Haïti : l’ONU dévoile les réseaux politiques, économiques et sécuritaires qui alimentent les gangs, les trafics et une violence meurtrière…

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PORT-AU-PRINCE, mercredi 7 septembre 2026 (RHINEWS) – Les gangs armés en Haïti conservent une importante capacité opérationnelle malgré les offensives lancées contre eux depuis décembre 2025 et continuent de bénéficier de réseaux de soutien impliquant, selon le Groupe d’experts des Nations unies, des acteurs politiques, économiques et sécuritaires, tandis que le trafic d’armes, les détournements de munitions, les enlèvements, les violences sexuelles et le trafic de stupéfiants persistent dans un pays où 1,5 million de personnes sont déplacées.

Ces constatations figurent dans le rapport final S/2026/714 du Groupe d’experts sur Haïti créé en application de la résolution 2653 (2022), transmis au Comité des sanctions le 24 juillet, examiné le 3 septembre et publié comme document du Conseil de sécurité le 8 septembre 2026. Les investigations couvertes par le rapport vont jusqu’au 10 juillet 2026. Le Groupe indique avoir effectué des missions à Port-au-Prince, au Cap-Haïtien, à Saint-Domingue et à Miami en octobre 2025, février 2026 et mai 2026. Panel of Experts on Haiti. 8 Sept 2026. FR pdf.pdf

Le 17 octobre 2025, le Conseil de sécurité avait adopté la résolution 2794 (2025), renouvelant l’embargo sur les armes, l’interdiction de voyager et le gel des avoirs. Deux personnes supplémentaires avaient alors été inscrites sur la liste : Dimitri Hérard, ancien chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national, pour son soutien aux gangs, et Kempes Sanon, chef du gang Les Argentins. Au moment de la rédaction du rapport, neuf personnes et deux entités étaient inscrites sur la liste des sanctions. Panel of Experts on Haiti. 8 Sept 2026. FR pdf.pdf

L’application du gel des avoirs reste toutefois limitée. Après avoir sollicité la Banque de la République d’Haïti et plusieurs banques commerciales, le Groupe dit avoir appris que seuls les comptes appartenant à Kempes Sanon et à Prophane Victor avaient été gelés au titre du régime de l’ONU et que leurs soldes étaient très faibles. Selon les experts, la lenteur des institutions financières après certaines désignations aurait permis à des personnes sanctionnées de transférer ou de dissimuler des avoirs au nom de tiers. Des banques haïtiennes ont parallèlement indiqué avoir bloqué des comptes de chefs de gangs visés par des sanctions de l’ONU ou des sanctions unilatérales et placé sur liste noire des personnes considérées comme associées aux gangs ou à leur financement.

Le Groupe n’a reçu aucune information faisant état d’une tentative de violation de l’interdiction de voyager, mais s’inquiète des possibilités de contournement, notamment par la fraude documentaire. Il relève l’existence de faux timbres fiscaux et de documents permettant notamment l’obtention de passeports sous de fausses identités, ce qui pourrait faciliter les déplacements clandestins de personnes sanctionnées.

Sur le plan politique, la période d’octobre 2025 à juillet 2026 a été marquée par de fortes tensions entre le Conseil présidentiel de transition et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, à l’approche du 7 février 2026, date de fin du mandat du CPT. À cette date, « le pouvoir exécutif a été transféré dans son intégralité au Conseil des ministres, dirigé par le Premier Ministre », constate le rapport. Le 23 février, des acteurs politiques ainsi que des représentants de la société civile et du secteur privé ont adopté un Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. À la mi-juillet, cependant, sa mise en œuvre demeurait lente, particulièrement en matière de sécurité. Panel of Experts on Haiti. 8 Sept 2026. FR pdf.pdf

Le processus électoral a enregistré certaines avancées. Le 2 juin 2026, un nouveau décret électoral modifiant celui de décembre 2025 a été adopté. Le texte interdit notamment aux personnes faisant l’objet de sanctions de participer comme candidats ou d’intégrer certaines structures électorales. Le Groupe relève cependant que la majorité des personnes considérées comme soutiens des gangs ne figurent pas sur la liste des sanctions de l’ONU et rapporte que nombre de ses interlocuteurs jugeaient improbable l’organisation des élections en 2026.

Sur le front sécuritaire, les opérations engagées depuis décembre 2025 ont permis aux autorités de contenir l’expansion des gangs et de reprendre certaines positions dans le centre de Port-au-Prince, à Delmas et dans des zones environnantes. L’emprise des gangs dans l’aire métropolitaine serait passée d’environ 85 % à 70 %, mais le Groupe considère ces gains comme fragiles. Les principaux axes routiers nationaux restent en grande partie sous le contrôle de groupes armés.

Le Groupe estime que la réponse sécuritaire demeure fragmentée en raison de l’absence d’une stratégie nationale suffisamment coordonnée, de ressources limitées et de la collusion persistante entre certains acteurs influents et les gangs. Le Gouvernement s’est appuyé notamment sur une société militaire privée étrangère et sur la Force de répression des gangs, qui a commencé ses opérations en juin 2026. Parallèlement, des groupes de légitime défense, des sociétés privées de sécurité et la Brigade de sécurité des aires protégées (BSAP) occupent une place croissante dans plusieurs régions.

