Haïti : l’OEA appelle à accélérer les efforts pour la sécurité, les élections et le renforcement des institutions…

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WASHINGTON, jeudi 3 Septembre 2026 (RHINEWS)– Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, a appelé jeudi à accélérer les efforts engagés en Haïti pour rétablir la sécurité, préparer des élections crédibles et renforcer durablement les institutions nationales, à l’issue d’une mission interaméricaine et internationale effectuée récemment à Port-au-Prince.

Présentant son rapport au Conseil permanent de l’OEA, M. Ramdin a estimé que « la sécurité et les élections sont les deux priorités les plus immédiates et interconnectées d’Haïti, et le rythme des progrès sur les deux doit être accéléré ».

La délégation conduite par l’OEA a rencontré les autorités haïtiennes, notamment le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi que plusieurs responsables des secteurs de la sécurité et de la justice. Albert Ramdin a salué « les efforts importants » entrepris par les autorités nationales dans un contexte sécuritaire particulièrement difficile.

Selon lui, le gouvernement haïtien a besoin d’un soutien national et international pour parvenir à l’objectif de « rétablir un gouvernement constitutionnel et démocratiquement élu à travers un processus électoral crédible ».

« Tous les acteurs en Haïti doivent agir dans l’unité et soutenir les autorités alors qu’elles conduisent le pays hors de la crise actuelle », a-t-il déclaré, tout en soulignant que les initiatives de la communauté internationale doivent rester « sous l’impulsion des autorités haïtiennes » et répondre aux priorités définies par celles-ci.

Sur le plan sécuritaire, le secrétaire général de l’OEA a décrit une situation « aiguë », marquée par l’emprise de groupes armés sur une grande partie de Port-au-Prince et leur progression dans d’autres régions. Il a estimé que les gangs contrôlaient « entre 80 et 90 % du territoire de Port-au-Prince », une estimation destinée à illustrer l’ampleur du défi auquel sont confrontées les autorités.

M. Ramdin a également fait état d’une hausse des enlèvements et d’autres crimes violents, selon les données communiquées par la Police nationale d’Haïti (PNH). Il a cité l’attaque meurtrière récemment perpétrée à Kenscoff comme « un rappel brutal de la gravité de la crise ».

Cette situation entraîne d’importantes conséquences humanitaires. Environ 1,5 million de personnes seraient déplacées, 6,4 millions auraient besoin d’une aide humanitaire et plus de 5,8 millions devraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en 2026.

Face à cette situation, Albert Ramdin a jugé « essentielle » la mise en place d’une force chargée de lutter contre les gangs, de reprendre les territoires contrôlés par les groupes armés, de contribuer au rétablissement des services publics et de créer les conditions nécessaires à la tenue des élections.

Il a identifié quatre objectifs sécuritaires immédiats : réduire le contrôle territorial des gangs, sécuriser les principales voies d’accès à l’aéroport international de Port-au-Prince, garantir un accès durable à l’aéroport et au port et rétablir des corridors sécurisés vers le nord et le sud du pays.

Les discussions avec la direction de la Force de suppression des gangs (GSF) ont, selon lui, renforcé la conviction que cette force doit disposer des effectifs, des financements, de la logistique et des capacités opérationnelles nécessaires pour produire des résultats.

« Nous exhortons tous les États membres de l’OEA et les partenaires internationaux qui ont promis du personnel, des équipements ou des ressources financières à accélérer la réalisation de ces engagements », a déclaré M. Ramdin.

Le secrétaire général de l’OEA a également indiqué que l’organisation poursuivait ses consultations avec la PNH. Il a notamment évoqué une rencontre avec le directeur général de la police haïtienne, consacrée aux moyens d’apporter une assistance à court terme à l’institution.

« Je ne parle pas ici de mois ou de trop nombreuses semaines, mais déjà de la semaine prochaine », a-t-il précisé, annonçant une mission destinée à affiner la planification et à améliorer l’efficacité des opérations.

