NIAMEY, mardi 16 septembre 2025 (RHINEWS) – L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, prépare une rupture inédite avec la justice internationale en envisageant un retrait collectif de la Cour pénale internationale (CPI). La décision, qui serait une première dans l’histoire récente du continent, a été discutée lors d’un sommet extraordinaire des ministres de la Justice des trois pays tenu mardi à Niamey.
Le général de division Mohamed Toumba, représentant le Premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine, a ouvert les débats en annonçant que les pays de l’AES entendaient « redéfinir [leur] appartenance au Statut de Rome qui a donné naissance à la Cour pénale internationale ». Selon lui, la CPI incarne une institution aux « décisions sélectives et orientées », accusée de cibler prioritairement les dirigeants africains et de servir des « logiques impérialistes » destinées, selon ses termes, à « étouffer toute velléité d’émancipation ».
Depuis leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en début d’année, les trois pays sahéliens, dirigés par des régimes militaires, multiplient les gestes de défiance envers les institutions régionales et internationales. Le projet de sortie de la CPI s’inscrit dans une logique de souveraineté revendiquée face à des mécanismes jugés intrusifs. « L’Afrique ne peut continuer à être le laboratoire d’une justice à géométrie variable », a confié un haut responsable burkinabè, sous couvert d’anonymat.
La CPI, basée à La Haye, a souvent été accusée par plusieurs chefs d’État africains d’acharnement sélectif. Depuis sa création en 2002, la quasi-totalité des enquêtes ouvertes concernent le continent africain, nourrissant un ressentiment croissant. L’ancien président kényan Uhuru Kenyatta avait lui-même dénoncé en 2016 une « chasse aux sorcières contre l’Afrique », avant que le Burundi ne devienne, en 2017, le premier pays au monde à quitter officiellement la Cour. La Gambie avait également annoncé son retrait la même année, avant de revenir sur sa décision avec le changement de régime.
Un retrait coordonné du Mali, du Burkina Faso et du Niger constituerait un précédent de poids, renforçant le bloc AES dans sa stratégie d’autonomie diplomatique et judiciaire. Pour les défenseurs des droits humains, cette démarche est toutefois inquiétante. « Sortir de la CPI priverait les populations d’un recours essentiel contre l’impunité des crimes de guerre et crimes contre l’humanité », a réagi un juriste nigérien basé à Dakar.
Si aucune date n’a encore été fixée pour concrétiser ce retrait, les signaux envoyés depuis Niamey témoignent d’une orientation politique ferme et concertée. Les experts estiment que cette décision, si elle est officialisée, pourrait inspirer d’autres États africains en désaccord avec les mécanismes de la justice internationale, mais aussi accentuer les tensions entre les pays du Sahel et leurs partenaires occidentaux.
Pour l’heure, les chancelleries occidentales observent avec prudence l’évolution de la situation. Un diplomate européen à Bamako a reconnu qu’« un tel retrait viendrait compliquer davantage la coopération judiciaire dans une région déjà fragilisée par les conflits et le terrorisme ».
La sortie éventuelle de la CPI par le Mali, le Burkina Faso et le Niger s’inscrirait donc dans une recomposition plus large des rapports de force en Afrique de l’Ouest, où l’AES cherche à imposer une nouvelle vision souverainiste de la gouvernance et de la justice.