Les Forces armées d’Haïti, remobilisées en 2017, ont également poursuivi leur renforcement par le recrutement, l’équipement et la formation. Le Gouvernement a prolongé d’un an le contrat d’une société militaire privée étrangère utilisant notamment des hélicoptères et des drones d’attaque et participant à des opérations terrestres. Ses activités ont été étendues au Bas-Artibonite en avril 2026.

Dans le département du Centre, 400 Mawozo, dirigé par Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou » (HTi.004), et le gang Canaan, dirigé par Jeff Larose, alias « Jeff », ont continué de contrôler des villes et des routes stratégiques menant vers la frontière dominicaine. Ces corridors servent notamment au transport de marchandises, d’armes et de munitions et génèrent des revenus grâce aux postes de péage clandestins.

Dans le Nord, le rapport fait état de groupes locaux, dont certains liés à Viv Ansanm, et de membres de la BSAP placés sous la conduite d’Alex Jean-Pierre, qui seraient impliqués dans des opérations de spoliation foncière. Des agents de la BSAP ont également établi à Bois d’Anse, dans la commune de Limonade, un poste de contrôle illégal destiné à percevoir des droits de passage.

Le Gouvernement a commencé parallèlement à enregistrer des groupes appelés « Brigadiers de Paix », avec l’objectif déclaré d’encadrer la participation citoyenne à la sécurité. Le Groupe avertit cependant que certains membres de groupes de légitime défense participent à des activités criminelles, détiennent illégalement des armes ou reçoivent des financements illicites, créant le risque de voir émerger une nouvelle génération de gangs.

La coalition Viv Ansanm, demeurée relativement unie pendant plus de deux ans, a connu à partir de mars 2026 de violents affrontements internes dans la plaine du Cul-de-Sac et à Cité-Soleil. Du 6 mars au 31 juillet 2026, ces combats ont fait 613 morts, dont 214 personnes sans lien avec les gangs, et 375 blessés, dont 139 personnes sans lien avec les gangs.

Un camp regroupait notamment Chen Mechan, dirigé par Claudy Célestin, alias « Chen Mechan », Canaan, dirigé par Jeff, 400 Mawozo, sous Wilson Joseph, et Tokyo, dirigé par Ralph Woodmyr Louissaint, alias « Chalè ». Le camp adverse comprenait notamment Pierre VI, dirigé par « Obama », Terre Noire, sous Jonel Catel, avec l’appui de Boston, dirigé par Mathias Saintil, de Belekou, sous James Edmond, alias « Bendji », et de Wharf Jérémie, sous Monel Felix, alias « Micanor ».

Des négociations en vue d’une trêve ont commencé le 20 mai et un accord a été conclu le 5 juin, avec l’intervention de membres du secteur des affaires. Entre-temps, une nouvelle commission municipale de Cité-Soleil avait été installée le 25 mai. Le Groupe relève qu’au moins l’un de ses membres appartenait activement au gang Brooklyn, dirigé par Gabriel Jean-Pierre, alias « Ti Gabriel ».

Les affrontements se sont néanmoins poursuivis. À la mi-juin, Belekou et Wharf Jérémie se sont affrontés et plus de 10 femmes de Wharf Jérémie auraient subi des violences sexuelles après avoir été enlevées par des membres de Belekou. Le 28 juin, au moins trois membres de Fort Dimanche auraient été tués alors qu’ils tentaient de négocier une trêve. Le 30 juin, selon le Groupe, le chef de Belekou aurait tué 17 de ses propres hommes et neuf civils, qu’il accusait de collaborer avec Wharf Jérémie.

À Kenscoff, la situation reste particulièrement instable. Après l’offensive du 27 janvier 2025, qui avait fait plus de 100 morts et s’était accompagnée de viols, notamment de mineurs, de vols et d’incendies de maisons, les gangs ont maintenu leur présence dans plusieurs localités, notamment Nouvelle-Touraine, Bongars, Grand Fond, Belle Fontaine, Belot, Furcy, Kafou Bèt et Sourçailles. Les 4 à 9 juillet 2026, de nouvelles attaques ont fait au moins 61 morts parmi les habitants et déplacé au moins 5 800 personnes.

Le rapport consacre plusieurs développements à Alfrédo Junior Antoine, député de Kenscoff de 2016 à 2020. Le Groupe affirme qu’il armait et soutenait depuis au moins 2016 des groupes de jeunes utilisés comme instruments politiques et le présente comme l’un des principaux commanditaires de l’attaque du 27 janvier 2025. Il l’accuse également d’avoir entretenu des contacts avec Frantz Valmyr, alias « Didy », Magalie Habitant et Vitelhomme Innocent, chef de Kraze Baryè (HTi.005), et d’avoir fourni des armes, des munitions ou des ressources financières à des membres de Viv Ansanm. Antoine a été arrêté le 4 avril 2025 pour participation présumée à un complot contre la sûreté de l’État, financement d’organisations criminelles, complicité de meurtre et association de malfaiteurs, avant d’être libéré le 9 mai 2025. Il a contesté auprès du Groupe ses liens avec les gangs. Les experts indiquent avoir examiné sa réponse et maintenu leurs conclusions.

