PORT-AU-PRINCE, lundi 8 septembre 2025 (RHINEWS) – Le Centre d’Analyse et de Recherche en Droits de l’Homme (CARDH) a rendu publics les actes de la Table sectorielle sur la sécurité (TSS), tenues à Port-au-Prince en présence de représentants de l’État, de diplomates, d’experts, de la société civile et des forces de sécurité. Ce rapport volumineux restitue les analyses et les débats autour de la crise sécuritaire et formule des recommandations jugées décisives pour l’avenir du pays.
Les discussions ont révélé l’ampleur d’une guerre asymétrique où des gangs armés contrôlent plus de 85 % de la capitale, imposant leurs lois aux populations civiles. Le document souligne la faiblesse de l’appareil d’État et l’impuissance d’une Police nationale d’Haïti réduite à moins de 9 000 agents opérationnels, mal équipée, démoralisée et exposée aux influences politiques. Des responsables policiers ont admis que les gangs bénéficient de filières d’approvisionnement constantes en armes et en munitions alors que les autorités sont incapables de répondre par une stratégie cohérente.
Les échanges ont mis en évidence que la sécurité ne peut être isolée de la gouvernance, de l’économie et de la justice sociale. La pauvreté, l’absence de services publics et la corruption alimentent l’extension des réseaux criminels, tandis que la faiblesse de l’État de droit mine la confiance des citoyens. Un représentant de la société civile a affirmé que la sécurité doit être envisagée comme un projet de développement global et non comme une simple question policière.
La dimension internationale de la crise a été largement débattue. Si la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) conduite par le Kenya a été saluée pour son apport, elle est jugée insuffisante pour inverser la spirale de violence. Les débats ont insisté sur la nécessité d’un appui logistique, technique et financier beaucoup plus conséquent, dans le cadre d’une mission élargie soutenue par les Nations unies et dotée d’un bureau d’assistance spécifique. « Sans un véritable partenariat international, Haïti ne pourra pas contenir seul cette spirale de violence », a déclaré un diplomate cité dans le document.
Le rapport consacre aussi une attention particulière au drame humanitaire des déplacés internes, désormais plus d’1,6 million de personnes, contraintes de survivre dans des conditions précaires, privées d’accès régulier à l’eau, à l’éducation et aux soins de santé. Le CARDH avertit que cette situation ne doit en aucun cas être normalisée et appelle à des mesures d’urgence pour soulager ces populations.
Dans ses recommandations, le CARDH insiste sur la nécessité de réformer en profondeur la Police nationale afin d’en faire une institution capable d’affronter la menace. Cela passe par un renforcement rapide des effectifs, une formation adaptée, des équipements adéquats et surtout une dépolitisation pour en finir avec son instrumentalisation. Le centre plaide également pour une stratégie nationale de sécurité élaborée de manière inclusive, transparente et fondée sur une vision à long terme, afin de rompre avec la succession de mesures improvisées qui ont échoué par le passé.
L’organisation appelle les autorités à mettre en place des mécanismes stricts de contrôle des flux d’armes et de munitions, en coopération avec les partenaires internationaux, afin d’assécher les sources d’approvisionnement des gangs. Elle recommande aussi de lier la lutte contre l’insécurité à des mesures de gouvernance et de développement, en s’attaquant à la corruption endémique, à l’impunité et à l’absence de services publics, qui créent un terrain fertile pour la criminalité organisée.
Enfin, le CARDH insiste sur la responsabilité collective et sur la mobilisation nationale. Il rappelle que la sécurité est une affaire de survie et ne peut être réduite à un agenda partisan ou électoraliste. L’organisation appelle à une synergie réelle entre l’État, la société civile, les forces de sécurité et les partenaires internationaux. « La sécurité est une affaire de survie nationale et ne peut être réduite à un agenda politique partisan », conclut le document.
À travers la publication de ces actes, la Table sectorielle sur la sécurité se positionne comme un espace de concertation permanent et un lieu de redevabilité publique. Le message du CARDH est clair : Haïti se trouve à un point de bascule, et seule une action concertée, immédiate et courageuse pourra empêcher l’effondrement total de l’État.

