Le BUNADDEF accuse l’État haïtien d’inaction face à l’explosion des violences sexuelles dans l’Ouest…

photo: Oxfam: Des enfants du Nigeria...

PORT-AU-PRINCE, mardi 2 décembre 2025 (RHINEWS)– Le Bureau National de la Défense des Droits de l’Enfant et de la Femme (BUNADDEF) dénonce une aggravation « alarmante et inquiétante » des violences sexuelles en Haïti et reproche à l’État son « inaction » face à l’essor du viol contre les femmes et les filles dans le département de l’Ouest. Dans une note publiée mardi, l’organisation affirme que la situation s’est « empirée » de juin à novembre 2025 sous la domination croissante des gangs armés.

Selon l’organisation, ces groupes criminels utilisent le viol, y compris le viol collectif, comme « arme de terreur » pour instaurer leur contrôle sur la population. « Le viol sur les femmes et les filles est devenu monnaie courante », déclare le BUNADDEF, ajoutant que les violences sexuelles servent à « répandre la peur, punir, soumettre et faire souffrir les populations locales ». L’organisation rappelle qu’en septembre 2025, environ 1,5 million d’habitants de Port-au-Prince vivaient dans des zones sous contrôle de gangs.

Le BUNADDEF soutient que ces groupes ont développé un « contre-État » fondé sur un pouvoir informel, rendu possible selon lui par « l’impunité généralisée » et la prolifération d’armes provenant du trafic illégal international. L’organisation décrit des crimes d’une « extrême violence », citant des cas où des enfants de 10 ans et des femmes âgées ont été victimes de viols collectifs prolongés, parfois suivis de mutilations et d’exécutions. Elle renvoie au rapport du Secrétaire général de l’ONU du 22 octobre 2025 indiquant que 635 femmes et filles ont subi des violences sexuelles entre mai et août 2025 à Port-au-Prince, dont 85 % des cas étaient des viols collectifs. Elle se réfère également à des données de l’OCHA et du BINUH rapportant, entre juillet et septembre 2025, 1 247 personnes tuées, 710 blessées, 145 enlèvements et 400 victimes de violences sexuelles.

L’organisation estime que « n’importe qui peut être victime du viol à n’importe quel moment », qu’il s’agisse de l’école, du travail, de l’église ou de la rue. Elle appelle à ne pas stigmatiser les victimes et à renforcer leur accompagnement moral. Le BUNADDEF rappelle que le viol est considéré comme un crime dans le code pénal haïtien et par le décret du 6 juillet 2005, et insiste sur la nécessité de campagnes d’information et de sensibilisation à l’échelle nationale.

Selon l’organisation, l’État haïtien a l’obligation de prendre des mesures pour « enrayer le phénomène du viol », notamment en luttant contre la discrimination dans les quartiers défavorisés et en garantissant les droits fondamentaux à la vie et à la sécurité. « L’État doit garantir le droit des femmes et des filles et prendre des mesures pour éradiquer le viol », affirme le BUNADDEF, invoquant l’article 19 de la Constitution de 1987.

L’organisation appelle également l’Office de la Protection du Citoyen, le Ministère à la Condition féminine, les institutions publiques et privées engagées dans la défense des droits humains, ainsi que les organisations féministes, à jouer pleinement leur rôle. Elle encourage les citoyens à apporter assistance aux personnes en danger et à informer les autorités des crimes commis dans leurs localités, conformément à l’article 52 de la Constitution.