Le Groupe met également en cause l’ancien sénateur des Nippes Nenel Cassy, sénateur de 2006 à 2012 puis de 2016 à 2020. Il affirme que Cassy contrôle un groupe criminel appelé « BLTS », sans rapport avec l’unité antidrogue de la PNH, opérant à Chalon, dans la commune de Miragoâne. Le Groupe attribue à cette structure des activités comprenant détention illégale d’armes, meurtres, tentatives de meurtre, enlèvements contre rançon, viols collectifs, détournements de véhicules et de camions de marchandises et vols à main armée.

Le rapport affirme également que Cassy a participé à la création de Fantom 509, groupe apparu en 2018 et comprenant notamment des policiers armés, auquel sont attribués des troubles à l’ordre public, incendies volontaires, actes de vandalisme et meurtres de policiers. Cassy et ses complices sont en outre accusés par les experts d’une tentative d’enlèvement suivie de l’assassinat d’un diplomate haïtien en février 2021 et d’avoir planifié des attaques contre des infrastructures aéroportuaires de Port-au-Prince, des Cayes et du Cap-Haïtien.

Selon des informations fournies par deux États Membres, Cassy aurait distribué des armes à des gangs à Gressier en 2018, soutenu Ti-Makak, G-Pèp et Kraze Baryè et participé à des réunions liées à la déstabilisation de Kenscoff. Il a été arrêté le 2 août 2025 pour complot présumé contre la sûreté de l’État, financement de gangs, tentative de meurtre et association de malfaiteurs, puis libéré le 19 août. Des sources du Groupe ont indiqué que l’affaire aurait ensuite été abandonnée.

Le rapport revient également sur les rapports de Cassy avec Patrick Noramé. Durant son mandat parlementaire, Cassy aurait usé de son influence pour favoriser des nominations au Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement, dont celle de Noramé. Selon le Groupe, ce dernier aurait détourné et blanchi d’importantes sommes d’argent, dont une partie aurait été versée illégalement à Cassy. Le Canada avait sanctionné Cassy en mars 2023, la République dominicaine lui avait interdit l’entrée sur son territoire en avril 2023 pour des raisons de sécurité et les États-Unis l’avaient sanctionné en décembre 2023 pour corruption publique. Le Groupe indique lui avoir écrit sans avoir reçu de réponse au moment de la rédaction du rapport.

Dans le Bas-Artibonite, une offensive coordonnée menée du 29 mars au 3 avril 2026 par Gran Grif, dirigé par Luckson Elan (HTi.007), Kokorat San Ras, sous la direction de Bendjy, et Canaan, sous Jeff, a visé Petite-Rivière-de-l’Artibonite, Marchand Dessalines, Montrouis et de nombreuses localités environnantes. Au moins 95 personnes ont été tuées et 38 blessées pendant cette phase. Sur la période allant du 29 mars au 13 avril, le bilan a dépassé 100 morts.

Le rapport présente Kenken, alias « Chat 2 Pye », comme l’un des principaux coordonnateurs des attaques. Ancien membre de la Coalition du Bas-Artibonite, il aurait changé de camp à la fin d’octobre 2025. Les offensives ont particulièrement ciblé des groupes de légitime défense, notamment la Coalition des révolutionnaires pour sauver l’Artibonite, ou coalition Jean Denis, dirigée par Francky Pierre, alias « Ti Mépri ».

Le Groupe rappelle l’utilisation historique de groupes armés dans l’Artibonite par des acteurs politiques, notamment Youri Latortue et Prophane Victor. Après des opérations de sécurité lancées en mai 2026 contre le bastion de Kokorat San Ras à L’Estère, Bendjy a publiquement accusé Youri Latortue d’avoir créé le gang et de chercher désormais à le démanteler. Bendjy avait pris la tête de Kokorat San Ras après la mort, en juillet 2025, de son frère Ferdens Tilus, alias « Meyer ». Le Groupe affirme que Bendjy a préparé les offensives de mars avec Luckson Elan et Kenken.

Le rapport avertit qu’à l’approche d’élections, des responsables disposant de relations avec des groupes armés pourraient chercher à utiliser ces réseaux pour mobiliser des partisans, intimider des adversaires ou déstabiliser certaines régions. Il émet un avertissement similaire concernant des groupes de légitime défense associés à des intérêts politiques locaux.

Les conséquences humaines de la violence sont considérables. Entre octobre 2025 et avril 2026, 3 165 personnes ont été tuées et 1 551 blessées. Selon le rapport, 65 % de ces morts et blessés sont survenus lors d’opérations de sécurité, 30 % pendant des attaques de gangs et 5 % lors d’actions de groupes de légitime défense ou de justice populaire. La très grande majorité ont été victimes d’armes à feu.

Pour l’ensemble de 2025, le rapport recense 5 915 personnes tuées et 2 708 blessées dans les violences liées aux gangs. L’utilisation accrue d’armes de plus gros calibre et de chargeurs de grande capacité contribue, selon les experts, à rendre les affrontements plus meurtriers.

Le nombre de déplacés internes a atteint 1,5 million de personnes, soit environ 12 % de la population haïtienne. Plus de 270 000 Haïtiens ont par ailleurs fait l’objet de retours forcés en 2025.

