GEORGETOWN, mercredi 21 octobre 2026 (RHINEWS) – La secrétaire générale de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), Carla Barnett, a appelé les investisseurs à renforcer les capacités de production régionales dans l’agriculture, l’agro-industrie, les énergies renouvelables, le tourisme, les transports et les communications. Intervenant lundi 19 octobre à l’ouverture de la Conférence internationale sur le commerce et l’investissement du World Trade Centre Georgetown, au Guyana, elle a déclaré que « la qualité des investissements compte autant que leur volume », en privilégiant ceux qui soutiennent l’innovation, la diversification, les chaînes de valeur régionales et l’emploi.
Carla Barnett a situé cet appel dans un environnement international marqué par les pressions sur le système commercial multilatéral, les changements tarifaires et la réorganisation des chaînes d’approvisionnement. Selon elle, les conflits au Moyen-Orient et les perturbations autour des grandes routes maritimes augmentent les coûts du transport et de l’énergie, alimentant la hausse des prix dans les Caraïbes. Le commerce mondial continue de progresser, mais dans un contexte plus fragmenté, dont les effets sont particulièrement sensibles pour les petites économies ouvertes de la région.
Sur les cinq dernières années, les exportations de marchandises de la CARICOM sont passées d’environ 19 milliards à plus de 39 milliards de dollars américains, a-t-elle indiqué. Les importations ont également augmenté, atteignant environ 42,9 milliards de dollars en 2025, mais moins rapidement que les exportations. Le déficit commercial de marchandises, qui dépassait 10 milliards de dollars certaines années antérieures, s’est ainsi établi à environ 2,6 milliards en 2024 et 3,3 milliards en 2025. Cette amélioration repose toutefois largement sur l’énergie et les produits de base, alors que la région reste fortement dépendante des importations alimentaires, manufacturières et de biens d’équipement.
Les services présentent une concentration comparable : la CARICOM a enregistré un excédent supérieur à 7,2 milliards de dollars dans ce secteur en 2024, mais les voyages représentaient environ 82 % des exportations de services. Parallèlement, la CARICOM et l’ensemble plus large des Caraïbes ont attiré environ 4 milliards de dollars d’investissements directs étrangers en 2024, puis autant en 2025, soit une faible part des flux destinés à l’Amérique latine et aux Caraïbes. Ces investissements demeurent concentrés dans le tourisme, l’immobilier, l’énergie et certains services, tandis que ceux consacrés à de nouvelles implantations restent relativement faibles.
Face à ces déséquilibres, Carla Barnett a défendu le renforcement de l’intégration régionale, encadrée par le Traité révisé de Chaguaramas et les orientations de la Conférence des chefs de gouvernement. Pour les États participants, le Marché et l’économie uniques de la CARICOM doivent élargir les possibilités offertes aux entreprises et aux citoyens grâce à la circulation des biens, des services, des compétences et des capitaux, ainsi qu’au droit d’établissement. « L’ouverture des marchés ne constitue toutefois qu’une partie du travail », a-t-elle souligné, en évoquant également l’organisation de la production, les infrastructures et la cohérence des dispositifs réglementaires et fiscaux.
La secrétaire générale a présenté quatre mécanismes destinés à accompagner cette intégration. Le premier, la politique et la stratégie industrielles de la CARICOM, vise à renforcer les capacités productives par une meilleure utilisation transfrontalière des ressources naturelles, des compétences, des capitaux, des technologies et des capacités de gestion. Il prévoit aussi de consolider les liens entre entreprises et secteurs, de développer des entreprises régionales capables de produire à plus grande échelle et de soutenir la recherche, l’innovation ainsi que des modes de production durables et résilients. Le deuxième mécanisme, la politique d’investissement, cherche à rendre l’environnement des affaires plus transparent, prévisible et cohérent, en tenant compte des priorités propres à chaque État.
Le troisième mécanisme concerne l’approfondissement des marchés régionaux de capitaux et l’accès au financement des activités productives. Un système de paiement et de règlement de la CARICOM, actuellement à l’étude auprès des banques centrales régionales, doit faciliter les transactions transfrontalières, dont les insuffisances entraînent des coûts, des retards et des complications, notamment pour les petites entreprises. Le quatrième repose sur la coordination fiscale, à travers l’accord intracommunautaire visant à éviter la double imposition. Pour Carla Barnett, l’efficacité de ces dispositifs se mesure concrètement à la possibilité de payer, de se financer et d’investir au-delà des frontières dans des conditions suffisamment sûres et prévisibles.
Sur le plan extérieur, la CARICOM poursuit ses discussions et négociations avec la Colombie, le Costa Rica et la République dominicaine, tout en maintenant le dialogue avec les États-Unis, l’un de ses principaux partenaires commerciaux. Carla Barnett a salué le rétablissement des préférences de l’Initiative pour le bassin des Caraïbes après l’expiration, en juillet, des droits de douane temporaires relevant de la section 122, tout en précisant que d’autres mesures continuent de toucher certains produits et États membres. Le Brésil, l’Inde et les pays de l’Union africaine figurent également parmi les marchés prioritaires. Elle a jugé opportune la séance de la conférence consacrée aux affaires avec le Brésil, estimant que l’accès aux marchés doit s’appuyer sur des capacités suffisantes de production, de financement, de technologie et de logistique.
Détaillant les débouchés sectoriels, Carla Barnett a cité l’augmentation de la production alimentaire, la transformation, le stockage et la distribution parmi les besoins de l’agriculture et de l’agro-industrie. Les énergies renouvelables peuvent, selon elle, renforcer la sécurité énergétique et réduire les coûts de production. Le tourisme offre des possibilités de liens plus étroits avec l’agriculture, la culture, les transports et la technologie, tandis que les transports, la logistique et les communications constituent à la fois des secteurs d’investissement et des infrastructures indispensables au commerce régional. « Nous avons besoin d’investissements qui accroissent les capacités de production, soutiennent l’innovation et la diversification, renforcent les chaînes de valeur régionales et créent des emplois », a-t-elle déclaré.
Carla Barnett a enfin invité les entreprises à considérer les possibilités d’investissement à l’échelle de chaque pays et de l’ensemble communautaire. « Chaque État membre offre ses propres possibilités et avantages comparatifs », a-t-elle affirmé, tout en soulignant que le rapprochement des marchés élargit l’espace disponible pour produire, commercer et investir. Les gouvernements et les institutions régionales peuvent établir les cadres nécessaires, mais leur mise en œuvre dépend aussi du secteur privé, a-t-elle ajouté. L’utilisation de ces dispositifs par les entreprises doit permettre de repérer les obstacles persistants et d’orienter les investissements vers des activités susceptibles de soutenir la croissance et d’améliorer les conditions de vie dans la région.

