L’ex-député Hugues Célestin dénonce un « rituel de l’échec » et critique la concentration du pouvoir exécutif…

Hugues Celestin, Sociologue et ancien depute de Quartier-Morin...

QUARTIER-MORIN, mercredi 25 février 2026 (RHINEWS)- L’ancien député de Quartier-Morin,Hugues Célestin, a livré une analyse critique de la transition politique en Haïti, qu’il qualifie de « rituel de l’échec », dénonçant une recentralisation du pouvoir autour du Premier ministre et une légitimité qu’il juge essentiellement formelle.

Dans un texte daté du 24 février depuis Grand Pré, à Quartier Morin, l’ex-parlementaire établit un parallèle entre l’histoire révolutionnaire cubaine et la trajectoire institutionnelle haïtienne. Évoquant l’assaut de la caserne Moncada à Santiago de Cuba le 26 juillet 1953 et le rôle de Fidel Castro, il rappelle qu’il s’agissait d’« un échec militaire, une défaite sanglante », devenu par la suite « la naissance d’une prophétie » avec le triomphe révolutionnaire de janvier 1959. À ses yeux, « alors que Cuba enseignait que l’échec pouvait devenir prophétie, Haïti nous montre que l’échec se transforme en spectacle ».

Selon lui, le 7 février 2026 « a officiellement sonné le glas du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) », mis en place dans la foulée de l’accord de Kingston sous l’égide de la Caribbean Community(CARICOM). Présenté comme une réponse nationale à la crise, cet organe devait stabiliser l’exécutif, relancer le processus électoral et coordonner la réponse sécuritaire. Hugues Célestin affirme qu’« après des manœuvres frénétiques et des tractations souvent maladroites, et sous l’œil insistant de Washington, le CPT a cédé la gestion du pouvoir exécutif au Conseil des ministres, désormais dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé », évoquant « une formalité institutionnelle » dans « la continuité de l’État moribond ».

L’ancien député estime que la collégialité transitoire a été remplacée par « une verticalité assumée et sans concession », le chef du gouvernement devenant « l’axe unique du pouvoir exécutif » et concentrant « toute l’autorité » dans un contexte d’urgence sécuritaire. Il parle d’« une configuration paradoxale », décrivant « un pouvoir national centralisé, mais suspendu aux règles et contraintes d’une architecture internationale qui le domine autant qu’il l’articule ».

Revenant sur les accords politiques conclus depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, il cite l’accord du 11 septembre 2021 et celui du 21 décembre 2022 signés par le Premier ministre Ariel Henry, ainsi que l’accord de Kingston ayant conduit à la création du CPT. Ces textes visaient, selon lui, à encadrer des transitions successives et à conférer une légitimité à l’exercice du pouvoir en l’absence d’institutions élues.

À propos du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, il estime qu’il « apparaît comme une tentative de formaliser ce qui existe déjà : un pouvoir central fort, appuyé par divers groupes et inséré dans une architecture internationale contraignante ». Il considère que le document « ressemble davantage à un mécanisme de gestion du pouvoir entre initiés qu’à une véritable refondation démocratique » et que « la légitimité demeure contractuelle, presque notariale ». « Les signatures circulent dans le même cercle, les engagements s’échangent entre les mêmes mains et la surveillance s’organise à huis clos », écrit-il.

Hugues Célestin critique également l’accent mis sur la professionnalisation technique du processus électoral. « Privilégier seulement la technique est une vision gestionnaire de la démocratie », affirme-t-il, estimant qu’« une élection peut produire des élus, mais elle ne garantit pas automatiquement la stabilité », notamment dans un contexte marqué par la violence des gangs, les enlèvements et les déplacements de population.

Il observe en outre que la coopération sécuritaire, notamment à travers la Force de Répression des Gangs (FRG) encadrée par des résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies, est présentée comme une condition préalable au succès électoral. « L’exercice même de la souveraineté populaire se retrouve ainsi subordonné à un dispositif sécuritaire internationalisé », soutient-il, s’interrogeant aussi sur la possibilité d’adosser au scrutin des modifications constitutionnelles « en pleine transition, sans parlement fonctionnel ».

En conclusion, l’ancien député affirme que « le Pacte pose les règles, mais la reconstruction de la nation dépend de la volonté et de l’organisation du peuple ». Il appelle à « restaurer l’autorité publique et réinventer le projet national haïtien », dénonçant des « recettes cosmétiques » qui, selon lui, ne s’attaquent pas « aux racines de nos malheurs » et comparant la succession d’accords politiques à « des sauces de mayonnaise rances qu’on nous sert sans fin ».