Les gangs continuent, selon le Groupe, de commettre meurtres, enlèvements contre rançon, extorsions, destructions de biens, recrutements forcés d’enfants et violences sexuelles et fondées sur le genre. À Port-au-Prince, Médecins sans frontières a pris en charge 2 485 victimes de violences sexuelles entre janvier et mai 2026. Dans 72 % des cas, les victimes déclaraient avoir été violées par des hommes armés ; 64 % faisaient état de viols collectifs et 16 % étaient mineures. Parmi les victimes figuraient des enfants de 8, 9 et 10 ans.

Le recrutement d’enfants s’est également intensifié. Le Groupe cite notamment 5 Segond, dirigé par Johnson André, alias « Izo » (HTi.002), et Grand Ravine, dirigé par Renel Destina, alias « Ti Lapli » (HTi.003). Des enfants auraient notamment été utilisés comme boucliers humains face aux attaques de drones. Le rapport fait parallèlement état d’allégations d’exécutions sommaires d’enfants considérés comme associés aux gangs par des membres des forces de sécurité ou de groupes de légitime défense.

La Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion a été réactivée après le Pacte national de février et une feuille de route présentée en mai 2026 met l’accent sur la prévention et la réinsertion. Les experts jugent cependant les ressources institutionnelles et financières insuffisantes.

Le rapport documente également quatre allégations d’exploitation et d’abus sexuels formulées en 2025 contre des membres kényans de la Mission multinationale d’appui à la sécurité à Petite-Rivière-de-l’Artibonite, dont trois concernant des mineures. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a considéré les quatre allégations comme étayées et les a transmises pour suite à donner. Une commission kényane s’est rendue en Haïti en septembre et novembre 2025 et a rencontré des organisations et témoins en janvier 2026 ; elle a estimé les accusations insuffisamment fondées ou non fondées. En juillet 2026, les autorités kényanes ont toutefois informé le Groupe de la constitution d’une équipe nationale d’enquête formelle.

Les opérations utilisant des drones explosifs, menées avec l’appui de la société militaire privée étrangère, ont elles aussi fait des victimes civiles. Au seul premier trimestre de 2026, le rapport recense 41 civils tués, dont trois garçons, et 28 blessés, dont deux filles. Des professionnels de santé ont également signalé au Groupe le cas d’une femme enceinte victime d’une frappe de drone. Les experts rappellent que l’utilisation de tels moyens pourrait, dans certaines circonstances documentées, constituer des exécutions extrajudiciaires.

En 2025, la Section des droits humains du BINUH a transmis à l’Inspection générale de la PNH 125 cas d’exécutions extrajudiciaires avérées ou tentées. Dix-sept enquêtes avaient été menées à terme et les autres restaient en cours. L’Inspection générale enquête aussi sur les activités présumées d’agents de l’UDMO de l’Artibonite, notamment des détournements de munitions, un soutien à la spoliation foncière, des collusions avec des gangs et l’implication présumée d’un agent dans plusieurs exécutions extrajudiciaires à Petite-Rivière-de-l’Artibonite entre septembre 2025 et mars 2026, parmi lesquelles le meurtre d’une fille de 14 ans.

La crise sécuritaire affecte directement le système sanitaire : seulement 10 % des établissements de santé disposant d’une capacité d’hospitalisation étaient pleinement opérationnels à l’échelle nationale.

Le 27 mai 2026, deux unités judiciaires spécialisées ont été inaugurées, l’une chargée des crimes de masse et des violences sexuelles, l’autre des délits financiers complexes. Le Groupe relève cependant les controverses suscitées par le décret du 17 décembre 2025 instituant une Haute Cour de justice compétente pour juger les hauts fonctionnaires, en exercice ou non, pour des infractions commises durant leur mandat. Des juristes interrogés par les experts craignent que cette réforme n’entrave des procédures alors que la Haute Cour ne peut fonctionner en l’absence de Parlement élu.

Le trafic d’armes demeure parallèlement l’une des principales sources d’alimentation des groupes armés. L’analyse d’un échantillon de 1 200 cartouches saisies entre octobre 2025 et juin 2026 à Kenscoff, Croix-des-Bouquets, Delmas 2 et Bel-Air montre 59,5 % de 5,56 × 45 mm, 3,2 % de .223 Remington, 6 % de 7,62 × 39 mm, 27 % de 7,62 × 51 mm, 1,5 % de .308 Winchester et 2,8 % de 12,7 × 99 mm/.50. Plus de 30 fabricants établis dans 20 pays ont été identifiés.

Les experts constatent aussi des détournements de stocks nationaux. Une enquête menée après la saisie, en 2024 à Mirebalais, de 5 000 cartouches de 5,56 × 45 mm avait conduit les autorités dominicaines à inventorier leurs stocks et à arrêter plusieurs policiers. Elles avaient découvert le détournement de 908 001 articles, principalement des munitions : plus de 489 000 cartouches de 9 mm, 230 000 de 5,56 × 45 mm, 26 000 de 7,62 × 39 mm et 93 000 cartouches de calibre 12.

Des munitions portant le marquage ERD, pour Ejército República Dominicana, ont également été retrouvées. Les autorités colombiennes ont confirmé qu’elles avaient été produites par Industria Militar de Colombia, Indumil, dans le cadre de contrats conclus en 2022 avec l’armée et le ministère dominicain de la Défense. En décembre 2025, un sous-lieutenant de l’armée dominicaine et un ressortissant haïtien ont été arrêtés dans la province de San Juan de la Maguana alors qu’ils transportaient 1 516 cartouches à motocyclette. La procédure était toujours en cours.

