NEW-YORK , vendredi 12 décembre 2025 (RHINEWS)– Les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies ont appelé vendredi à une application rigoureuse et cohérente du régime de sanctions imposé à Haïti, estimant que l’efficacité de ces mesures dépend directement de leur mise en œuvre effective pour faire face à la crise sécuritaire, politique et humanitaire qui frappe le pays. Les échanges ont eu lieu lors d’une séance consacrée au rapport annuel du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 2653 (2022) sur les sanctions concernant Haïti.
Présentant ce rapport, la présidente du Comité, la représentante du Guyana, Carolyn Rodrigues-Birkett, a estimé que le régime de sanctions se trouvait à « un moment critique de son développement et de sa mise en œuvre ». « Je crois que nous sommes à une jonction décisive dans le développement et l’application du régime de sanctions 2653 », a-t-elle déclaré devant le Conseil.
Rappelant les travaux menés depuis sa précédente intervention du 11 décembre 2024, elle a souligné que la résolution 2752 (2024) avait renouvelé le régime de sanctions et chargé le Comité de mettre à jour la liste des personnes et entités désignées. Dans ce cadre, « le Comité a ajouté deux entités le 8 juillet » et « le Conseil a désigné deux individus supplémentaires le 17 octobre par la résolution 2794 (2025) », a-t-elle précisé. À ce jour, la liste des sanctions comprend « neuf individus et deux entités ».
La présidente du Comité a également noté que le Conseil de sécurité avait continué de renforcer le régime de sanctions, « en particulier l’embargo sur les armes », à travers plusieurs résolutions successives. Elle a assuré que le Comité poursuivrait sa coopération avec le Groupe d’experts, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) ainsi qu’avec les États membres concernés « en vue de la mise en œuvre effective des mesures de sanctions, à savoir le gel des avoirs, l’interdiction de voyager et l’embargo territorial sur les armes ».
Tout en encourageant les États membres à renforcer leur coopération avec le Comité et le Groupe d’experts, elle a souligné que ce régime de sanctions « peut aider Haïti à s’attaquer aux causes profondes et anciennes de l’instabilité et de la violence, dans le cadre des efforts visant à répondre aux crises multiples que traverse le pays ».
Plusieurs délégations ont toutefois insisté sur les lacunes persistantes dans l’application des sanctions. Le représentant du Panama a averti que « l’efficacité des sanctions est directement liée à leur mise en œuvre », estimant que, dans le cas d’Haïti, « seule une application rigoureuse permettra, une fois pour toutes, d’endiguer le flux illicite d’armes, qui continue d’alimenter la violence et d’aggraver la crise ». Il a également dénoncé la « relation symbiotique » clairement documentée entre certaines élites politiques et économiques et les gangs armés qui, selon lui, « prennent le pays en otage », soulignant que le régime de sanctions devait produire un « impact réel et durable ».
Dans la même veine, le représentant de la Sierra Leone, s’exprimant également au nom de l’Algérie, du Guyana et de la Somalie, a relevé que les armes et munitions continuaient d’affluer illégalement vers Haïti, alimentant l’instabilité et la violence. Il a insisté sur la nécessité de renforcer le respect des mesures de sanctions, « en particulier l’embargo sur les armes », appelant tous les États membres à « garantir le plein respect » de ses dispositions et à coopérer étroitement avec le Groupe d’experts.
Ce dernier, a-t-il rappelé, fournit au Comité des informations détaillées sur « les activités des gangs, les routes et tendances du trafic d’armes, les flux financiers illicites et les défis persistants en matière d’application des mesures ». Soulignant l’importance de sensibiliser davantage à « l’existence et à la pertinence » de l’embargo territorial sur les armes visant Haïti, il a estimé que le Comité devait continuer à jouer un rôle central pour « garantir que les progrès vers une paix et une sécurité durables en Haïti soient réels et significatifs ».
De son côté, le représentant de la Chine a appelé les parties concernées à prendre « des mesures concrètes » pour améliorer le contrôle des frontières et prévenir le trafic d’armes, jugeant que le Comité et son Groupe d’experts pouvaient renforcer le suivi dans ce domaine. Il a également souligné que l’application effective des résolutions du Conseil relatives aux sanctions demeurait « un mécanisme clé pour améliorer la situation sécuritaire en Haïti ».
La représentante des États-Unis a déclaré sans détour que « la violence des gangs doit cesser », tout en saluant les décisions récentes de désigner de nouveaux individus accusés de soutenir les réseaux criminels. Elle a exhorté les membres du Conseil à appuyer « d’autres désignations de personnes qui continuent de renforcer ces gangs et réseaux criminels ».
Intervenant à son tour, le représentant d’Haïti a affirmé que l’embargo sur les armes constituait « la mesure la plus déterminante » pour faire face à la crise multidimensionnelle affectant son pays. Citant des rapports récents, notamment de l’ONUDC, il a indiqué que le trafic illicite d’armes à destination d’Haïti « demeure une réalité préoccupante », mettant en lumière l’existence de réseaux transnationaux bien organisés, de routes d’approvisionnement vers le territoire haïtien et de défis persistants en matière de surveillance des frontières.
« Toutes ces observations nous obligent à rappeler que l’efficacité de l’embargo ne doit pas être évaluée uniquement à l’aune de son cadre juridique, mais surtout à travers sa mise en œuvre concrète », a-t-il souligné, appelant à une application « stricte, cohérente et transparente ». Insistant sur le fait que « les armes qui alimentent la violence en Haïti ne sont pas fabriquées dans le pays », il a estimé que « la lutte contre ce phénomène est donc une responsabilité collective », qui doit inclure « une coopération intergouvernementale solide, un partage d’informations en temps réel et des réseaux d’interception coordonnés ».
Cette analyse a été partagée par le représentant de la Barbade, s’exprimant au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), qui a jugé « alarmante » la poursuite du trafic illicite d’armes et de munitions. Se référant au dernier rapport du Groupe d’experts, il a déploré un « échec constant dans l’application de l’embargo sur les armes » et a exhorté l’ensemble des États membres à respecter pleinement leurs obligations, notamment en renforçant les mécanismes de contrôle aux frontières et en gelant les avoirs liés aux individus et entités sanctionnés.
« Nous attendons de toutes les parties concernées qu’elles prennent les mesures nécessaires pour appliquer l’embargo sur les armes afin d’empêcher le flux illicite d’armes à feu vers Haïti », a-t-il déclaré, ajoutant que la CARICOM se tenait prête à intensifier sa coopération avec les acteurs concernés afin que les recommandations formulées se traduisent « en actions concrètes ». Il a conclu en affirmant que « le rétablissement de la paix, de la sécurité, des droits humains et de l’État de droit en Haïti demeure une priorité internationale urgente ».

