NEW-YORK, vendredi 3 juillet 2026 (RHINEWS)–Le Conseil de sécurité des Nations unies doit tenir en juillet sa réunion trimestrielle consacrée à la situation en Haïti, dans un contexte de dégradation persistante de la sécurité, d’aggravation de la crise humanitaire et d’incertitudes politiques prolongées, selon les éléments de cadrage du programme de travail onusien. Cette séance devrait être marquée par des exposés du représentant spécial et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, ainsi que par la présentation du dernier rapport du Secrétaire général attendu le 14 juillet. La directrice exécutive de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Monica Juma, ainsi que le représentant spécial pour la Force de suppression des gangs (GSF), Jack Christofides, pourraient également intervenir lors des consultations à huis clos, dans un contexte où la communauté internationale tente de redéfinir son approche face à l’effondrement sécuritaire haïtien .
La situation sécuritaire reste dominée par l’emprise des groupes armés sur de vastes zones de la capitale et la persistance de violences caractérisées par des homicides, des enlèvements et des violences sexuelles, dans un climat d’impunité généralisée. Selon les données du dernier rapport du BINUH couvrant la période de janvier à mars, 1 642 personnes ont été tuées et 745 blessées, une majorité des victimes étant liée à des opérations menées par les forces de sécurité haïtiennes, parfois appuyées par la GSF et des acteurs privés de sécurité. Le document souligne également que 69 % des victimes sont tombées lors d’opérations de sécurité contre les gangs, tandis que 196 civils non impliqués dans les activités criminelles ont été tués dans ce contexte. Le rapport mentionne par ailleurs l’utilisation de drones explosifs, ayant causé la mort ou des blessures à au moins 69 personnes, dont cinq enfants, dans des opérations attribuées à un prestataire militaire privé non nommé mais déjà identifié dans des précédentes analyses onusiennes et médiatiques comme Vectus Global .
Les violences sexuelles demeurent particulièrement préoccupantes, avec au moins 291 femmes et filles, ainsi qu’un homme, victimes de viols ou d’autres formes de violences sexuelles attribuées aux groupes armés sur la même période. La situation des enfants est également jugée critique, le Secrétaire général ayant indiqué dans son rapport annuel sur les enfants et les conflits armés que 2 088 violations graves ont été enregistrées contre 1 661 enfants en 2025, dont 892 recrutements par des groupes armés et 620 enfants tués ou mutilés.
Sur le plan politique, l’absence de calendrier électoral demeure un point central des préoccupations du Conseil. Depuis la dissolution du Conseil présidentiel de transition en février, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé exerce l’autorité exécutive dans un contexte institutionnel fragilisé, tandis que les perspectives d’organisation d’élections nationales restent incertaines. La fragmentation du paysage politique et l’effondrement de plusieurs institutions continues de compliquer la définition d’un cadre de transition stable.
La crise humanitaire s’aggrave parallèlement, avec environ 1,47 million de personnes déplacées internes selon les données de l’Organisation internationale pour les migrations, tandis que plus de 6 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Les retours forcés de migrants depuis les pays voisins, estimés à plus de 25 000 personnes en mai, ajoutent une pression supplémentaire sur des services publics déjà fortement dégradés et sous-financés.
Les débats au Conseil de sécurité devraient également porter sur les différentes options de désengagement et de réinsertion des membres de gangs, dans le cadre des propositions du Secrétaire général. Trois scénarios ont été présentés, allant d’un programme minimal estimé à 13,5 millions de dollars par an à un dispositif global de réinsertion et de reconstruction évalué entre 100 et 150 millions de dollars sur plusieurs années, le Secrétaire général recommandant la mise en œuvre de cette dernière option, adossée à un fonds fiduciaire multipartite co-présidé par l’ONU et les autorités haïtiennes.
Dans ce contexte, la question du soutien international reste centrale, notamment après la transformation de la mission multinationale de sécurité en Force de suppression des gangs, ainsi que les interrogations persistantes sur son efficacité, sa gouvernance et le respect des droits humains dans le cadre des opérations. La visite récente du Secrétaire général António Guterres en Haïti a mis en avant la nécessité de renforcer la lutte contre la circulation des armes, de consolider l’État de droit et de garantir le respect des droits fondamentaux dans toute réponse sécuritaire, alors que les divisions persistent entre les membres du Conseil sur les modalités d’intervention et les équilibres entre sécurité, souveraineté et responsabilité internationale.