Le Groupe a aussi analysé des munitions de calibre .50 exhibées par Wilson Joseph, « Lanmò San Jou ». Sur 32 cartouches examinées en 2026, au moins 15 avaient été fabriquées en République dominicaine dans les années 1950. Les autorités dominicaines ont déclaré que leurs surplus étaient en cours de destruction et qu’elles n’avaient découvert aucun détournement de ce stock particulier.

Le rapport documente en outre une arme à feu fabriquée principalement par impression 3D, une variante FMGC-01 du FGC-9, composée à environ 90 % de pièces imprimées en 3D. Elle avait été saisie le 19 juillet 2025 à La Madeline, près du Cap-Haïtien, dans un véhicule transportant trois personnes se présentant comme membres de la BSAP d’Ouanaminthe. Selon le Groupe, il s’agit du premier FMGC-01 documenté en dehors de la communauté connue des fabricants de ce type d’armes.

Le Groupe cite également Étienne Roudley, Sony Pierre et Sténio Saint-Fleur, arrêtés en République dominicaine en juin 2025 et remis aux autorités haïtiennes le 7 juin 2025 à Dajabón. Ils auraient cherché à acquérir un drone DJI Mavic 3 destiné à Izo. Les trois hommes ont ensuite été libérés en Haïti. Selon les investigations, Roudley entretenait depuis environ deux ans des contacts réguliers avec Izo et était en relation avec plus de 30 membres influents de Viv Ansanm afin de négocier l’achat en République dominicaine de vêtements, chaussures, drones et armes à feu. Il aurait utilisé des comptes bancaires dominicains pour recevoir des fonds.

En décembre 2025 et janvier 2026, plusieurs cargaisons d’armes de poing, de fusils semi-automatiques et de munitions provenant des États-Unis ont été interceptées au Cap-Haïtien. Clément Mary Junior Thelusma, détenteur des nationalités haïtienne et américaine, a été arrêté le 29 décembre 2025. Deux de ses passeports haïtiens expirés se trouvaient dans l’une des cargaisons. Il aurait acheté de nombreuses armes aux États-Unis, les aurait expédiées en petits lots et se serait rendu au Cap-Haïtien pour les récupérer. Il a déclaré aux autorités qu’il vendait à tout acheteur, notamment à la coalition Jean Denis. Extradé vers les États-Unis en avril 2026, il a été inculpé avec un complice ayant acheté des armes pour lui.

Une autre affaire concerne un conteneur saisi en République dominicaine en février 2025, expédié depuis les États-Unis et destiné à Haïti, contenant 23 armes à feu et 36 000 cartouches. Les destinataires finaux présumés étaient 400 Mawozo et Canaan. Jeff Pierre, Jacques Jerry Pierre et Francesca Charles, cette dernière possédant la double nationalité haïtienne et américaine, avaient acheté au moins 46 armes entre mai 2024 et février 2025, dont deux fusils antimatériel de calibre .50, selon le rapport. Ils ont été extradés aux États-Unis en décembre 2025 puis inculpés en janvier 2026 pour association de malfaiteurs en vue de la contrebande et de l’expédition illégale d’armes et de munitions. Marcadieu Nabon Pierre, alias « Ti Nana », mère de Jeff Pierre et Jacques Jerry Pierre, est présentée comme une personnalité centrale de ce réseau et demeurait en fuite en Haïti.

Les douanes haïtiennes ont parallèlement saisi 40 drones aux points d’entrée à titre préventif. Le Groupe a aussi documenté un réseau de vente d’armes utilisant un groupe de messagerie appelé « Marché des armes », dont l’administrateur prétendait pouvoir livrer partout. Des numéros d’acheteurs potentiels étaient enregistrés en Haïti, en République dominicaine, en Guadeloupe, en Guyane française et en Martinique. Les autorités françaises avaient indiqué qu’une enquête était en cours.

En Jamaïque, trois nouvelles armes portant les marques de la PNH ont été saisies depuis le précédent rapport, portant à 51 le nombre total d’armes de la Police nationale d’Haïti récupérées dans ce pays. Les autorités jamaïcaines continuent de considérer l’échange de marijuana contre des armes comme une importante source d’approvisionnement des organisations criminelles jamaïcaines.

Dans l’Artibonite, les groupes de légitime défense achètent eux aussi des armes grâce aux contributions de la population locale — parfois prélevées de force aux postes de contrôle – et de la diaspora. En octobre 2025, Kokorat San Ras a publié une vidéo montrant sept fusils neufs de type M4 et six chargeurs de 5,56 × 45 mm, dont le conditionnement laisse penser, selon les experts, à une expédition depuis les États-Unis sous couvert de marchandises d’occasion.

À la fin de février 2026, Gran Grif aurait reçu de Jeff, chef de Canaan, des fusils et des munitions qui auraient contribué aux attaques de mars dans l’Artibonite.

Le 30 mai 2026, trois membres de l’Unité temporaire antigang (UTAG) ont été tués. Luckson Elan a ensuite diffusé une vidéo montrant six armes correspondant aux stocks de la PNH — notamment des Glock 9 mm, un Taurus, un PTR-91, une arme de type M4 et un Galil — ainsi que des munitions et un gilet pare-balles de l’UTAG.

