La CUTRASEPH dénonce des “actes d’ingérence” de diplomates américain et canadien en Haïti…

Charles Herold Civil, Josue Merilien, Esther Eloy et Jean Gardy Brutus, dirigeants de la Centrale Unitaire des Travailleurs des Secteurs Public et Privé d’Haïti (CUTRASEPH)...

PORT-AU-PRINCE, 1er décembre 2025 (RHINEWS) La Centrale Unitaire des Travailleurs-euses des Secteurs Public et Privé d’Haïti (CUTRASEPH) a condamné ce qu’elle qualifie d’“actes d’arrogance manifeste et d’ingérence caractérisée” de la part d’Henry T. Wooster, chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, et d’André François Giroux, ambassadeur du Canada. Dans une position publique publiée cette semaine, l’organisation estime que ces agissements violent la Convention de Vienne de 1961 et contribuent à “l’érosion de la souveraineté nationale”.

Selon la CUTRASEPH, l’article 41 de la Convention de Vienne stipule que les diplomates doivent “respecter les lois de l’État hôte et s’abstenir de s’ingérer dans ses affaires intérieures”. L’organisation affirme que “les diplomates des puissances occidentales s’arrogent quotidiennement le droit de s’immiscer imprudemment dans les affaires internes du pays”.

L’organisation syndicale évoque en particulier des échanges récents entre les deux diplomates et le conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean, incidents qualifiés de “graves” et révélateurs, selon elle, d’une “tutelle internationale à peine voilée”. “Ces deux diplomates tuteurs ont décidé que le Premier ministre doit rester en poste”, affirme la CUTRASEPH, avançant que toute opposition au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT) serait perçue comme un défi puni par des menaces de sanctions.

La CUTRASEPH soutient également que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé aurait “invité un diplomate étranger à outrepasser ses droits”, ce que l’organisation considère comme une entorse supplémentaire à la souveraineté nationale. Elle interroge : “Qu’est-ce qui pourrait expliquer l’attitude désinvolte d’un Premier ministre osant inviter un diplomate étranger (…) pour lui sauvegarder à coup de menaces son poste ?”, évoquant des possibilités telles qu’“amitié personnelle, contrat juteux, pot-de-vin”.

Selon l’organisation, cette dynamique d’ingérence serait renforcée par des pressions exercées par les ambassades, notamment à travers la gestion des visas. La CUTRASEPH estime que la récente révocation du visa américain du conseiller Fritz Alphonse Jean aurait été “associée de manière détournée à une soi-disant sanction pour connivence avec des gangs armés”, alors que “l’ambassade des États-Unis n’a jamais officiellement précisé le nom de l’officiel du gouvernement” concerné.

Dans un appel direct au CPT, la CUTRASEPH juge “inévitable” la révocation du Premier ministre pour “trahison”, ainsi que la demande de rappel du chargé d’affaires américain et de l’ambassadeur canadien pour “irrespect caractérisé, arrogance et ingérence”. Selon l’organisation, ces mesures constitueraient “un premier pas dans un processus visant à sauver la dignité nationale”.

La centrale syndicale appelle aussi à “casser les chaînes de l’ingérence étrangère”, affirmant qu’“il n’y a pas de solution haïtienne réelle et durable sans commencer par briser ces chaînes”. Pour elle, cet épisode diplomatique offre plusieurs “opportunités”, dont la possibilité de “réveiller la conscience patriotique” et de “mobiliser l’opinion publique nationale et internationale” contre la tutelle étrangère. L’organisation encourage notamment la signature d’une pétition “exigeant (…) le respect strict du droit à la souveraineté et à l’autodétermination du peuple haïtien”.