GEORGETOWN, vendredi 9 octobre 2026 (RHINEWS)– La secrétaire générale de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), Carla Barnett, a appelé jeudi à réorienter l’intégration régionale vers la sécurité alimentaire et énergétique, l’amélioration des transports, la transformation productive et le développement numérique, face aux incertitudes géopolitiques, aux mutations technologiques et au changement climatique.
Intervenant le 8 octobre en République dominicaine, lors de la 41e session de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), elle a également plaidé pour un renforcement de la coopération entre la CARICOM et les pays latino-américains, selon un communiqué du secrétariat de la Communauté publié vendredi.
L’intégration régionale « doit désormais être considérée comme une plateforme stratégique de développement permettant de stimuler la transformation économique, de renforcer la résilience et de favoriser la participation stratégique de la région à une économie mondiale de plus en plus incertaine, complexe et concurrentielle », a déclaré Mme Barnett. Cette évolution doit passer, selon elle, par une augmentation des investissements et un élargissement des relations économiques et commerciales.
La secrétaire générale participait à un panel consacré au thème « Une nouvelle étape de l’intégration régionale : que faire et comment avancer ». Elle a expliqué que la conception traditionnelle de l’intégration, centrée sur l’élargissement des marchés, la libéralisation des échanges et la coopération fonctionnelle entre États, devait évoluer pour répondre aux contraintes auxquelles sont confrontées les petites économies caribéennes.
La CARICOM entend ainsi approfondir son Marché et son économie uniques, connus sous le sigle anglais CSME, en privilégiant une intégration sectorielle davantage axée sur les résultats. L’objectif présenté est de renforcer la sécurité économique régionale et de favoriser une participation plus avantageuse à l’économie mondiale.
Mme Barnett a salué, dans cette perspective, le rapport de la CEPALC intitulé « Gérer les transformations dans une ère de ruptures », notamment sa reconnaissance de la nécessité de dépasser les approches traditionnelles de l’intégration.
La sécurité alimentaire constitue l’une des premières priorités exposées. Selon la secrétaire générale, les crises mondiales récentes ont accru son importance stratégique. L’ambition de réduire la dépendance régionale aux importations alimentaires, inscrite dans l’initiative « Vision 25 by 2025 plus 5 », dépasse le seul secteur agricole pour s’inscrire dans une stratégie de développement et de résilience.
La Communauté privilégie une coopération renforcée dans la production agricole, la recherche et le développement, l’agriculture adaptée au changement climatique, les dispositifs sanitaires et phytosanitaires, la logistique et les technologies agricoles. Mme Barnett a cité l’agriculture de précision, les technologies numériques, la biotechnologie et les pratiques agricoles résilientes face au climat parmi les domaines pouvant bénéficier d’investissements partagés et d’échanges de connaissances.
Sur le plan énergétique, elle a estimé que la sécurité de l’approvisionnement devait rester un objectif transversal de la coopération régionale, tout en contribuant à une production plus compétitive. Elle a préconisé une collaboration accrue sur le déploiement des énergies renouvelables, les normes d’efficacité énergétique, l’harmonisation réglementaire, les cadres d’investissement et le financement climatique.
« Une action collective est nécessaire pour accélérer la transition vers des systèmes énergétiques plus propres et plus abordables, tout en réduisant la dépendance extérieure et en renforçant la sécurité énergétique », a-t-elle déclaré. Elle a présenté cette transition comme une nécessité pour le développement industriel, la productivité, la compétitivité internationale et la résilience économique.
La secrétaire générale a également souligné que les objectifs de sécurité alimentaire nécessitaient des transports efficaces et abordables. Ceux-ci doivent être considérés comme des infrastructures régionales stratégiques, indispensables aux échanges, à l’investissement, au tourisme, à la mobilité des travailleurs et au développement des activités productives.
La CARICOM souhaite construire un ensemble intégré de transports et de logistique reliant le transport maritime, les services aériens, les ports, les aéroports, les infrastructures terrestres, les services logistiques et les dispositifs numériques de facilitation du commerce. Selon Mme Barnett, une meilleure connectivité permettrait aux producteurs caribéens de s’approvisionner davantage dans la région, d’accéder plus efficacement aux marchés voisins et de participer aux chaînes de valeur latino-américaines et mondiales.
Abordant la transformation productive, elle a relevé que les économies de la Communauté restaient fortement exposées aux chocs extérieurs et dépendantes d’un nombre limité d’activités. Elle a également indiqué que les déficits du commerce de marchandises hors combustibles continuaient de se creuser d’année en année, sans fournir de données chiffrées dans son intervention.
