Haiti: Pierre Espérance dénonce une campagne d’intimidation d’un « secteur mafieux » contre le RNDDH et rejette tout lien avec l’assassinat de Jovenel Moïse…

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PORT-AU-PRINCE, mardi 27 octobre 2026 (RHINEWS) – Le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Pierre Espérance, a dénoncé mardi une campagne de dénigrement et d’intimidation menée, selon lui, depuis plusieurs mois par des membres du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), des partisans des anciens présidents Jovenel Moïse et Joseph Michel Martelly et des individus qu’il présente comme des alliés de la coalition criminelle Viv Ansanm. Il accuse ces milieux, qu’il associe à un « secteur mafieux », de chercher à discréditer son organisation en l’impliquant dans l’assassinat de Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021, et rejette catégoriquement toute relation avec les auteurs ou les organisateurs présumés de ce crime.

Selon Pierre Espérance, cette campagne, menée principalement sur les réseaux sociaux et relayée dans certains médias traditionnels, vise à porter atteinte à sa réputation personnelle, à affaiblir la crédibilité du RNDDH et à intimider ses responsables en raison de leurs prises de position contre l’impunité, la criminalité organisée et l’influence présumée de certains acteurs politiques sur les groupes armés.

« Je n’ai aucun lien avec l’assassinat du président Jovenel Moïse. Personne ne peut démontrer que j’entretiens une quelconque relation avec ce crime », a-t-il déclaré, contestant les accusations diffusées contre lui et son organisation.

Le défenseur des droits humains soutient que les auteurs de cette campagne chercheraient à détourner l’attention de l’opinion publique des responsabilités qui restent à établir dans l’assassinat du chef de l’État. Il affirme que certaines personnes qu’il soupçonne d’avoir participé, directement ou indirectement, au complot bénéficieraient toujours de protections politiques et judiciaires leur permettant de circuler librement et de financer des opérations de dénigrement.

Pierre Espérance estime que les attaques contre le RNDDH s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à réduire au silence les organisations qui dénoncent les violations des droits humains, les relations présumées entre responsables politiques et groupes criminels ainsi que les dysfonctionnements des institutions chargées de combattre l’impunité.

« Nous sommes des défenseurs des droits humains. Nous continuons à défendre ces droits et à réclamer justice dans le dossier de Jovenel Moïse. Je ne vois pas comment on pourrait vouloir m’associer, ou associer le RNDDH, à cet assassinat », a-t-il soutenu.

Revenant sur les circonstances de l’assassinat de l’ancien président à sa résidence privée de Pèlerin 5, dans la commune de Pétion-Ville, le responsable du RNDDH s’interroge sur les responsabilités des personnes chargées de sa protection et sur les éventuelles complicités ayant permis aux assaillants de mener leur opération.

Il met particulièrement en cause certains anciens responsables de la Police nationale d’Haïti (PNH), des membres de l’entourage présidentiel ainsi que des personnalités proches de l’ancien chef de l’État Michel Joseph Martelly. Il considère que les investigations doivent permettre d’éclaircir les conditions dans lesquelles les dispositifs de sécurité présidentielle ont été neutralisés et de déterminer les responsabilités individuelles dans la préparation et l’exécution du crime.

Pierre Espérance cite notamment l’ancien directeur général de la PNH, Léon Charles, ainsi que Dimitri Hérard, ancien responsable de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN). Il évoque également le rôle de Michel Joseph Martelly dans la désignation de certains responsables de la sécurité présidentielle et estime que les liens entre les différents protagonistes devraient faire l’objet d’investigations approfondies.

Ces mises en cause constituent des accusations formulées par Pierre Espérance et ne permettent pas, en elles-mêmes, d’établir la responsabilité pénale des personnes citées.

Le directeur exécutif du RNDDH affirme que son organisation réclame, depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, une enquête complète et impartiale afin que toutes les personnes ayant participé au complot, indépendamment de leur appartenance politique ou de leurs anciennes fonctions, répondent de leurs actes devant la justice.

Il déplore particulièrement les lenteurs de la procédure judiciaire haïtienne, plus de cinq ans après les faits, alors que plusieurs personnes poursuivies aux États-Unis dans le cadre du même dossier ont déjà fait l’objet de procédures judiciaires ayant abouti à des condamnations.

« Ce dossier doit aboutir à un véritable procès. Il faut que la justice triomphe et, pour cela, il faut que la vérité soit établie », a-t-il insisté.

Évoquant les investigations américaines, Pierre Espérance souligne que les autorités judiciaires disposent, selon lui, d’éléments matériels comprenant des photographies, des messages, des communications téléphoniques et des informations relatives aux réunions organisées entre les personnes soupçonnées d’avoir participé au complot.

Il estime que ces éléments devraient permettre de vérifier les déclarations des accusés, d’identifier les personnes ayant effectivement participé aux rencontres préparatoires et de distinguer les faits établis des accusations formulées à des fins de discrédit.

Le responsable du RNDDH rejette notamment les allégations selon lesquelles des personnes impliquées dans le dossier auraient été reçues dans les locaux de son organisation dans le cadre de rencontres liées à la préparation de l’assassinat.

Il conteste particulièrement les affirmations faisant état de contacts présumés entre le RNDDH et Christian Emmanuel Sanon, poursuivi devant la justice fédérale américaine dans cette affaire.

« Nous n’avons jamais entretenu de relations, de près ou de loin, avec des criminels », a-t-il déclaré, mettant ses détracteurs au défi de produire des preuves établissant une quelconque participation de son organisation aux préparatifs du crime.

Selon lui, les enquêteurs américains disposent de suffisamment d’informations pour déterminer les participants aux différentes réunions évoquées dans la procédure et vérifier la réalité des accusations circulant contre le RNDDH.

