du texte, a mis en garde contre la « relation symbiotique entre certains secteurs politiques et économiques et les gangs », regrettant qu’aucun consensus n’ait été trouvé pour sanctionner d’autres figures « qui causent tant de dégâts à la société haïtienne ». Il a rappelé que l’efficacité de l’embargo sur les armes demeure essentielle pour priver les gangs du « carburant » de la guerre urbaine, espérant que cette prorogation, combinée à la Force de suppression des gangs et au Bureau d’appui des Nations unies en Haïti, « permettra d’édifier un pays plus sûr et en paix ».
La France a, elle aussi, salué les nouvelles désignations tout en exprimant des regrets : « Nous plaidons depuis longtemps pour que la liste inclue non seulement les chefs de gangs, mais aussi les acteurs politiques et économiques qui les soutiennent », a indiqué son représentant, tout en déplorant que la résolution « ne mentionne pas explicitement les violences sexuelles et fondées sur le genre, alors que les femmes et les filles haïtiennes continuent d’en être les principales victimes ». Le Danemark a tenu un discours similaire, appuyant le recours aux sanctions ciblées mais dénonçant, lui aussi, l’omission de références à la violence de genre, qu’il considère comme « un indicateur essentiel » dans l’évaluation du régime de sanctions.
Les représentants de la Slovénie, de la Grèce et du Royaume-Uni ont partagé ces préoccupations, la déléguée britannique soulignant que « le ciblage des femmes et des filles en Haïti à raison de leur genre est inacceptable » et insistant sur la nécessité pour le Conseil de « rester pleinement informé de l’ampleur des violences, notamment sexuelles, commises par les gangs ».
La Chine a exprimé sa préoccupation quant à l’absence de dispositions plus détaillées sur le contrôle des armes, exhortant « toutes les parties, en particulier le principal pays source des armes illégales », à appliquer les mesures adoptées par des actions concrètes. Elle a rappelé que le régime de sanctions n’était « qu’un des outils pour répondre à la crise », soulignant que la solution dépendra « avant tout des efforts des Haïtiens eux-mêmes ».
Le Pakistan a insisté sur le fait que les sanctions de l’ONU sont « un moyen et non une fin », et qu’elles doivent « viser les responsables sans nuire à la population ». Le délégué a salué le consensus ayant entouré le vote, rappelant que « le consensus donne légitimité et efficacité à ces mesures ». Il a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté d’Haïti et à son intégrité territoriale.
S’exprimant également au nom de l’Algérie, de la Guyane et de la Somalie, le représentant de la Sierra Leone a affirmé que l’adoption du texte « réaffirme l’engagement fort du Conseil à combattre la violence des gangs » et envoie aux civils haïtiens « le message qu’ils ne sont pas seuls ». Il a insisté sur la nécessité de renforcer la mise en œuvre de l’embargo et de soutenir les capacités des forces haïtiennes, notamment la Police nationale.
La Russie, présidente du Conseil pour le mois d’octobre, a décrit la résolution comme une approche équilibrée ayant pris en compte ses préoccupations. Son représentant a insisté sur la stricte application de l’embargo, « notamment pour les États d’où proviennent les flux d’armes », tout en avertissant que les restrictions internationales « ne doivent pas servir à remodeler le paysage politique haïtien ». Il a mis en garde contre l’inscription de personnes pouvant jouer un rôle politique futur.
Le représentant d’Haïti a pour sa part salué l’adoption du texte, estimant que le régime de sanctions peut être un « mécanisme de dissuasion puissant » s’il est correctement mis en œuvre contre les gangs armés et leurs bailleurs. Il a souligné la complémentarité de ces mesures avec la Mission multinationale de soutien à la sécurité récemment transformée en Force de suppression des gangs (résolution 2793 (2025)) et a précisé que les autorités haïtiennes « ont pris note des noms annexés à la résolution » et qu’ils seront « traités conformément au droit national ».
L’ambassadrice Jennifer Locetta, représentante alternative pour les affaires politiques, a réaffirmé la détermination des États-Unis : « Nous continuerons de demander d’autres désignations afin que la liste soit véritablement à la hauteur de la menace. Haïti mérite mieux. »
Le renouvellement du régime de sanctions intervient alors que la capitale haïtienne demeure largement sous le contrôle des gangs et que la violence continue d’atteindre des niveaux sans précédent. Selon plusieurs estimations onusiennes, près de 90 % de Port-au-Prince échappent encore à l’autorité de l’État. La résolution 2794 vise à freiner cette spirale en coupant les canaux d’approvisionnement en armes et en ciblant les facilitateurs économiques et politiques du crime organisé. Mais plusieurs délégations ont reconnu que l’absence de référence aux violences de genre et le manque de précisions techniques sur la mise en œuvre du texte risquent d’en limiter la portée.
Pour les diplomates favorables à la ligne dure, l’enjeu est désormais de passer des mots aux actes : contrôler effectivement les frontières, intercepter les cargaisons d’armes, sanctionner les élites qui financent la criminalité et appuyer les institutions haïtiennes. La résolution 2794 marque une étape supplémentaire dans la mobilisation internationale autour d’Haïti, mais son efficacité dépendra de la détermination des États membres à appliquer les mesures et à soutenir, sur le terrain, le combat contre les réseaux criminels.

