Haïti-Mines : l’ex-député Hugues Célestin critique le nouveau décret minier et dénonce une « liquidation » du patrimoine national…

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QUARTIER-MORIN, samedi 6 juin 2026 (RHINEWS) – L’ancien député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, a exprimé de vives réserves à l’égard du décret publié le 30 mars 2026 réorganisant le secteur minier haïtien, estimant que cette réforme ouvre la voie à une accélération de l’exploitation des ressources du sous-sol national dans un contexte de crise institutionnelle et d’absence de contrôle parlementaire.

Dans un texte intitulé « Le sous-sol haïtien en liquidation », rendu public le 4 juin depuis Grand-Pré, à Quartier-Morin, l’ancien parlementaire mêle références culturelles, données géologiques et analyse politique pour dénoncer ce qu’il considère comme une mise en péril du patrimoine minier du pays.

Selon M. Célestin, les ressources minières haïtiennes constituent un « patrimoine collectif et intergénérationnel appartenant à la nation dans sa continuité historique ».

« Les ressources minières forment un patrimoine collectif et intergénérationnel appartenant à la nation dans sa continuité historique », écrit-il, ajoutant que « l’État n’est qu’un dépositaire temporaire investi de la responsabilité de les administrer et de les préserver dans l’intérêt général ».

L’ancien élu rappelle que plusieurs études géologiques réalisées avec l’appui d’organisations internationales ont identifié d’importants gisements d’or, d’argent, de cuivre et de bauxite dans diverses régions du pays, notamment dans le Nord, le Nord-Est, l’Artibonite et les Nippes.

S’appuyant sur la carte du potentiel minier et énergétique publiée en 2018 par le Bureau des mines et de l’énergie (BME), il évoque notamment les zones aurifères de Morne Bossa, près de Quartier-Morin, de Grand-Bois, de la Faille B à Trou-du-Nord et de Mont-Organisé. Il souligne également l’existence d’importants gisements cuprifères à Douvray, Blondin, Vallières et Mémé, ainsi que d’un gisement de bauxite à Rochelois, près de Miragoâne.

Le document retrace également l’historique de plusieurs projets miniers menés en Haïti au cours des dernières décennies, notamment par Reynolds Haitian Mines dans l’exploitation de la bauxite à Rochelois, par la Société d’Exploitation et de Développement des Ressources Naturelles (SEDREN) à Mémé, ainsi que par différentes compagnies canadiennes et américaines engagées dans l’exploration aurifère dans le Nord et le Nord-Est.

Selon l’ancien député, la publication du décret minier intervient alors que le gouvernement de transition fait face à de multiples urgences liées à l’insécurité, aux déplacements forcés de populations et à la dégradation des conditions de vie.

« En dépit des urgences liées à la protection sociale, à la sécurité humaine et au rétablissement des institutions, l’Exécutif a publié le 30 mars 2026 dans Le Moniteur un décret réorganisant en profondeur le cadre juridique du secteur minier », souligne-t-il.

Le texte critique particulièrement l’adoption de cette réforme en l’absence d’un Parlement fonctionnel.

« L’exploitation minière engage des choix structurels aux conséquences potentiellement irréversibles », affirme M. Célestin, estimant qu’« une décision de cette nature ne saurait relever d’un exécutif transitoire illégitime et dépourvu d’autonomie politique ».

L’ancien député considère que le nouveau cadre réglementaire pourrait favoriser une intensification des activités de prospection et d’exploitation par des investisseurs nationaux et étrangers. Il affirme que cette orientation risque de prolonger un modèle économique fondé sur l’exportation de matières premières sans transformation significative de l’économie nationale.

« Hier le sucre, le café ou le coton ; demain peut-être l’or, l’argent, le cuivre ou d’autres minerais stratégiques », écrit-il, estimant qu’un tel schéma pourrait conduire à une captation de l’essentiel de la valeur ajoutée et des profits à l’extérieur du pays.

Au-delà de sa critique du décret, Hugues Célestin appelle à l’ouverture d’un débat national sur la gouvernance des ressources naturelles et sur les conditions d’une éventuelle exploitation minière.

« La question minière renvoie avant tout à la nécessité de disposer d’institutions haïtiennes fortes, capables de négocier, d’encadrer et d’orienter l’exploitation des ressources dans une perspective de développement national durable », soutient-il.

L’auteur plaide également pour une approche conciliant développement économique, protection de l’environnement et souveraineté nationale.

« Entre valorisation économique, protection de l’environnement et préservation de l’intérêt collectif, il s’agit d’arbitrer des choix structurants dont dépend l’avenir des générations présentes et futures », conclut-il.

Cette prise de position intervient alors que le nouveau cadre juridique du secteur minier continue d’alimenter des débats au sein de plusieurs organisations de la société civile et de certains acteurs politiques, qui s’interrogent sur les implications économiques, environnementales et institutionnelles d’une éventuelle relance des activités minières à grande échelle en Haïti.