Albert Ramdin a par ailleurs plaidé pour le renouvellement du mandat de la force internationale devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Il a indiqué que les membres de la délégation interaméricaine avaient exprimé leur soutien à cette démarche.

« Nous espérons que les Amériques pourront également parler d’une seule voix au Conseil de sécurité des Nations unies pour faire en sorte que cela se produise », a-t-il déclaré.

Au-delà de la réponse immédiate aux groupes armés, le secrétaire général de l’OEA a appelé à reconstruire durablement l’architecture sécuritaire haïtienne. Selon lui, la force internationale doit répondre aux impératifs urgents, tandis que des efforts parallèles doivent permettre de renforcer les institutions nationales appelées à assumer à terme la responsabilité de la sécurité publique.

« La reconstruction de la PNH doit placer les policiers haïtiens au centre de nos actions collectives », a-t-il affirmé, estimant nécessaire de créer les conditions d’une police professionnelle soutenue par un système de justice pénale efficace.

Il a également insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les nombreux partenaires internationaux engagés dans le renforcement des institutions sécuritaires haïtiennes. Cette coordination devrait s’appuyer sur un cadre de gouvernance clair garantissant aux autorités haïtiennes un rôle central dans la définition des priorités et la mise en œuvre des actions.

La situation sanitaire a également été abordée lors de la mission, avec la participation de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Albert Ramdin a souligné le rôle de cette organisation dans la réponse aux épidémies de choléra, l’assistance aux personnes déplacées, la prise en charge des traumatismes à Port-au-Prince ainsi que la protection des femmes et des enfants.

Il a annoncé un engagement visant à travailler avec la PNH à la création de centres de traumatologie destinés notamment à prendre en charge les policiers blessés.

« L’OEA, aux côtés de l’OPS et d’autres partenaires, travaillera à cette fin », a-t-il indiqué, appelant les États membres à contribuer à cette initiative par des aides matérielles ou financières.

Sur le plan électoral, Albert Ramdin a reconnu les efforts entrepris par le Conseil électoral provisoire (CEP), l’Office national d’identification (ONI), le gouvernement haïtien et d’autres institutions dans la préparation du scrutin prévu le 13 décembre. Il a toutefois estimé que le rythme des opérations devait être accéléré.

« Nos discussions avec le CEP ont clairement montré qu’une accélération des actions prévues dans le calendrier électoral est nécessaire de toute urgence », a-t-il déclaré.

Le secrétaire général de l’OEA a notamment appelé à « élargir et intensifier » les campagnes d’inscription des électeurs, tout en accélérant la production et la délivrance des cartes nationales d’identification et les campagnes d’information et de mobilisation de la population.

Une contrainte administrative particulière demeure, selon lui : pour s’inscrire comme électeur, un citoyen doit disposer d’une carte nationale d’identification valide, mais doit également procéder à une inscription électorale distincte.

« Cela crée une couche supplémentaire de bureaucratie, mais aussi des délais supplémentaires », a-t-il expliqué.

Selon les estimations présentées par l’OEA, environ un million de cartes d’identification restent à produire et à distribuer. L’ONI aurait besoin d’un soutien matériel accru pour combler ce déficit.

Dans ce contexte, M. Ramdin a annoncé la signature, lors de sa visite en Haïti, d’un accord de coopération entre le secrétariat général de l’OEA et le gouvernement du Japon, prévoyant une contribution supplémentaire de trois millions de dollars pour renforcer le système d’identification civile.

Cette enveloppe doit notamment permettre l’acquisition de 350.000 cartes d’identification biométriques, l’élargissement des services mobiles d’enregistrement et le renforcement de la coordination entre l’ONI et le CEP.

« Mais comme vous le constatez, un million fait encore défaut. Nous n’avons que 350.000 cartes. Une assistance supplémentaire est nécessaire », a déclaré Albert Ramdin.

