PORT-AU-PRINCE, dimanche 7 juin 2026 (RHINEWS) – L’avocat et professeur de droit constitutionnel Sonet Saint-Louis a dénoncé l’exposition publique de deux jeunes soldats des Forces armées d’Haïti (FAd’H) accusés de vol, estimant que leur sanction ne devait pas se transformer en « mise en scène de la honte ». Dans un texte intitulé « L’humiliation en direct des deux jeunes soldats est insupportable », il plaide en faveur d’une justice qu’il juge plus équitable et appelle à une réflexion plus large sur les inégalités sociales et l’impunité en Haïti.
L’auteur précise d’emblée qu’il ne cherche pas à justifier le vol reproché aux deux militaires. « Ils ont commis un vol et devaient être sanctionnés », écrit-il, ajoutant que cet acte constitue selon lui « une trahison civique et morale » au regard de leur mission.
Toutefois, Sonet Saint-Louis considère que la manière dont les autorités militaires ont traité l’affaire soulève des questions. « Ces deux jeunes soldats, issus de quartiers modestes, ont été exposés publiquement et transformés en exemples. Les renvoyer chez eux aurait suffi. Les humilier en direct, c’était trop », affirme-t-il.
Selon lui, la sanction disciplinaire ne devrait pas se confondre avec une humiliation publique. « La justice n’est pas l’humiliation. Une sanction peut être nécessaire, mais elle ne doit pas devenir une mise en scène de la honte », soutient-il, estimant que l’épisode risque d’alimenter davantage le sentiment d’injustice au sein de la société.
Dans son texte, l’universitaire affirme que les membres des forces de l’ordre constatent quotidiennement ce qu’il décrit comme des pratiques d’impunité au sommet de l’État. « S’attaquer publiquement aux plus faibles, pendant que les plus puissants échappent aux sanctions, ne peut qu’aggraver le sentiment d’injustice », écrit-il.
Sonet Saint-Louis avance également que le geste posé par les deux soldats peut être interprété à la lumière des difficultés économiques auxquelles font face de nombreux Haïtiens. Citant Saint Thomas d’Aquin, il rappelle qu’« il faut un minimum de biens pour pratiquer la vertu » et souligne que la pauvreté peut créer des situations de détresse sans pour autant excuser les actes répréhensibles.
L’auteur plaide par ailleurs pour qu’une seconde chance soit offerte aux deux militaires. « De la même manière que nous acceptons que nos propres enfants puissent commettre des erreurs, nous devons accepter d’offrir une deuxième chance aux enfants des autres », écrit-il, estimant que leur humiliation publique risque d’avoir des répercussions durables sur leurs familles et leur communauté.
Au-delà du cas des deux soldats, Sonet Saint-Louis élargit son analyse à ce qu’il appelle « le vol des puissants », qu’il associe aux détournements de fonds publics et à la corruption.
Il rappelle qu’après la chute du régime des Duvalier en 1986, plusieurs enquêtes et rapports officiels ont porté sur la gestion des ressources publiques, notamment le rapport Siclair, le rapport Paul Denis et le rapport relatif au programme PetroCaribe.
« Pourtant, certaines personnes mises en cause, voire inculpées par un juge d’instruction, ont été désignées comme membres du Conseil présidentiel de transition », affirme-t-il, dénonçant ce qu’il considère comme une application inégale de la justice.
Selon lui, « les faibles sont livrés à la honte publique, tandis que les puissants échappent à la justice ». Il estime que ce contraste nourrit la défiance envers les institutions et affaiblit le principe d’égalité devant la loi.
L’universitaire critique également un décret qu’il considère comme une protection accordée à certains responsables publics contre les poursuites devant les juridictions ordinaires. À ses yeux, cette situation est contraire au principe constitutionnel selon lequel tous les citoyens doivent être égaux devant la loi.
Dans la dernière partie de son texte, Sonet Saint-Louis affirme que l’affaire des deux soldats met en lumière des problèmes plus profonds liés à la pauvreté, aux inégalités et à la gouvernance.
« La honte publique n’est pas la justice. Je dénonce la violence de cette décision. Je refuse cette mise en scène de l’humiliation, qui écrase les faibles pendant que les puissants continuent souvent de se protéger entre eux », écrit-il.
S’appuyant sur la fable Les Animaux malades de la peste de Jean de La Fontaine, il établit un parallèle entre la justice des puissants décrite dans l’œuvre et certaines réalités contemporaines.
L’auteur estime que la justice doit s’accompagner de miséricorde et de politiques publiques favorisant l’égalité des chances. Citant Dominique de Villepin, il rappelle que « la justice sans miséricorde devient écrasement » et reprend cette formule : « Ne confondez pas la justice avec l’humiliation. »
Selon lui, l’amélioration des conditions de vie de la population constitue un élément essentiel pour réduire les comportements délictueux et renforcer la cohésion sociale. « Éduquer le peuple, lui donner du travail, lui garantir la dignité et l’espérance demeure l’élément fondamental qui contribuera à la purification des mœurs », écrit-il.
Sonet Saint-Louis appelle à un « pardon collectif » en faveur des deux jeunes soldats tout en maintenant l’exigence de responsabilité. « Haïti ne se relèvera pas par l’humiliation de ses enfants, mais par leur éducation, leur travail, leur dignité et leur réconciliation avec la patrie », conclut-il.

