PORT-AU-PRINCE, jeudi 10 septembre 2026 (RHINEWS)- Le ministère haïtien de la Défense annonce la finalisation prochaine du projet de règlement général des Forces armées d’Haïti (FAd’H), destiné à préciser l’organisation, les responsabilités et les modalités de fonctionnement de l’institution, remobilisée en 2017 après plus de deux décennies de disparition.
Le ministre de la Défense, Mario Andrésol, a présidé, mercredi 9 septembre, une séance de travail avec les membres du Haut État-Major des FAd’H consacrée à l’examen de ce projet de règlement général, selon un communiqué du ministère.
L’organigramme général et les différentes structures de l’institution ont notamment été examinés au cours de cette réunion. Les membres du Haut État-Major ont formulé des observations et des propositions portant notamment sur la cohérence de l’organisation interne et la coordination entre les différentes composantes des forces armées.
Pour Mario Andrésol, la modernisation des FAd’H ne doit pas se limiter aux équipements et aux infrastructures.
« La modernisation des FAd’H ne saurait se limiter aux équipements ou aux infrastructures », a déclaré le ministre, estimant qu’elle passe également par « la consolidation des structures, l’actualisation des normes et la mise en place de règles claires permettant à chaque niveau de l’institution de connaître précisément son rôle et ses responsabilités ».
Le ministre a par ailleurs insisté sur la nécessité de poursuivre les travaux en concertation avec le Haut État-Major afin de parvenir à un cadre réglementaire présenté comme « solide, cohérent et opérationnel ».
Le ministère de la Défense indique également être sur le point d’achever une nouvelle doctrine des FAd’H. Le règlement général et cette doctrine sont présentés comme deux instruments complémentaires devant encadrer l’organisation, les missions et le fonctionnement de l’institution.
La démarche intervient près de neuf ans après la remobilisation des Forces armées d’Haïti, décidée sous la présidence de Jovenel Moïse en 2017. Les FAd’H avaient été démantelées au milieu des années 1990, après le retour au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide, dans le contexte de la fin du régime militaire issu du coup d’État de 1991.
La chronologie nécessite toutefois une distinction. Le processus de démantèlement et de réorganisation a été engagé après le retour d’Aristide en 1994, tandis que les derniers éléments de l’ancienne armée ont été officiellement écartés en 1995. Des documents américains d’archives indiquent notamment que le président Aristide a officiellement congédié les derniers membres de l’armée le 17 janvier 1995.
La disparition des FAd’H était intervenue après plusieurs décennies d’implication directe de l’armée dans la vie politique haïtienne. L’institution avait notamment été associée à plusieurs coups d’État et à des périodes de répression politique. Des organisations de défense des droits humains et différentes enquêtes ont également documenté ou dénoncé des exactions attribuées à des militaires ou à des structures liées à l’armée, notamment des meurtres, des actes de torture et d’autres violations des droits humains.
L’armée avait notamment joué un rôle central dans le coup d’État du 30 septembre 1991 contre Jean-Bertrand Aristide. La période du régime militaire qui a suivi a été marquée par de nombreuses violences et violations des droits humains, avant le retour d’Aristide en octobre 1994 à la faveur de l’intervention internationale.
La dissolution de l’ancienne armée avait également suscité des controverses, certains défenseurs de son maintien estimant qu’Haïti devait conserver une capacité militaire nationale. La création et le développement de la Police nationale d’Haïti avaient parallèlement consacré un nouveau dispositif de sécurité intérieure reposant principalement sur une force civile.
Après plus de vingt ans sans armée, les FAd’H ont été remobilisées en novembre 2017 sous la présidence de Jovenel Moïse. Cette nouvelle institution devait être distincte de l’ancienne armée et se concentrer notamment sur la défense du territoire, la surveillance des frontières et certaines missions d’appui aux autorités civiles.
Depuis leur remobilisation, les nouvelles FAd’H évoluent cependant dans des conditions de fonctionnement difficiles, avec des défis liés aux infrastructures, aux équipements, à la formation, aux ressources disponibles et aux conditions de travail des militaires. Ces contraintes sont d’autant plus importantes que l’institution est appelée à se développer dans un pays confronté à une grave crise sécuritaire et à une forte pression sur l’ensemble de ses structures de défense et de sécurité.
La reconstruction de l’armée intervient ainsi dans un contexte très différent de celui qui avait conduit à sa dissolution. Elle pose également la question de la définition précise de ses responsabilités par rapport à la Police nationale d’Haïti, ainsi que de son encadrement par les autorités civiles et du respect des normes relatives aux droits humains.
Le ministère de la Défense présente l’élaboration du nouveau règlement général et de la doctrine militaire comme une étape de la professionnalisation des FAd’H. Leur adoption devra toutefois permettre de déterminer plus précisément les structures, les responsabilités hiérarchiques, les missions et les règles de fonctionnement d’une institution encore en phase de reconstruction.

