Nord-Est d’Haïti : Milosthène Castin plaide pour un collectif foncier face à une « crise structurelle profonde »…

Milostene Castin, Militant des droits humains et Dirigeant de AREDE

TROU-DU-NORD, vendredi 1er mai 2026 (RHINEWS)– Lors d’une conférence consacrée à la problématique foncière dans le Nord-Est, Me Milosthène Castin a livré une analyse à caractère historique et juridique d’une « crise structurelle profonde » affectant la gestion des terres, appelant à la création d’un collectif foncier départemental pour défendre les droits des paysans et promouvoir une gouvernance plus équitable.

« La problématique foncière, c’est tout ce qui a rapport à la terre, à son accessibilité et aux ressources qui s’y trouvent », a-t-il déclaré, inscrivant cette question dans une perspective historique remontant à la période coloniale, marquée selon lui par « le génocide et le travail forcé », puis par plus de trois siècles d’esclavage.

Il a rappelé que la révolte des esclaves de 1791 a conduit à l’indépendance en 1804 sous Jean-Jacques Dessalines, dont la Constitution de 1805 visait à établir « un État libre, juste, souverain, fort et solidaire ». Toutefois, il estime que les espoirs d’une répartition équitable des terres ont rapidement été compromis.

« Les anciens libres et les nouveaux affranchis ont revendiqué les habitations, tandis que les généraux réclamaient aussi leur part, souvent à travers de faux documents, laissant les anciens esclaves sans même un mouchoir de terre », a-t-il affirmé, évoquant également des pratiques de contrebande qui ont affaibli l’État.

Selon lui, les mesures prises par Jean-Jacques Dessalines pour lutter contre l’accaparement des terres, la corruption et la contrebande ont suscité l’hostilité de certaines élites. « Après ses décisions fermes et ses déclarations, un vaste complot s’est monté pour l’assassiner », a-t-il dit, estimant que cet événement a ouvert une période marquée par « le pillage des terres, la corruption et l’impunité », fondant « une société d’inégalités, d’exploitation et de domination ».

Me Castin a également évoqué les résistances paysannes, notamment celle de Goman, tout en soulignant leur répression. Il a rappelé les charges historiques pesant sur les paysans, notamment la rançon de 1825 imposée par Charles X et le Code rural de 1826 sous Jean-Pierre Boyer.

Abordant l’occupation américaine, il a dénoncé les expropriations massives, en particulier dans le Nord-Est. « En 1918, la Constitution a été modifiée pour faciliter l’accaparement des terres, et en 1926 plus de 40 000 hectares ont été saisis pour la plantation de Dofin », a-t-il expliqué, ajoutant que ces projets n’ont apporté « ni écoles ni hôpitaux » à la région.

S’agissant de la période contemporaine, il a estimé que la situation s’est aggravée après le séisme de 2010, dans un contexte de changements climatiques et d’insécurité généralisée. Il a accusé certains acteurs influents d’utiliser « des projets fictifs pour spolier les paysans et s’enrichir illicitement », citant de nombreux cas d’acquisitions massives de terres dans plusieurs communes du Nord-Est.

Il a détaillé le cadre juridique du foncier en Haïti, évoquant la coexistence de différents statuts de terres et de titulaires, tout en mettant en garde contre des irrégularités fréquentes. « Les notaires rendent souvent les paysans victimes en leur remettant des pièces non enregistrées ni transcrites », a-t-il souligné, ajoutant que le non-respect des procédures d’arpentage peut entraîner la nullité des titres.

Rappelant que la Constitution de 1987 prévoit des mécanismes pour encadrer la question foncière, il a encouragé une meilleure appropriation de ces dispositions.

Pour faire face à cette situation, Me Castin a appelé à la création d’un collectif foncier dans le Nord-Est. « Il faut identifier les organisations engagées, les rassembler et construire un collectif départemental », a-t-il déclaré, plaidant pour le renforcement des capacités sur les droits fonciers, le climat, la biodiversité et la souveraineté alimentaire, ainsi que pour la promotion d’une économie solidaire.

Il a également insisté sur la nécessité d’accompagner les paysans dans des pratiques agroécologiques afin de réduire leur vulnérabilité. « Il faut accompagner les paysans pour renforcer leur résilience », a-t-il dit.

Enfin, il a appelé à des campagnes de sensibilisation sur les injustices historiques, notamment la rançon de 1825 « payée pendant cent ans par les paysans », ainsi que sur le centenaire des expropriations liées aux plantations de sisal dans le Nord-Est. « Il faut se mobiliser pour la mémoire, la restitution et les réparations », a-t-il conclu.