Le Groupe décrit également un réseau de détournement impliquant des agents de l’UDMO dans l’Artibonite. Des boîtes de 20 cartouches de 5,56 × 45 mm auraient été soustraites progressivement puis revendues 10 000 gourdes, environ 75 dollars, tandis que des fusils semi-automatiques saisis par la PNH auraient été vendus entre 5 000 et 8 000 dollars.

Le 3 août 2025, la coalition Jean Denis a intercepté un motocycliste transportant neuf boîtes de munitions pour Gran Grif. Elles auraient été fournies par Edouens Elan, cousin de Luckson Elan, et correspondaient notamment à des munitions utilisées par la PNH, dont certaines avaient été fournies par un partenaire international. Edouens Elan travaillait pour une société privée de sécurité non enregistrée au ministère de l’Intérieur, dont un copropriétaire était un haut responsable de l’UDMO chargé de la logistique et de la gestion des munitions dans l’Artibonite. Le Groupe décrit ce responsable comme une figure centrale du système de détournement.

Des boîtes de munitions de 7,62 × 51 mm provenant des stocks de la PNH ont également été identifiées dans l’arsenal de Destin Wilgens, alias « Tibab », ancien chef de gang de Montrouis, qui les aurait achetées à un agent de l’UDMO.

En 2025, la PNH a saisi 356 armes à feu : 132 fusils, 165 pistolets, neuf revolvers, 33 armes artisanales et 17 fusils de chasse. Le Groupe souligne cependant l’absence d’un mécanisme centralisé de gestion des saisies et affirme que certaines armes et munitions non répertoriées sont détournées par des policiers corrompus.

Les pertes subies par l’ancienne Mission multinationale d’appui à la sécurité constituent une autre source de préoccupation. Deux policiers kényans ont été tués et un autre porté disparu lors d’affrontements ou d’embuscades. Le 6 juillet 2026, les autorités kényanes ont indiqué au Groupe avoir perdu, notamment, un fusil G3, une arme antiémeute, un lance-grenades lacrymogènes PG540, 11 chargeurs pour armes de type AK, 614 chargeurs pour G3, 120 cartouches de 7,62 × 39 mm, 55 de 5,56 × 45 mm et 20 de 7,62 × 51 mm. Ces pertes se seraient produites dans des zones contrôlées par 5 Segond d’Izo, Kraze Baryè de Vitelhomme Innocent, Ti Bwa de Christ-Roy Chery, alias « Chrisla », et Wharf Jérémie de Micanor.

Le rapport examine parallèlement le trafic de stupéfiants. Le 13 juillet 2025, une interception maritime de la PNH près de l’île de la Tortue, dans le Nord-Ouest, a permis de saisir 1 045 kilogrammes de cocaïne. Un Jamaïcain et un Bahaméen ont été arrêtés avant de mourir ultérieurement, l’un dans des circonstances inexpliquées ; deux autres trafiquants seraient tombés par-dessus bord.

La cocaïne serait partie de Buritaca, dans le Magdalena en Colombie, région où opèrent les Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada (ACSN). Le rapport cite leurs dirigeants Fredy Castillo Carrillo, alias « Pinocho », et Naín Andrés Pérez Toncel, alias « Naim ». Pinocho était retourné en Colombie en 2011 après avoir purgé une peine aux États-Unis pour trafic de drogue ; arrêté en Espagne en 2022 et extradé en Colombie pour meurtre, association de malfaiteurs et autres infractions, il avait été libéré en juin 2023 par une décision controversée ensuite annulée. Le 28 août 2024, la Colombie avait suspendu des mandats d’arrêt contre plusieurs dirigeants des ACSN, dont Pinocho, dans le cadre de pourparlers de paix.

Les autorités colombiennes faisaient état de 45 enquêtes concernant 584 suspects dans six départements et 24 municipalités, notamment pour assassinats ciblés, trafic de stupéfiants, trafic d’armes, recrutement forcé, extorsion et enlèvement. La cargaison de 1 045 kg interceptée près d’Haïti aurait représenté environ 34 millions de dollars sur le marché américain. Des sources ont indiqué au Groupe qu’elle appartenait à un ressortissant bahaméen.

Le 14 juillet 2025, un conteneur parti du Cap-Haïtien, ayant transité par Kingston, est arrivé à Anvers le 22 août. Les autorités belges y ont découvert 1 156,42 kg de cocaïne répartis en 1 000 paquets, introduits selon la technique dite du « rip-off ». Une précédente cargaison provenant de Port-au-Prince et contenant 308,7 kg de cocaïne avait déjà été saisie à Anvers le 29 septembre 2023. En 2023, le prix du kilogramme de cocaïne dans les principaux hubs maritimes européens était estimé entre 20 540 et 34 594 dollars.

Le 30 avril 2026, les garde-côtes américains ont intercepté au large de Môle-Saint-Nicolas environ 1 376 kg de cannabis, d’une valeur estimée à 3,8 millions de dollars, et arrêté un Jamaïcain. Le suspect et la drogue ont été remis aux autorités haïtiennes le 3 mai. L’homme a affirmé être pêcheur et avoir reçu une proposition de 10 000 dollars d’un autre Jamaïcain pour effectuer un trajet entre la Jamaïque et Providenciales. Quatre autres personnes présentes sur l’embarcation auraient sauté à la mer et se seraient échappées.

