PORT-AU-PRINCE, lundi 8 septembre 2025 (RHINEWS) –
Le mandat de la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) dirigée par le Kenya en Haïti, approuvé en 2023 par le Conseil de sécurité des Nations unies, arrive à échéance le 2 octobre. Selon un projet de résolution rédigé par les États-Unis et le Panama, l’opération devrait céder la place à une Force de répression des gangs (Gang Suppression Force, GSF) composée de 5 500 agents en uniforme et 50 civils, dotée d’un mandat élargi et d’une autonomie accrue par rapport à la Police nationale d’Haïti (PNH).
« Le projet de résolution demande aux États membres de transitionner la mission dirigée par le Kenya vers ce nouvel effort pour une durée initiale de douze mois », rapportait le Miami Herald, précisant que le Conseil de sécurité entamera les négociations dans les prochains jours. Contrairement à la MSS, essentiellement composée de policiers et incapable de conduire des opérations sans la PNH, la nouvelle force serait autorisée à agir de manière indépendante. « En lui donnant davantage d’autonomie, les responsables américains espèrent enrayer une violence qui a déjà causé des milliers de morts depuis l’arrivée des troupes étrangères », ajoutait le quotidien.
Déployée pour la première fois le 25 juin 2024 avec 200 policiers kényans envoyés sécuriser Port-au-Prince et des infrastructures stratégiques comme l’aéroport, la MSS avait ensuite reçu un deuxième contingent trois semaines plus tard. Elle avait alors participé à la reprise de sites clés, dont l’Hôpital général, le port maritime, la ville de Ganthier, ainsi qu’aux opérations visant à pacifier les routes entre l’aéroport et le port. Mais les attentes des Haïtiens furent rapidement douchées par les retards dans la fourniture d’équipements, une lente montée en puissance et des effectifs insuffisants : seulement 1 000 membres sur les 2 500 prévus dans le concept opérationnel.
Dans une lettre adressée en avril 2025 au Conseil de sécurité, le secrétaire général António Guterres avait souligné que la mission « reste en phase de déploiement et manque de capacités et d’équipements pour des opérations soutenues ». Selon lui, la MSS dépendait largement des donateurs pour les matériels essentiels, avec 50 % des véhicules blindés hors d’usage, des capacités médicales et aériennes quasi inexistantes et de sérieuses lacunes en communication. « Ces contraintes réduisent l’efficacité opérationnelle et soulèvent des inquiétudes sur la sécurité du personnel », avait averti Guterres.
Le projet de résolution prévoit que la nouvelle force bénéficie d’une couverture logistique assurée par un Bureau d’appui des Nations unies en Haïti, tandis que les salaires seraient financés par des contributions volontaires. Jeudi, l’ambassadrice américaine Dorothy Shea a déclaré devant le Conseil de sécurité que « la prochaine force internationale doit être équipée pour tenir le territoire, sécuriser les infrastructures et compléter la police haïtienne ».
Entre-temps, la crise sécuritaire continue d’isoler le pays. La Federal Aviation Administration (FAA) a prolongé son interdiction des vols commerciaux américains vers Port-au-Prince, initialement valable jusqu’au 8 septembre, et désormais repoussée au 7 mars 2026. Cette mesure, qui concerne notamment JetBlue, Spirit et American Airlines, maintient la capitale haïtienne coupée des liaisons aériennes directes avec les États-Unis. Les autorités locales tentent de pallier cette situation en développant des aéroports régionaux pour préserver un accès international minimal.
Selon des sources onusiennes et haïtiennes, la mission kényane, lancée officiellement le 2 octobre 2023 après l’adoption de la résolution 2699, s’est heurtée dès son déploiement à de multiples difficultés logistiques et opérationnelles. Les premiers contingents de 200 policiers kényans débarqués le 25 juin 2024 avaient pour objectif de sécuriser Port-au-Prince et ses infrastructures stratégiques. Trois semaines plus tard, un deuxième contingent de 200 agents est arrivé, suivi d’autres renforts jamaïcains, bahamiens, salvadoriens et guatémaltèques entre septembre 2024 et janvier 2025. Pourtant, malgré la projection initiale de 2 500 hommes, la mission n’a jamais dépassé le seuil de 1 000 personnels, dont plus de 700 fournis par le Kenya, soit à peine 40 % des effectifs prévus.
Sur le terrain, la MSS a marqué quelques succès initiaux, notamment la sécurisation de l’Hôpital général de Port-au-Prince, la reprise du port maritime et la pacification des routes reliant l’aéroport à la zone portuaire. Mais rapidement, les contraintes matérielles et la pénurie de véhicules adaptés à l’environnement urbain ont freiné son efficacité. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, relevait en avril 2025 que 50 % des blindés étaient hors service faute de pièces de rechange, et que l’absence de soutien aérien et médical suffisants posait des risques majeurs pour la sécurité des personnels.
Dans les rangs kényans, la mission a payé un lourd tribut. Le 23 février 2025, un premier officier est tombé sous les balles lors d’une fusillade à Savien, dans l’Artibonite. Le 25 mars 2025, le policier Benedict Kuria Kabiru a trouvé la mort dans une embuscade tendue par les gangs à Pont-Sondé, où trois blindés ont été incendiés et un autre agent porté disparu. Début avril, deux policiers kényans ont été grièvement blessés et transférés en République dominicaine pour y recevoir des soins d’urgence. Enfin, à la fin août 2025, un grave accident de la circulation entre deux blindés de la MSS sur la route de Kenscoff a causé la mort d’un troisième officier kényan et d’un civil haïtien, tandis que huit policiers supplémentaires étaient blessés, dont trois dans un état critique. Ces incidents rappellent la vulnérabilité d’une mission privée de moyens adaptés et constamment exposée à l’imprévisibilité de la violence des gangs.
Cette évolution illustre les limites de la mission kényane, fruit de la résolution 2699 (2023) puis prorogée par la résolution 2751 (2024), et confirme que l’ONU s’oriente vers une nouvelle configuration militaire plus robuste. Pour Haïti, où les gangs armés contrôlent toujours près de 85 % de Port-au-Prince, cette transition représente une tentative de corriger les failles d’une opération critiquée pour son manque d’efficacité et son incapacité à répondre aux attentes de la population. Les sacrifices consentis par les contingents kényans témoignent des défis d’une mission internationale incomplète, tandis que la population haïtienne demeure livrée à une insécurité persistante et aux incertitudes liées aux choix du Conseil de sécurité.