« Nous devons aller au-delà de l’intégration des marchés pour construire des capacités productives régionales », a affirmé Mme Barnett. Cette démarche doit permettre, selon elle, de renforcer la compétitivité, de créer des emplois de qualité et de réduire la vulnérabilité aux chocs extérieurs, grâce à des chaînes de valeur régionales compétitives, à une capacité industrielle accrue et à une diversification économique plus poussée.
Elle a insisté sur la nécessité d’adapter l’architecture financière de la Communauté aux activités économiques transfrontalières. Parmi les mesures évoquées figurent des systèmes régionaux de paiement souples et interopérables, des mécanismes renforcés de garantie du crédit et de partage des risques, ainsi qu’une meilleure coordination du financement du développement.
L’objectif est de permettre aux entreprises, en particulier aux micro, petites et moyennes entreprises, d’accéder au financement, d’effectuer des transactions transfrontalières et de se développer sur le marché régional. La mobilisation de ressources pour l’adaptation climatique, les infrastructures résilientes et la transformation productive demeure également essentielle, a-t-elle ajouté.
Mme Barnett a cité la politique industrielle de la CARICOM, récemment approuvée par les chefs de gouvernement, comme un cadre permettant aux États membres de développer des capacités productives complémentaires plutôt que concurrentes. Les secteurs visés comprennent la transformation agroalimentaire, la fabrication respectueuse de l’environnement, les produits pharmaceutiques, les industries créatives, les services numériques et la logistique.
La mise en commun des marchés, des ressources, des compétences et des efforts de promotion des investissements pourrait, selon elle, produire des économies d’échelle que les États membres ne peuvent atteindre individuellement. Elle permettrait aussi à la région de mieux s’insérer dans les échanges internationaux, de soutenir la concurrence et de défendre ses industries face à d’autres blocs économiques.
Concernant la transformation numérique, la secrétaire générale a estimé que les technologies numériques et l’intelligence artificielle pouvaient améliorer la productivité, réduire les coûts de transaction, élargir l’accès aux marchés et renforcer les institutions publiques. Leur utilisation nécessite toutefois des investissements dans les infrastructures, des cadres réglementaires adaptés, des capacités institutionnelles et des compétences numériques.
La CARICOM privilégie une économie numérique régionale mieux intégrée, fondée sur la coopération en matière d’infrastructures, de plateformes interopérables, de cybersécurité, de gouvernance des données et de formation. L’intelligence artificielle et les autres technologies émergentes pourraient notamment soutenir l’innovation dans l’agriculture, l’industrie manufacturière, la modernisation financière et la transformation productive.
Mme Barnett a par ailleurs évoqué le Protocole sur la coopération renforcée adopté par la Communauté. Ce mécanisme permet à certains États membres de mettre en œuvre des initiatives convenues, tandis que les autres peuvent les rejoindre lorsqu’ils sont prêts et en mesure de le faire.
Elle a cité comme exemple un dispositif de libre circulation complète des personnes entre quatre États membres, entré en vigueur le 1er octobre 2025. Sans nommer les pays concernés dans son intervention, elle a estimé que cette mesure pouvait contribuer au développement des capacités productives en facilitant une répartition plus efficace du capital humain entre les États participants.
La secrétaire générale a enfin appelé à approfondir les relations avec l’Amérique latine afin de développer les investissements productifs, la coopération technologique, la diversification commerciale et des chaînes régionales de valeur et d’approvisionnement plus résilientes.
« La coopération avec l’Amérique latine constitue donc une occasion de renforcer nos objectifs d’intégration et notre capacité collective à évoluer dans un environnement mondial de plus en plus complexe et incertain », a-t-elle déclaré.
Le panel réunissait également Christopher P. Sinckler, ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur de la Barbade ; Daniela Arruda Benjamin, directrice du Département de l’intégration régionale au Secrétariat pour l’Amérique latine et les Caraïbes du ministère brésilien des Affaires étrangères ; Raquel Serur Smeke, sous-secrétaire pour l’Amérique latine et les Caraïbes au ministère mexicain des Affaires étrangères ; et Carlos Díaz-Rosillo, directeur fondateur du Centre Adam Smith pour la liberté économique de l’Université internationale de Floride.
Fernando Capellán, président-directeur général de Grupo M et de Codevi, en République dominicaine, ainsi que Lina Ajoy Rojas, secrétaire générale du Système d’intégration centraméricain (SICA), participaient aussi aux échanges. La séance était animée par Rubén Silié, vice-ministre chargé de la politique étrangère multilatérale au ministère dominicain des Affaires étrangères.

