PORT-AU-PRINCE, 11 décembre 2025 (RHINEWS)- Le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry Wooster, a vigoureusement rejeté les accusations d’ingérence américaine dans les affaires politiques internes, affirmant que les diplomates américains n’exercent aucune pression sur les acteurs haïtiens et se contentent d’assumer « leur rôle normal » de dialogue. Dans son message hebdomadaire Pause-Café, diffusé cette semaine, il a consacré une large partie de son intervention aux critiques récentes visant Washington.
« J’ai entendu que des diplomates s’ingéreraient dans la politique intérieure d’Haïti », a déclaré M. Wooster, avant de démentir catégoriquement ces allégations. Il a rappelé que « le rôle des diplomates est de rencontrer un éventail d’acteurs en Haïti, y compris le gouvernement, l’opposition, la société civile, les médias et des personnes de tous horizons ». Ces échanges, insiste-t-il, ne sauraient être assimilés à une ingérence, mais constituent « le seul moyen de comprendre la réalité sur le terrain » tout en partageant avec Haïti « des informations sur les politiques et les intérêts des États-Unis ».
Il précise qu’il s’agit d’« un dialogue à double sens » : « Parfois nous sommes d’accord. Parfois nous sommes en désaccord. »
Le message de Wooster intervient alors que, le 24 novembre dernier, Fritz Alphonse Jean, conseiller-président du CPT, a révélé des menaces et pressions dont il dit avoir fait l’objet de la part du chargé d’affaires américain et de l’ambassadeur du Canada à Port-au-Prince. Il a également dénoncé la sanction annoncée par Washington, qu’il qualifie de « mascarade » visant à l’« associer aux gangs armés ».
Selon lui, les États-Unis chercheraient à le lier à « des activités illicites », une démarche qu’il attribue à ses critiques sur « l’incapacité du gouvernement » à faire avancer les dossiers de sécurité, de gouvernance et d’élections.
Fritz Alphonse Jean soutient que ces pressions étrangères se sont matérialisées par des menaces directes, notamment via WhatsApp. Il affirme avoir reçu, comme d’autres membres du CPT, des messages indiquant : « Ils nous ont dit qu’ils couperaient nos visas et ceux de nos familles si nous ne renoncions pas au remplacement du Premier ministre. » Il ajoute avoir eu des échanges tendus sur WhatsApp avec Henry Wooster et avec l’ambassadeur du Canada, qui, selon lui, l’auraient explicitement exhorté à renoncer à la destitution du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. « Ils veulent que nous restions tranquilles », résume-t-il.
L’économiste évoque en outre l’existence de « machines de communication liées aux ambassades » accusant le CPT de bloquer les avancées politiques, alors que, dit-il, les entraves proviennent du gouvernement. « Ils veulent nous faire taire », a-t-il insisté, affirmant que malgré la sanction américaine, les pressions diplomatiques et les menaces directes, le CPT poursuivra son action « pour la dignité du pays » et contre les réseaux qui, selon lui, « kidnappent l’État ».
Dans Pause-Café, Henry Wooster a, pour sa part, choisi d’axer son intervention sur la nécessité de soutenir l’avancée du processus électoral. En ouvrant son message par une référence à l’adoption récente du décret électoral de 2026, il a estimé que cette mesure « représente une avancée importante vers la stabilisation de la sécurité du pays ».
Tout en reconnaissant le scepticisme d’une partie de la population après « près d’une décennie » sans élections nationales, il a exhorté les Haïtiens à « participer au débat démocratique » et à « ne jamais perdre espoir », rappelant que « la stabilité de votre pays constitue notre priorité absolue en matière de politique étrangère pour Haïti ».
Il a également dit comprendre une autre préoccupation exprimée dans l’opinion : la capacité du pays à organiser des élections dans un contexte d’insécurité persistante. Wooster a répété que « la sécurité et la stabilité politique sont indissociables » et a assuré que Washington travaille avec les autorités haïtiennes pour rendre rapidement opérationnelle la Force de répression des gangs (GSF). Il a indiqué que son équipe se rend cette semaine à New York pour rencontrer les États prêts à fournir des troupes afin « d’aider à mettre fin aux gangs et à la violence aveugle ».
« Nous avancerons rapidement pour mobiliser le plus grand nombre possible de troupes dans les mois à venir », a-t-il déclaré, soulignant que cet appui vise à « aider Haïti à sécuriser les élections et à choisir son prochain président pour les cinq années à venir ».