Il affirme que son organisation n’a jamais pris part à une rencontre destinée à préparer une opération contre Jovenel Moïse et considère que les accusations contraires participent d’une entreprise de manipulation de l’opinion publique.

Ces nouvelles dénonciations interviennent dans un contexte de menaces et d’attaques répétées contre Pierre Espérance et le RNDDH, dont plusieurs ont été documentées au cours des dernières années par des organisations internationales de défense des droits humains.

En janvier 2017, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, programme conjoint de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), avait dénoncé une campagne de dénigrement visant le RNDDH sur les réseaux sociaux et dans certains médias. L’organisation avait notamment signalé des menaces adressées à Pierre Espérance et à sa famille, ainsi que des accusations publiques mettant en cause les activités du réseau.

Ces intimidations avaient été précédées d’autres incidents. Pierre Espérance avait notamment été victime d’une tentative d’assassinat en 1999 et avait signalé de nouvelles menaces de mort en 2014. En avril 2018, les locaux du RNDDH avaient été la cible de tirs d’armes à feu, accompagnés de menaces contre son directeur exécutif. Une nouvelle attaque armée contre les bureaux de l’organisation avait été signalée en mai 2020, sans faire de victime.

En juin 2021, quelques semaines avant l’assassinat de Jovenel Moïse, l’Observatoire avait de nouveau alerté sur des menaces attribuées à Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », alors chef de la fédération de gangs G9 an fanmi e Alye. Selon les informations recueillies par cette organisation, le chef de gang avait publiquement menacé Pierre Espérance et évoqué la possibilité de s’attaquer aux locaux du RNDDH.

En 2022, la FIDH et l’OMCT avaient également fait état d’informations relatives à un projet présumé d’assassinat du directeur exécutif du RNDDH. Elles avaient notamment évoqué une réunion qui se serait tenue en mars de la même année à Kenscoff, en présence d’une personnalité influente du PHTK et de plusieurs autres individus. Les organisations avaient appelé les autorités haïtiennes à prendre les mesures nécessaires pour garantir sa sécurité et celle de ses collaborateurs. Ces informations avaient été présentées comme des allégations nécessitant des investigations.

La situation de Pierre Espérance avait également retenu l’attention d’experts des Nations unies. Dans une communication consacrée aux menaces présumées contre le défenseur des droits humains, des titulaires de mandats des procédures spéciales avaient exprimé leur préoccupation devant la répétition des actes d’intimidation et les risques pesant sur son intégrité physique, celle de sa famille et celle de ses collègues.

Plus récemment, en août 2025, Pierre Espérance avait dénoncé une nouvelle campagne de désinformation après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo tournée à l’aéroport international de Miami, où il se trouvait en compagnie du journaliste Rudy Thomas Sanon. Dans une interview accordée à RHINEWS le 24 août, il avait accusé des milieux qu’il qualifiait de « mafieux et corrompus » de chercher à exploiter cet incident pour porter atteinte à leur réputation et les intimider.

Ces précédents constituent, selon le directeur exécutif du RNDDH, autant d’illustrations des pressions auxquelles son organisation est confrontée en raison de ses enquêtes et de ses dénonciations relatives aux violations des droits humains, à la corruption, aux massacres de civils et aux relations présumées entre certains responsables politiques et les groupes armés.

Pierre Espérance établit également un lien entre les attaques actuelles et ses récentes prises de position sur la situation politique et sécuritaire du pays. Il affirme que des personnalités ayant exercé des responsabilités publiques chercheraient à revenir sur la scène politique malgré les accusations qui pèsent sur elles et les liens présumés que certaines entretiendraient avec des organisations criminelles.

Le 15 octobre, il avait notamment exprimé ses inquiétudes concernant ce qu’il présente comme une tentative de retour au pouvoir de secteurs politiques associés, selon lui, à la corruption et à la « gangstérisation » du pays. Il avait appelé à une vigilance accrue face à l’éventuelle participation au processus électoral de personnalités faisant l’objet de sanctions internationales ou de graves accusations.

Pour le responsable du RNDDH, la persistance de l’impunité favorise non seulement le développement des groupes armés, mais aussi la répétition des menaces contre les organisations de défense des droits humains et leurs dirigeants.

Il reproche particulièrement à la justice haïtienne son incapacité à apporter des réponses satisfaisantes dans plusieurs dossiers criminels majeurs, notamment celui de l’assassinat de Jovenel Moïse. Il estime que la tenue d’un procès en Haïti demeure indispensable pour établir les responsabilités individuelles et permettre aux proches de la victime, ainsi qu’à la population, de connaître les circonstances du crime.

« Il faut que toute la vérité soit faite. C’est le travail et la responsabilité de la justice haïtienne », a-t-il insisté.

Le directeur exécutif du RNDDH assure, par ailleurs, que les menaces et les campagnes de dénigrement ne modifieront ni les orientations ni les activités de son organisation. Il affirme vouloir poursuivre son engagement contre l’impunité, les violences criminelles et ce qu’il considère comme une banalisation croissante des atteintes à la vie humaine.

« Nous continuerons à nous battre pour l’État de droit, contre l’impunité, contre la banalisation de la vie humaine et contre la gangstérisation du pays », a-t-il déclaré.

Écartant toute perspective de renoncement ou de départ forcé sous la pression de ses détracteurs, Pierre Espérance affirme qu’il entend poursuivre son combat en Haïti, où il considère que les organisations de défense des droits humains doivent continuer à exercer leur mission, malgré la dégradation de l’environnement sécuritaire.

« Haïti est notre pays. Nous continuerons à nous battre. Nous n’avons pas peur », a-t-il conclu.