PORT-AU-PRINCE, samedi 15 novembre 2025 (RHINEWS)– L’ambassadeur des États-Unis en Haïti, Henry Wooster, a intensifié la pression sur les autorités haïtiennes en leur demandant de publier dans les plus brefs délais un calendrier électoral « clair et contraignant », alors que le pays s’apprête à entrer dans sa dixième année sans aucune élection nationale. Dans une déclaration rendue publique vendredi, il a souligné que « l’avenir d’Haïti appartient aux Haïtiens eux-mêmes », tout en insistant sur la nécessité de décisions rapides et concrètes.
Le diplomate américain a rappelé que les États-Unis attendent du gouvernement haïtien et du Conseil électoral provisoire (CEP) qu’ils avancent de manière déterminante vers la tenue de scrutins crédibles. « Nous comprenons que le CEP et le gouvernement se préparent à publier un calendrier clair et contraignant qui permettra aux Haïtiens d’élire leurs prochains dirigeants », a-t-il déclaré. Il a ajouté que Washington attend « avec impatience un calendrier à la fois ambitieux et réaliste, publié dès que possible », estimant qu’un tel instrument permettra « de fixer le rythme urgent nécessaire pour préparer chaque communauté à l’élection ».
L’ambassadeur a également réaffirmé l’engagement de son pays, assurant que « les États-Unis œuvreront sans relâche pour soutenir les forces haïtiennes et internationales afin de rétablir une gouvernance sûre ».
Cette prise de position intervient dans un contexte institutionnel profondément fragilisé. Haïti n’a plus organisé d’élections depuis près d’une décennie, un vide démocratique inédit depuis la Constitution de 1987. Les derniers élus encore en fonction étaient les dix sénateurs représentant un tiers du Sénat, dont les mandats sont arrivés à expiration en janvier 2023. Depuis cette date, le pays ne compte plus aucun élu issu des urnes, et l’ensemble des pouvoirs est exercé par des autorités de transition ou des organes nommés.
Le blocage institutionnel remonte notamment à la décision controversée prise le 13 janvier 2020 par l’ex-président Jovenel Moïse, qui avait constaté la caducité de la Chambre des députés à l’issue des élections non tenues en 2019. Cette décision avait entraîné la dissolution de fait du Parlement haïtien, interrompant brutalement l’ordre constitutionnel et démocratique. Depuis, aucune mesure décisive n’a permis de restaurer un fonctionnement institutionnel normal, et le pays demeure plongé dans une crise politique, sécuritaire et administrative majeure.
Dans ce contexte, le CEP a indiqué avoir soumis à l’Exécutif, ce vendredi 14 novembre 2025, le projet de décret électoral ainsi que le calendrier des prochaines élections. L’institution précise cependant que la concrétisation de ce calendrier dépendra de plusieurs facteurs cruciaux, notamment « la publication du décret électoral dans les délais impartis, un climat sécuritaire acceptable, la disponibilité des ressources financières nécessaires à la conduite du processus et la continuité des actions déjà initiées ». Le CEP souligne que ces conditions sont indispensables pour garantir la tenue d’élections libres, viables et crédibles, et pour permettre au pays de sortir du vide institutionnel dans lequel il est enlisé depuis presque dix ans.