Le rapport rapproche cette affaire d’une saisie de 2,7 tonnes de cannabis effectuée à Pedernales, en République dominicaine, en mai 2025, ainsi que d’autres saisies à Pedernales, Dajabón et Elías Piña. Il rappelle également qu’en août 2024, des embarcations transportant des migrants depuis le nord d’Haïti vers les Îles Turques et Caïques avaient permis de découvrir plus de 2 millions de dollars de cannabis, montrant l’utilisation parallèle des routes migratoires pour le trafic de stupéfiants.

Les enlèvements restent parallèlement une importante source de financement. Pour les seuls janvier et février 2026, le rapport dénombre 143 enlèvements, dont 109 dans l’Ouest et 29 dans l’Artibonite. La moitié des enlèvements enregistrés dans l’Ouest ont eu lieu à Delmas. Les principaux groupes cités sont 5 Segond d’Izo, 400 Mawozo de Wilson Joseph et Kraze Baryè de Vitelhomme Innocent.

La cellule antigang chargée des enlèvements souffre, selon le rapport, d’un manque d’équipements de localisation téléphonique, de véhicules et de négociateurs formés. La plus forte rançon exigée portée à la connaissance du Groupe s’élevait à 1,5 million de dollars, tandis que le paiement effectif le plus élevé documenté atteignait 153 000 dollars. La plupart des paiements se situaient entre 5 000 et 25 000 dollars.

Les paiements en espèces restent prédominants, mais les gangs imposent aussi des opérations bancaires. Des victimes ou leurs proches auraient été conduits dans des banques de Carrefour pour effectuer des transactions. La Banque de la République d’Haïti a signalé au Groupe deux cas dans lesquels des chefs de gangs, membres ou associés avaient utilisé le système bancaire à des fins illicites.

Le rapport cite notamment Ralph Woodmyr Louissaint, « Chalè », et sa concubine Graciani S. Jean Louis, alias « Smelca ». Tous deux disposaient de comptes dans une banque de Carrefour au début de 2025. Des sources ont affirmé que Smelca avait accompagné Lourdemya Raphael, également présentée comme une concubine de Chalè, dans une banque de Diquini afin que le compte de Chalè soit transféré à son nom. La banque a confirmé qu’en janvier 2026, Smelca avait accordé une procuration sur son compte à une tierce personne.

Les gangs cherchent aussi leurs victimes dans les secteurs réputés plus sûrs, notamment à Pétion-Ville, en utilisant des « espions » pour repérer les personnes aisées ou ayant des proches à l’étranger. Le Groupe fait état de l’implication présumée de policiers dans certains enlèvements. En avril 2026, quatre membres de la PNH ont été associés à un enlèvement près de l’Hôtel Montana. Certains de leurs collègues, surnommés les « amis des quatre », ont mobilisé des manifestants le 27 avril à Delmas, Turgeau, Canapé-Vert et Pétion-Ville pour réclamer leur libération. Des sources ont aussi indiqué que certains policiers avertissaient des gangs avant des opérations, détournaient le regard pour permettre leur fuite avec des otages ou leur communiquaient les déplacements de victimes potentielles.

Une partie substantielle du rapport porte sur Rosemila Petit Frère, femme d’affaires et ancienne maire d’Arcahaie de 2016 à 2020, arrêtée en août 2025 alors qu’elle transitait par la République dominicaine en provenance du Canada. Le Groupe affirme qu’elle entretenait de longue date des relations avec des chefs de Viv Ansanm et leur apportait un soutien financier et logistique, tout en servant d’intermédiaire entre des gangs et certains acteurs criminels, politiques, économiques et sécuritaires. Deux États Membres auraient corroboré ces informations.

Le Groupe affirme que Petit Frère entretenait notamment des rapports avec Ti Lapli. Durant les cinq mois précédant la création de Viv Ansanm en septembre 2023, elle aurait multiplié les communications avec Jean Gardy, alias « Pece Pim Pim », et Ti Lapli et aurait, à trois reprises, transmis à ce dernier des informations opérationnelles confidentielles sur des interventions imminentes de la PNH contre Grand Ravine et d’autres gangs qui ont ensuite rejoint Viv Ansanm.

Le rapport fait également état de communications régulières avec Prophane Victor et Magalie Habitant. Grâce à des contacts au sein de la police, Petit Frère aurait reçu de policiers corrompus des rapports d’enquête confidentiels concernant notamment Victor et Habitant, qu’elle leur aurait ensuite transmis afin qu’ils puissent préparer leur défense.

Selon les experts, ses relations avec des policiers corrompus lui auraient également permis d’obtenir des contrats publics relatifs à des uniformes sans concurrence et sans contrôles suffisants. Le Groupe affirme en outre qu’elle a utilisé ses relations politiques pour favoriser certaines nominations stratégiques, notamment celle d’un ancien directeur général de la Caisse d’assistance sociale, soutenu en 2021 et ultérieurement impliqué dans une affaire de détournement. Le Groupe considère Petit Frère comme la principale bénéficiaire de certains fonds et affirme qu’une partie de l’argent aurait été versée à Jean Gardy et à des membres de Krache Dife, de Viv Ansanm, de Bel-Air et de Delmas.

