DELMAS, (Haïti), vendredi 29 mai 2026 (RHINEW)- Le parti Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP) a exprimé, jeudi, ses réserves concernant le nouveau décret régissant les activités minières en Haïti, adopté par les autorités de transition et publié dans le journal officiel Le Moniteur du 30 mars 2026, estimant que cette initiative soulève « de graves inquiétudes démocratiques, environnementales, institutionnelles et sociales ».
Dans une position publique rendue le 28 mai 2026, le RDNP a indiqué reconnaître que les ressources minières peuvent représenter, dans certains pays, « un levier de création d’emplois, de diversification économique et d’investissements stratégiques ». Le parti affirme également qu’Haïti « ne peut rester éternellement en marge des transformations économiques mondiales ni ignorer le potentiel de son sous-sol ».
Toutefois, le RDNP considère que le contexte actuel du pays ne permet pas d’engager un processus d’exploitation minière à grande échelle sans consultation nationale préalable.
« Dans un contexte marqué par l’effondrement des institutions publiques, l’insécurité généralisée, l’absence de Parlement fonctionnel, la faiblesse des capacités de contrôle de l’État et la crise profonde de confiance entre citoyens et autorités publiques, engager le pays sur la voie de l’exploitation minière à grande échelle sans débat national constitue une décision lourde de conséquences », a soutenu le parti dans son communiqué.
Le RDNP dénonce notamment l’absence de consultations avec « les collectivités territoriales, les organisations paysannes, les universités, les organisations environnementales et les communautés concernées ». Il évoque également « le risque de voir les richesses minières captées par des intérêts divers au détriment de la population haïtienne ».
Le parti attire aussi l’attention sur « la faiblesse actuelle des institutions chargées de la protection de l’environnement et du contrôle public », ainsi que sur certaines dispositions du décret qu’il juge préoccupantes en raison des restrictions imposées à l’accès public aux informations minières pendant de longues périodes.
Selon le RDNP, les activités extractives pourraient entraîner « des risques majeurs de pollution des nappes phréatiques, de destruction des terres agricoles, de déforestation et de déplacement des populations rurales ».
Le communiqué souligne également « l’absence d’une vision claire sur le partage des revenus miniers avec les collectivités locales et les communautés affectées ».
Le RDNP affirme que l’expérience internationale montre qu’en l’absence « d’institutions solides, de transparence et de mécanismes de redevabilité », l’exploitation minière devient souvent « une source de corruption, de conflits sociaux, d’aggravation des inégalités et de destruction environnementale plutôt qu’un moteur de développement ».
Le parti appelle les autorités à s’inspirer « des meilleures pratiques internationales en matière de gouvernance des ressources naturelles », notamment à travers la réalisation d’études d’impact environnemental et social indépendantes avant l’octroi de permis d’exploitation, la transparence des contrats miniers et l’adhésion aux standards internationaux de transparence des industries extractives.
Dans cette perspective, le RDNP réclame « la suspension de toute mise en œuvre précipitée du décret », la publication intégrale des permis et conventions liés au secteur minier, le renforcement des institutions de contrôle ainsi que « l’élaboration d’une véritable politique nationale des ressources extractives adoptée dans un cadre démocratique et constitutionnel normal ».
Le parti réaffirme, par ailleurs, son soutien aux investissements, à la création d’emplois et à la modernisation économique du pays, tout en rejetant toute exploitation des ressources naturelles « sans garanties suffisantes pour la protection de l’environnement, la transparence, la souveraineté nationale et les intérêts des générations futures ».
« Les richesses du sous-sol haïtien doivent servir d’abord au développement du peuple haïtien, et non devenir une nouvelle frontière d’opacité, de prédation et de dépendance », conclut le communiqué du RDNP.

