NEW-YORK, lundi 8 septembre 2025 (RHINEWS) – Les membres du Conseil de sécurité reprennent cette semaine les discussions autour d’un projet de résolution, porté par les États-Unis et le Panama, autorisant la transformation de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MSS) en Haïti en mission multinationale de combat contre les gangs armés et la mise en place d’un Bureau de soutien des Nations unies chargé de l’appui logistique et opérationnel. L’annonce s’inscrit dans la dynamique ouverte au briefing public du 28 août, où Washington a indiqué partager un texte « pour faire face à la montée de la violence en établissant une “Gang Suppression Force”et en créant un UN Support Office ». « Les membres du Conseil ont récemment entamé des négociations » et doivent maintenant les poursuivre, souligne le document de référence.
Le Conseil rappelle que l’échéance est serrée : le mandat d’autorisation de la MSS expire le 2 octobre 2025. La décision attendue en septembre déterminera l’avenir de la mission.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti « a sombré dans une crise multidimensionnelle » faite d’« impasse politique, violence extrême et conditions humanitaires désastreuses ». Les gangs « contrôlent environ 85 % de Port-au-Prince » et étendent leurs exactions vers l’Artibonite et le Centre, tandis que la PNH et la MSS « peinent à engranger des avancées significatives », malgré quelques reprises d’accès.
Sur le plan normatif, le Conseil avait autorisé le 2 octobre 2023, par la résolution 2699, la formation et le déploiement de la MSS pour douze mois, en précisant que les coûts reposeraient sur des contributions volontaires. Les évaluations prévoyaient 2 500 personnels déployés par phases, pour environ 600 millions $ par an. Le déploiement, d’abord annoncé pour février 2024, a été repoussé à plusieurs reprises, faute de financement, et le premier contingent n’est arrivé qu’en juin 2024.
En septembre 2024, la résolution 2751 a prolongé l’autorisation jusqu’au 2 octobre 2025, en exhortant à accélérer le déploiement et à accroître les contributions. Mais « le financement incertain et l’insuffisance d’équipements » ont perduré : à peine près de 1 000 personnelsétaient sur le terrain au moment de la rédaction, loin des 2 500 prévus.
Parallèlement, le 14 juillet 2024, le Conseil a renouvelé BINUH jusqu’au 31 janvier 2026 (résolution 2785), en exprimant son intention d’examiner « sans délai » les recommandations du Secrétaire général pour un appui onusien plus robuste.
Sur le terrain humanitaire, António Guterres a parlé d’un « bilan humanitaire accablant » : 1,3 million de personnes déplacées internes — dont la moitié des enfants-et six millionsde personnes nécessitant une assistance, dans un contexte d’insécurité alimentaire aigüe et de menaces constantes sur les humanitaires (« violences, extorsion, enlèvements »).
Le volet politique demeure incertain. Le 7 août, Laurent Saint-Cyr a succédé à Fritz Alphonse Jean à la présidence tournante du Conseil présidentiel de transition (CPT), avec un mandat appelé à courir jusqu’en février 2026, date-butoir fixée pour l’élection d’un nouveau président. Le décret du 10 avril 2024 confère au TPC les pouvoirs présidentiels jusqu’au 7 février 2026, et celui de mai 2024 interdit toute prolongation de ce mandat.
Le rapport attire aussi l’attention sur des négociations avec des contractants étrangerspour élargir leur rôle « dans la lutte contre les gangs et la collecte des taxes » ; des entreprises militaires privées américaines appuient déjà une task-force de drones ciblant des membres de gangs, une pratique qui soulève des questions de légalité et d’efficacité.
Au plan régional, l’OEA a demandé le 27 juin l’élaboration d’un plan d’action d’appui à Haïti (sécurité, humanitaire, élections). Le 20 août, le Secrétaire général de l’OEA a présenté une « Feuille de route pilotée par les Haïtiens pour la stabilité et la paix », chiffrée à 2,6 milliards $, dont 1,336 milliard $ pour le pilier « Stabilisation sécuritaire et rétablissement de la paix ».
