PORT-AU-PRINCE, mercredi 26 novembre 2025 (RHINEWS)- Dans une réflexion intitulée « Mes réflexions sur l’avenir d’Haïti », le Père Jean-Miguel Auguste a critiqué mercredi l’escalade diplomatique entre des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) et certaines chancelleries étrangères, appelant les autorités haïtiennes à une réaction « ferme » et « respectueuse de la dignité nationale ».
Le prêtre rappelle avoir exprimé depuis plusieurs mois ses réserves concernant la création du CPT, qu’il compare à « un Frankenstein façonné par le Core Group ». Selon lui, « la mécanique de ce Frankenstein n’a fait que foirer et le monstre n’a fait que trébucher d’un scandale à un autre ». Il juge cependant que la crise actuelle, alimentée par des mesures de rétorsion diplomatique, se distingue des précédentes. « Cette fois, elle n’est pas provoquée par le monstre lui-même, mais par ses concepteurs, des ambassadeurs accrédités en Haïti », écrit-il.
Le religieux s’interroge sur « un timing suspect », à la veille d’annonces attendues sur le processus électoral. Il questionne également les motivations de certains partenaires étrangers. « Serait-elle en partie générée par la présence en Haïti de mercenaires bien payés qui pousserait certaines ambassades à appuyer le maintien au pouvoir du premier ministre Alix Fils-Aimé, malgré son incapacité patente à juguler l’insécurité ? », avance-t-il.
Le Père Auguste juge que le retrait d’un visa à un conseiller-président, suivi de divulgations de conversations diplomatiques sensibles, constitue « une humiliation indiscutable ». Selon lui, « l’humiliation du conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean ne concerne pas seulement sa personne. C’est tout le CPT et tout le peuple haïtien qui sont touchés ».
Face à cette situation, il estime que les membres du Conseil présidentiel devraient envisager une « sortie de crise fondée sur le principe et la dignité ». Il suggère notamment de « déclarer persona non grata les ambassadeurs du Canada et des États-Unis pour comportements inadmissibles », de « révoquer le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le remplacer par une personnalité respectée », de « convoquer une conférence nationale souveraine », puis de « démissionner à l’ouverture de cette conférence ».
Selon lui, une telle démarche permettrait au CPT de « se racheter tant bien que mal devant le tribunal de l’Histoire ». À l’inverse, a-t-il averti, « ne pas s’engager dans cette voie serait un suicide collectif et une sortie indigne ».
Le prêtre rappelle plusieurs épisodes historiques durant lesquels, selon lui, des partenaires internationaux auraient « imposé leurs choix politiques à Haïti ». Il cite notamment 2004, 2010, 2016 et 2021. « Aujourd’hui, ils vous humilient et vous traitent comme des bons à rien. Vous avez le choix entre vous relever ou continuer à ramper », affirme-t-il.
Le Père Auguste interpelle directement le conseiller-président Fritz Alphonse Jean : « Il ne suffit pas de vous plaindre et de dénoncer. Vous devez réagir et laver l’affront ». Il appelle l’ensemble du CPT à « cesser d’accepter que l’international dicte sa loi au pays » et invite la presse à « plus de retenue » face aux positions étrangères.
« Le pays est à un carrefour. Vous ne pouvez plus faire comme avant », conclut-il, exhortant le Conseil à transformer la crise en « nouveau départ » pour la nation haïtienne. « Le peuple haïtien vous observe et l’histoire vous attend », insiste-t-il.

