« Les marchands du chaos : comment la violence est devenue business d’État — Fritz Alphonse Jean dénonce la capture du pouvoir par les réseaux politico-économiques »…

Fritz Alphonse Jean, President du Conseil Presidentiel de Transition (CPT)...

PORT-AU-PRINCE, vendredi 10 octobre 2025 (RHINEWS) – Dans un texte d’analyse, Fritz Alphonse Jean, conseiller-président et membre du Conseil présidentiel de transition (CPT), dresse un constat sévère sur les racines structurelles de la crise haïtienne. Selon M. Jean, « l’économie nationale n’est plus fondée sur la production, mais sur la prédation et la violence organisée ».

L’économiste souligne que l’État haïtien est aujourd’hui « un appareil captif au service d’une minorité d’acteurs dominants » : les grandes familles d’affaires, les entrepreneurs politiques et les hauts fonctionnaires. Ces groupes, selon lui, « utilisent les institutions publiques, notamment les douanes, les ports et les banques de l’État, comme instruments d’extraction de richesses et de consolidation du pouvoir » .

Selon M. Jean, la violence n’est plus un simple symptôme de la crise, mais une véritable monnaie d’échange économique. « Les gangs ne sont pas de simples délinquants : ils sont devenus des actifs économiques. Leur contrôle territorial et leur capacité d’intimidation servent à protéger les intérêts des élites et à manipuler les résultats politiques », écrit-il dans son texte. Cette alliance tacite entre la puissance économique, le pouvoir politique et la force armée illégale a transformé le pays en un système où « la faveur des groupes armés s’échange comme un bien marchand » .

L’ancien gouverneur de la Banque centrale met en garde contre les conséquences catastrophiques de cette architecture : « L’effondrement de la légitimité institutionnelle, la disparition de la justice et la normalisation de la terreur sont les effets directs d’une économie construite sur la violence ». Il observe que la pauvreté, l’exclusion et la perte de repères collectifs ne relèvent pas de la fatalité, mais de « la réussite d’un modèle prédateur qui s’est imposé depuis des décennies » .

Fritz Jean appelle à une rupture, non à une simple réforme. « Le redressement d’Haïti passe par le démantèlement des réseaux de collusion et la reconstruction d’institutions fondées sur la transparence, la productivité et le bien commun », plaide-t-il. Il préconise l’implication active de la société civile, de la jeunesse et de la diaspora dans un nouveau pacte économique orienté vers la prospérité partagée .

Pour le conseiller-président, la survie du pays exige un changement de paradigme : « Tant que les structures de rente et de violence domineront la vie publique, aucune transition, aucun plan de redressement, aucune mission internationale ne pourra réussir ».

Son texte résonne comme une mise en garde et un appel à la lucidité nationale : « Le drame d’Haïti n’est pas seulement politique, il est structurel. C’est l’économie même du pays qui est devenue violente », conclut M. Jean, soulignant que seule une refondation profonde permettra d’enrayer ce cycle de prédation et de chaos.