La dimension Femmes, paix et sécurité est alarmante : selon le rapport annuel du Secrétaire général, les attaques de 2024 « ont généralement impliqué l’usage de violences sexuelles à grande échelle ». BINUH a vérifié 708 cas de violences sexuelles en 2024 (523 filles, 142 femmes, 43 garçons) et les prestataires humanitaires ont enregistré 3 598 cas de violences basées sur le genre, tout en soulignant une sous-déclaration « chronique ». Le Secrétaire général appelle à prioriser la protection, à « permettre à la MSS d’aider la PNH à renforcer la protection des civils », et à soutenir une assistance globale et la justice pour les survivantes.
Sur les droits humains, l’Expert désigné de l’ONU, William O’Neill, s’est dit le 4 juillet « alarmé » par une situation « catastrophique à tous égards », rappelant le principe de non-refoulement et exhortant les États à « ne renvoyer de force personne vers Haïti » et à envisager des régimes de séjour légal avec des garanties appropriées.
Le régime de sanctions s’est durci : le 8 juillet, le Comité 2653 a ajouté les gangs Viv Ansanm et Gran Grif en tant qu’entités — une première-après avoir déjà désigné leurs chefs ; le 15 juillet, l’UE a sanctionné trois chefs de gangs pour menaces à la paix et à la sécurité en Haïti.
Au chapitre des options et garanties, plusieurs points devraient figurer dans la résolution : respect « strict » du droit international, y compris le droit international des droits humains, des Règles d’engagement conformes et un mécanisme de supervision pour prévenir « violations ou abus, en particulier l’exploitation et les abus sexuels », avec des expertises dédiées en protection des enfants et des femmes. Les membres pourraient aussi souligner l’application intégrale de la Politique de diligence voulue en matière de droits de l’homme (HRDDP) pour tout appui fourni par le futur Bureau de soutien, et réaffirmer que la force létale ne doit être utilisée que lorsque « strictement nécessaire pour protéger la vie ou prévenir une blessure grave face à une menace imminente ».
La surveillance de la future mission-qui ne serait pas une opération onusienne — reste une question ouverte : une option évoquée est que son commandant de force briefe régulièrement le Conseil, complétée par une supervision indépendante.
Côté financement, la lettre du 24 février du Secrétaire général propose que le Bureau de soutien soit financé par les quotes-parts des opérations de maintien de la paix, tandis que la mission multinationale resterait sur un modèle volontaire. Dans le contexte du déficit chronique de la MSS, de la crise de liquidités de l’ONU et de la possible disparition du financement américain du maintien de la paix en 2026, l’un des enjeux clés sera d’assurer des ressources fiables pour la mission et le Bureau.
Sur le plan politique au Conseil, les membres sont unanimes à juger la crise haïtienne préoccupante et à reconnaître la nécessité d’une solution pilotée par les Haïtiens. Les E10, ainsi que la France et le Royaume-Uni, soutiennent une réponse rapide aux recommandations du Secrétaire général. Les États-Unis, principaux bailleurs de la MSS, n’avaient pas de position tranchée jusqu’à récemment, avant d’annoncer avec le Panamaleur intention de solliciter l’autorisation pour créer le Bureau de soutien et reconfigurer la mission. En 2024, la Chine et la Russie s’étaient opposées à une transformation en opération de maintien de la paix, option alors soutenue par Washington et l’Équateur (co-pénaliste). Des réserves chinoises ont de nouveau été exprimées en consultations le 28 mai.
Prochaine étape : en septembre — et dès cette semaine — le Conseil doit arrêter sa position sur la mission reconfigurée et l’UN Support Office. L’issue de ces délibérations déterminera la suite de la MSS au-delà du 2 octobre.

