Des organisations haïtiennes rejettent la « feuille de route » de l’OEA et plaident pour une solution indigène à la crise…

Charles Herold Civil, Josue Merilien, Esther Eloy et Jean Gardy Brutus, dirigeants de la Centrale Unitaire des Travailleurs des Secteurs Public et Privé d’Haïti (CUTRASEPH)...

PORT-AU-PRINCE, samedi 13 décembre 2025 (RHINEWS)- Selon un intitulé « Liminaire du Woumble national vers une feuille de route indigène », le Directoire de la CUTRASEPH dresse une critique sévère de l’Organisation des États américains (OEA) et de sa proposition de « feuille de route » pour Haïti, jugée unilatérale, attentatoire à la souveraineté nationale et déconnectée des causes structurelles de la crise que traverse le pays.

Le document rappelle d’emblée le rôle historique d’Haïti sur la scène internationale, présenté comme un État ayant « provoqué le basculement de l’ordre mondial colonial, esclavagiste et raciste » au début du XIXe siècle, ouvrant « le chemin de la liberté à tous les peuples opprimés ». Le texte cite à cet égard Victor Hugo, qui s’était exclamé : « Haïti est une lumière ». Selon les auteurs, cette rupture historique aurait toutefois valu au pays un « prix fort », se traduisant aujourd’hui par une situation de dépendance et d’ingérence étrangère qualifiée de « grave et inacceptable ».

Selon le texte, cette dynamique d’ingérence se manifesterait notamment à travers l’initiative de l’OEA, portée par son secrétaire général Albert R. Ramdin, visant à imposer à Haïti une « feuille de route » présentée comme « dirigée par Haïti », mais conçue « à l’insu d’Haïti et sans la participation d’Haïti ». Les rédacteurs s’interrogent sur cette formulation qu’ils estiment contradictoire, parlant d’une « inversion équilibriste sujette à suspicions et à interprétation » et d’une « insulte assénée à l’intelligence du peuple haïtien ».

Le document soutient que l’élaboration d’une feuille de route unilatérale constituerait « une usurpation de rôle et de titre » et une « violation flagrante du droit à la souveraineté du peuple haïtien ». Selon le texte, Haïti aurait pourtant été, dès les origines du multilatéralisme, partie prenante des principes fondateurs du droit international, à travers la participation de représentants haïtiens tels que le général Nemours et les diplomates Émile Saint-Lot et Joseph D. Charles à l’élaboration des chartes de la Société des Nations et des Nations Unies.

Les auteurs accusent l’OEA d’imposer « sa propre vision déformée des faits » et de plaquer un narratif extérieur sur une réalité haïtienne complexe, en privilégiant des « aspects superficiels » au détriment des « causes profondes et structurelles » de la crise. Selon le texte, cette approche traduirait l’absence de « volonté ni d’intérêt à une solution effective » et exposerait l’organisation régionale à la « méfiance légitime » de la population haïtienne, qui y verrait le risque d’une « feuille de route de tutelle ».

Le document affirme également avoir relevé « de multiples inexactitudes et impropriétés de langage » ainsi que des « absences et silences » dans le texte de l’OEA, interprétés comme révélateurs d’un « projet inavoué, sans doute inavouable, de tutelle concernant Haïti ». Il rappelle en outre « la longue histoire d’échecs » de l’OEA dans le pays, évoquant sa « lourde responsabilité dans les élections frauduleuses et controversées de 2010 », qualifiées de facteurs majeurs de la crise actuelle. À ce sujet, le texte cite Ricardo Seitenfus, ancien représentant de l’OEA en Haïti, qui aurait qualifié l’organisation de « pompier-pyromane ».

Selon le texte, les organisations internationales, « l’OEA en tête », auraient par ailleurs rejeté de manière « systématique, ouverte ou dissimulée » les propositions alternatives nationales susceptibles de conduire à une sortie de crise. Les auteurs contestent également la qualification de la situation haïtienne en simple « crise de gouvernance et de sécurité », y voyant plutôt « une multicrise d’un État anti-peuple, d’un État contre la Nation », opérant « sous la dictée et au profit des puissances impérialistes ».

Le document souligne enfin que « pas de solution viable à la crise sans une analyse correcte et la prise en compte effective des causes profondes » et insiste sur l’impossibilité de définir des priorités nationales « de l’extérieur, à l’insu du peuple haïtien et en son nom ». C’est dans ce contexte qu’est avancée la nécessité d’une « feuille de route indigène conçue par les Haïtiens pour Haïti », justifiant l’appel à la tenue d’un « Woumble national », envisagé dans le prolongement de la Journée internationale des droits humains.

Selon le texte, ce Woumble national devrait permettre d’aborder plusieurs questions jugées cruciales, notamment les formes de lutte et les stratégies permettant aux Haïtiens de « prendre en mains leur destin de peuple », les mécanismes pour « contrôler, limiter et stopper l’ingérence des puissances étrangères », ainsi que les principaux défis à relever face aux conséquences « désastreuses » de la crise. Le document évoque également le « vide institutionnel effrayant » qui se profilerait à l’horizon et appelle à l’adoption d’un « code de conduite » pour les acteurs politiques et citoyens, assorti, le cas échéant, de « sanctions légales » en cas de violation.

Selon le Directoire de la CUTRASEPH, ces interrogations constituent autant de thèmes à débattre dans le cadre du « Woumble national : vers une feuille de route indigène pour une sortie de crise », présenté comme une étape nécessaire face à un moment jugé « fragile » et « dangereux » pour l’avenir institutionnel du pays.