L’OEA entend également accompagner les autorités haïtiennes sur les questions liées à l’intégrité du processus électoral et à l’éligibilité des candidats. M. Ramdin a estimé que toute préoccupation concernant l’éligibilité de candidats ou d’éventuels liens avec des activités illicites devait être examinée conformément au droit haïtien et aux normes électorales internationales.

« Nous allons nous rapprocher de la Commission de Venise afin d’obtenir davantage d’informations sur ces éléments, qui pourront être soumis à l’examen des autorités haïtiennes », a-t-il indiqué.

L’organisation poursuivra sa coopération technique avec le CEP à travers sa Task Force électorale, notamment pour le développement de systèmes destinés à l’enregistrement des représentants des partis politiques et des membres des bureaux de vote. Cette assistance s’appuie sur un précédent soutien de l’OEA au développement du logiciel d’enregistrement des candidats, désormais opérationnel et utilisé par le CEP.

« Au total, cinq experts travaillent actuellement en Haïti pour achever cette mission », a précisé M. Ramdin, ajoutant que l’OEA espérait pouvoir déployer prochainement d’autres experts.

Le secrétaire général de l’OEA a également confirmé que l’organisation avait reçu une invitation officielle du gouvernement haïtien pour déployer une mission d’observation électorale lors du scrutin de décembre.

« Nos équipes travaillent déjà à la préparation des accords-cadres et des propositions pour cette mission », a-t-il déclaré, soulignant que les contributions financières des partenaires seraient « essentielles » pour permettre le déploiement d’une mission d’observation de taille significative.

M. Ramdin a toutefois insisté sur la nécessité de distinguer clairement la coopération technique de l’observation électorale. « Nous veillerons à définir clairement quand commence et quand se termine le travail de coopération électorale et celui de la mission d’observation électorale », a-t-il assuré.

Au-delà de la sécurité et du processus électoral, le secrétaire général de l’OEA a plaidé pour des investissements à long terme dans le développement d’Haïti. Il a notamment mis l’accent sur l’éducation, l’emploi et l’inclusion sociale.

« Les investissements dans l’éducation, l’emploi et l’inclusion sociale sont les seuls moyens de consolider les acquis dans le domaine de la sécurité », a-t-il estimé, avertissant que, sans amélioration tangible des conditions de vie, notamment pour la jeunesse haïtienne, les progrès en matière de sécurité et de gouvernance démocratique resteraient fragiles.

La délégation ayant effectué la visite comprenait des représentants de plusieurs institutions interaméricaines et internationales, notamment l’Organisation des Nations unies, l’OPS, la Banque interaméricaine de développement, la Banque mondiale, la Banque de développement de l’Amérique latine et des Caraïbes (CAF), le Conseil interaméricain de défense et le Collège interaméricain de défense. Le secrétaire général de la CARICOM a également participé à la mission.

Albert Ramdin a indiqué que ces partenaires avaient notamment pour objectif d’identifier des synergies et de renforcer l’appui au développement du pays. Le Secrétariat à la sécurité multidimensionnelle de l’OEA met déjà en œuvre plusieurs projets en Haïti dans le domaine sécuritaire, tandis que l’organisation examine, avec ses institutions de défense, de nouvelles possibilités de coopération susceptibles de compléter les efforts de la force internationale.

M. Ramdin a également annoncé que la République d’Haïti avait signé des accords d’adhésion à la Banque de développement de l’Amérique latine et des Caraïbes (CAF), dans le cadre d’une opération facilitée par l’OEA. Cette adhésion devrait permettre à Haïti d’accéder à environ 168 millions de dollars sous forme de financements, de coopération technique et d’instruments de développement.

Un nouvel accord a par ailleurs été conclu avec l’organisation non gouvernementale brésilienne Viva Rio, avec l’appui du Canada, afin de renforcer la cohésion sociale et d’élargir les possibilités offertes aux jeunes et aux femmes affectés par les violences.

Ces différents engagements interviennent alors que les autorités haïtiennes poursuivent les préparatifs du scrutin du 13 décembre, dans un contexte marqué par d’importants défis sécuritaires, institutionnels, humanitaires et logistiques.