L’ex-député Hugues Célestin fustige l’insécurité, la dépendance internationale et prévient contre des élections « sans souveraineté » en Haïti…

Hugues Celestin, Sociologue et ancien depute de Quartier-Morin...

QUARTIER-MORIN, dimanche 2 novembre 2025 (RHINEWS)- Dans un texte intitulé « La milice, la tutelle, les élections », l’ex-député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, dresse un diagnostic alarmant sur l’effondrement sécuritaire et institutionnel du pays, tout en dénonçant ce qu’il qualifie de « tutelle étrangère » et de risque de processus électoral sans légitimité populaire. « Le pays renaîtra par ses enfants », insiste-t-il, mettant en garde contre une transition politique qui, selon lui, ne répond ni aux exigences de souveraineté ni aux attentes sociales.

L’ancien parlementaire prend pour point de départ la vallée de l’Artibonite, présentée comme symbole de la souveraineté agricole du pays. Il rappelle que le barrage Canneau, édifié dans les années 1950 sous la présidence de Paul-Eugène Magloire, irrigue « plus de 28 000 hectares de terres », dont « 20 000 effectivement cultivés » selon des données de la BID (2019) et du ministère de l’Agriculture (2021). « Cet espace nourrissait autrefois le pays », écrit-il, décrivant la vallée comme un pilier historique de la production rizicole nationale.

Mais selon lui, ce patrimoine agricole est désormais « le théâtre d’une destruction programmée ». Il cite le rapport d’octobre 2025 du RNDDH, affirmant que « dans la nuit du 20 au 21 septembre 2025, la plaine de l’Artibonite […] a été dévastée par le gang-milice Kokorat San Ras ». Une analyse attribuée au Programme alimentaire mondial rapporte « plus de 3 000 hectares de terres autrefois fertiles » rendues stériles et une perte de « 2 400 hectares de surface cultivée » par rapport à l’année précédente. « Les paysans résistent, affrontent la violence et la terreur », écrit-il, estimant que « les autorités laissent la misère et l’injustice prospérer ».

Hugues Célestin accuse le Conseil présidentiel de transition (CPT) de collaborer avec la communauté internationale au détriment des intérêts nationaux. Il le qualifie de « brillante sélection nationale de truands professionnels » qui « s’appliquent à polir les bottes étrangères ». Selon lui, le gouvernement « quémande des soldats d’importation » pour assurer la sécurité, révélant ce qu’il décrit comme « le laboratoire de l’assistanat permanent ». Il affirme que l’État « n’exerce plus le monopole de la violence légitime » et que la Police nationale d’Haïti, « oscillant entre allégeances politiques, pauvreté structurelle et infiltration mafieuse », sert davantage « à garder les portes du pouvoir plutôt que celles de la nation ».

L’ex-député évoque aussi la dissolution de l’armée en 1995 et sa reconstitution incomplète, qu’il qualifie « d’ombre embryonnaire tenue en laisse par Washington ». Il voit dans le déploiement de la Gang Suppression Force (GSF), mandatée par l’ONU, une « permanence d’une tutelle étrangère ». « Ces soldats importés […] sont la béquille d’un État infirme », écrit-il, considérant que cette force étrangère institutionnalise la dépendance militaire.

Sur le plan politique, il analyse la chute marquée de la participation électorale : « 59 % en 2006 », « 22 à 23 % en 2010-2011 », « 28,9 % en 2015 » et « 19 % en 2016 ». Selon lui, ces données « confirment que les élections ne traduisent plus la volonté populaire » et reflètent « l’affaissement civique dans un pays où les ingérences étrangères […] ont réduit le citoyen au rôle de spectateur impuissant ». Il redoute que « le peuple soit une fois de plus convié à voter sans jamais choisir », dans ce qu’il présente comme « une fiction démocratique ».

L’ex-député relie également la fragilité politique à l’incapacité de l’État à protéger ses citoyens. Il rappelle que l’ouragan Melissa a fait « au moins 45 morts », « une vingtaine de disparus » et provoqué la perte de « centaines d’hectares cultivables », plongeant « 1,4 million de personnes » dans une insécurité alimentaire aiguë. Il y voit « l’écho brutal d’un pays sans abri politique », où la crise climatique se superpose à l’effondrement institutionnel.

Malgré sa critique sévère, Hugues Célestin conclut sur un appel à la dignité nationale. « Le souvenir de Vertières flotte dans l’air », écrit-il, affirmant que la solution passera par « la reconquête de l’intelligence collective, du courage politique, de la dignité ». « Le pays renaîtra par ses enfants », insiste-t-il, évoquant « une moisson à venir » portée, selon lui, par la mémoire, la résistance et la souveraineté.