NEW-YORK, jeudi 28 août 2025 (RHINEWS) – Face à l’effondrement de l’État haïtien, le Secrétaire général António Guterres a exhorté jeudi le Conseil de sécurité à autoriser « une force internationale soutenue par l’ONU sur le plan logistique et opérationnel et bénéficiant d’un financement prévisible », un appel qui relance le débat sur l’avenir de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) déployée dans le pays depuis deux ans.
« Le peuple haïtien est plongé dans une spirale de souffrances », a déploré M. Guterres, soulignant que plus d’une vingtaine de gangs armés contrôlent désormais près de 85 % de Port-au-Prince. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, la capitale et plusieurs régions sont livrées à la violence, marquée par des viols systématiques, des violences sexuelles, des déplacements massifs et une faim généralisée. « L’autorité de l’État s’effondre », a averti le chef de l’ONU, citant des chiffres alarmants : 1,3 million de déplacés internes et six millions de personnes dépendant directement de l’aide humanitaire.
Selon Catherine Russell, Directrice exécutive de l’UNICEF, « les enfants, qui représentent la moitié des membres des groupes armés, paient le plus lourd tribut ». En 2024, plus de 1 300 enfants ont été victimes de violations graves, soit près de cinq fois plus que l’année précédente. Les cas de violences sexuelles ont bondi de 1 000 %, dont un quart liés à des viols collectifs.
La MMAS, dirigée par le Kenya et forte de contingents venus de plusieurs pays, devait initialement déployer 2 500 policiers pour appuyer la Police nationale haïtienne. Mais face à l’aggravation de la crise, António Guterres avait déjà proposé en février la création d’une structure onusienne d’appui logistique et opérationnel, financée par le budget du maintien de la paix, sans pour autant transformer la force en mission onusienne, contrairement au souhait du gouvernement haïtien.
Jeudi, les États-Unis se sont alignés sur cette orientation. Leur ambassadrice auprès de l’ONU, Dorothy Shea, a proposé la création d’une « Force de répression des gangs » et d’un « Bureau d’appui des Nations Unies » chargé d’apporter un soutien logistique aux opérations sur le terrain. « Nous exhortons les membres du Conseil à se joindre à nous pour répondre à l’appel du gouvernement haïtien, alors que nous traçons une nouvelle voie vers la paix et la sécurité », a-t-elle déclaré.
Mais malgré l’urgence, les besoins humanitaires demeurent largement ignorés. « Pour 2025, nous avons besoin de 908 millions de dollars afin d’aider 3,9 millions de personnes. Mais nous n’avons même pas reçu 10 % de cette somme », a alerté le Secrétaire général, rappelant qu’Haïti est aujourd’hui « l’appel humanitaire le moins financé au monde ».

