PORT-AU-PRINCE, samedi 19 juillet 2025 (RHINEWS) – En visite officielle à Port-au-Prince ce vendredi, le président colombien Gustavo Petro a réaffirmé l’engagement de son pays à appuyer Haïti dans sa lutte contre l’insécurité croissante. Il s’agit de sa deuxième visite dans le pays cette année, alors que les violences liées aux gangs continuent de se propager à un rythme alarmant.
Durant son séjour, M. Petro a annoncé l’ouverture d’une ambassade colombienne en Haïti, un geste diplomatique fort destiné à renforcer les liens bilatéraux. « Le temps est venu de véritablement s’unir », a-t-il déclaré lors d’un bref discours prononcé dans les nouveaux locaux de la mission diplomatique.
Le président colombien a rencontré le Premier ministre haïtien ainsi que les membres du Conseil présidentiel de transition, placés sous une pression croissante pour organiser des élections générales avant février 2026. Une réunion à huis clos a permis aux parties de discuter de projets de coopération dans plusieurs domaines : sécurité, commerce, éducation, agriculture et lutte contre le trafic de drogue.
Parmi les mesures concrètes envisagées figure la formation de policiers haïtiens par la Colombie. Des délégations haïtiennes se sont récemment rendues dans une entreprise publique d’armement colombienne afin d’évaluer les capacités de défense disponibles.
Cette coopération s’inscrit dans un contexte judiciaire sensible : la justice haïtienne poursuit les interrogatoires de 17 anciens soldats colombiens accusés d’implication dans l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Les suspects rejettent catégoriquement les accusations.
Une conférence de presse initialement prévue pour détailler les résultats de la visite a été annulée sans explication, après plusieurs heures d’attente des journalistes.
Malgré l’importance diplomatique de l’événement, quelques manifestants se sont rassemblés devant l’ambassade pour protester contre la visite du chef d’État colombien. « Nous avions un président. Ils l’ont tué », a crié un manifestant, en allusion aux Colombiens inculpés dans l’affaire Moïse.
La première visite de Petro, en janvier dernier, avait eu lieu à Jacmel, dans le sud du pays, après d’importants travaux d’aménagement de l’aéroport local et de la ville. Environ 3,8 millions de dollars avaient été investis par les autorités haïtiennes pour accueillir le dirigeant colombien.
Cette fois, Petro a atterri à Port-au-Prince, une capitale où plus de 90 % du territoire urbain est désormais sous le contrôle de groupes armés. Il était accompagné notamment du ministre colombien de la Défense, Pedro Sánchez.
La visite intervient quelques jours après une opération majeure menée par la police haïtienne, qui a permis la saisie de plus de 1 000 kilogrammes de cocaïne et la neutralisation de quatre présumés narcotrafiquants au nord du pays — un succès notable pour une institution en manque chronique de moyens humains et matériels.
Depuis le déploiement récent d’une mission internationale dirigée par le Kenya, avec l’appui des Nations Unies, les autorités haïtiennes tentent de regagner du terrain face aux gangs. Cependant, l’insécurité continue de s’étendre au-delà de la capitale, touchant désormais des localités de plus en plus nombreuses dans la région centrale du pays.
Selon un rapport récent des Nations Unies, au moins 4 864 personnes ont été tuées entre octobre 2024 et juin 2025 en Haïti. Par ailleurs, des centaines d’autres ont été victimes d’enlèvements, de violences sexuelles ou de trafic humain, et quelque 1,3 million de personnes ont été déplacées en raison des violences.