Le Groupe affirme que ces opérations financières auraient transité notamment par trois entités appartenant à Petit Frère : Centre Commercial, Groupe Radio Mono 96.3 FM et Excel Travel, toutes enregistrées en Haïti. Rosemila Petit Frère a contesté les conclusions du Groupe. Les experts indiquent avoir examiné ses observations et maintenu leurs conclusions.

Le rapport examine enfin le commerce très lucratif des civelles, dont le prix international se situe entre 3 000 et 5 000 dollars le kilogramme, alors que les pêcheurs haïtiens recevraient seulement 0,34 à 1,70 dollar le kilogramme. Haïti n’est pas partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, la CITES, et l’absence de Parlement empêche actuellement l’achèvement du processus de ratification.

Le Groupe affirme que le secteur haïtien des civelles est largement dominé par Jean-Charles Moïse, homme d’affaires du Nord, secrétaire général de Pitit Dessalines, ancien sénateur du Nord et ancien candidat à la présidence. Selon le rapport, son réseau exercerait une influence sur la désignation de personnes affectées au bureau chargé des permis, sur le ministère de l’Agriculture et sur les douanes, et contrôlerait plusieurs étapes de la chaîne d’approvisionnement.

Les experts accusent ce réseau d’exercer des pressions sur certains agents des douanes afin de faciliter des fraudes fiscales, avec des risques de mutation, de représailles ou des offres de pots-de-vin en cas de refus. Ils affirment également qu’un réseau d’exportateurs illicites associé à Jean-Charles Moïse serait relié à un réseau régional de contrebande.

La saison 2024-2025, qui coïncidait avec la suspension des liaisons aériennes entre Port-au-Prince et les États-Unis par la Federal Aviation Administration, aurait conduit à l’utilisation de circuits clandestins dans le Nord impliquant notamment des agents des douanes haïtiennes et des propriétaires dominicains de bateaux privés. Un incident survenu à Fort-Liberté le 20 décembre 2024 a, selon le Groupe, permis de mettre en évidence une partie de ce dispositif. En juin 2026, les douanes d’un État Membre ont confirmé deux affaires de contrebande de civelles vivantes entre octobre et décembre 2024, reliées par une personne et un mode opératoire communs, sans les documents d’exportation et déclarations douanières requis.

Le rapport examine aussi les mouvements d’espèces entre les États-Unis et Haïti. Entre le 3 juillet 2025 et le 17 mai 2026, les autorités américaines ont confisqué au total 428 892 dollars à des personnes quittant les États-Unis pour Haïti après omission de déclarer des sommes supérieures au seuil légal de 10 000 dollars. Le Groupe estime que le transport clandestin d’espèces présente un risque de détournement vers les gangs ou d’autres réseaux criminels.

Au terme de ses investigations, le Groupe estime que la capacité de résistance des gangs ne peut être comprise uniquement à travers leurs chefs. « Il est peu probable que les efforts visant à neutraliser les chefs de gangs produisent des résultats durables s’ils ne s’accompagnent pas de mesures ciblant les réseaux qui les soutiennent », affirme le rapport, qui cite des acteurs politiques, économiques et sécuritaires ainsi que différents intermédiaires.

Les experts recommandent notamment au Conseil de sécurité de demander à la Force de répression des gangs d’établir un mécanisme d’enregistrement, de stockage et de gestion des armes, munitions et matériels saisis avant leur transfert aux autorités haïtiennes, et de signaler les pertes de matériel. Ils recommandent également au Comité des sanctions de poursuivre l’examen des informations accumulées par le Groupe entre 2023 et 2026 afin d’envisager, lorsque les critères sont réunis, de nouvelles inscriptions sur la liste des sanctions.

Ils préconisent aussi une assistance technique et financière à la stratégie 2026 de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion, un renforcement des moyens de la PNH et des FAd’H, notamment pour les enquêtes sur les enlèvements et les trafics, ainsi que des moyens aériens, maritimes, des véhicules tout-terrain et des motocyclettes.

Les États fournissant des contingents à la Force de répression des gangs sont appelés à garantir le respect du droit international des droits humains, à renforcer la prévention des violences sexuelles et fondées sur le genre et à intégrer ces obligations dans la formation préalable au déploiement et les règles d’engagement. Le Groupe recommande également que les sociétés militaires et de sécurité privées opérant en Haïti respectent le droit international des droits humains, les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme et le Code de conduite international des entreprises de sécurité privées.

Enfin, les experts recommandent au gouvernement haïtien d’envisager l’adoption d’un décret réglementant l’exploitation et le commerce des civelles dans l’attente d’une éventuelle adhésion d’Haïti à la CITES.

Le constat général du Groupe est que, malgré les gains territoriaux obtenus depuis décembre 2025, les gangs restent capables de se réapprovisionner, de se déplacer, de lever des fonds, de recruter et de s’adapter aux opérations de sécurité. « Le régime de sanctions imposées par l’Organisation des Nations Unies ne pourra produire pleinement ses effets que s’il vise également les acteurs qui soutiennent les activités des gangs », concluent les experts dans leur analyse de la crise haïtienne.