NEW-YORK, lundi 20 octobre 2025 (RHINEWS) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira ce mercredi 22 octobre 2025 pour un briefing consacré à la situation en Haïti, dans un contexte d’aggravation de la crise humanitaire et sécuritaire. La séance, présidée par le Représentant spécial du Secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, sera suivie de consultations à huis clos. Un représentant du Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pourrait également intervenir.
Ce nouveau débat intervient après l’adoption de deux résolutions majeures sur Haïti : l’une créant la Force de suppression des gangs (FSG) et l’autre renouvelant le régime de sanctions contre des figures clés du banditisme et de la corruption.
La résolution 2793 (2025), adoptée début octobre sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies, autorise la création de la FSG, appelée à succéder à la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS). Cette force internationale, forte de plus de 5 500 membres, aura pour mandat de neutraliser les groupes armés, de protéger les infrastructures vitales et d’appuyer la Police nationale d’Haïti (PNH) dans la restauration de l’ordre public.
« Cette force marque un tournant décisif dans la lutte contre les gangs qui terrorisent la population, paralysent l’économie et menacent la souveraineté nationale », a déclaré un diplomate du Conseil, saluant l’unanimité du vote.
Le texte précise que la FSG pourra mener des opérations « indépendamment ou conjointement avec la PNH » et qu’elle devra respecter « les principes du droit international humanitaire et des droits humains ». Le Kenya, la Jamaïque et le Béninfigurent parmi les premiers pays contributeurs.
La seconde résolution, 2794 (2025), adoptée le 17 octobre 2025, renouvelle pour un an le régime de sanctions sur Haïti et élargit son champ d’application à Kempes Sanon, chef du gang Bel Air, et Dimitri Hérard, ancien chef de la sécurité présidentielle, tous deux accusés par les États-Unis de soutenir l’organisation terroriste « Viv Ansanm ».
« Les sanctions constituent un instrument de dissuasion et de justice, à condition qu’elles soient pleinement appliquées », a déclaré le représentant haïtien à l’ONU, appelant les États voisins à « une vigilance accrue dans le contrôle des flux d’armes ».
Cette résolution élargit également la portée du régime punitif aux entités impliquées dans le commerce illégal de ressources naturelles, le blanchiment d’argent et le trafic de stupéfiants et d’armes.
Sur le terrain, la situation humanitaire atteint un seuil critique. Selon la Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 1,4 million de personnes ont été forcées de fuir leurs foyers en raison des violences, soit un chiffre record jamais observéen Haïti. Ces déplacés, majoritairement des femmes et des enfants, vivent dans des conditions précaires, souvent sans accès à l’eau, à l’alimentation ni aux soins de santé de base.
« Chaque nouvelle flambée de violence provoque un déplacement massif de familles déjà vulnérables », souligne l’OIM, évoquant une crise d’une ampleur comparable à celle des plus grandes urgences humanitaires mondiales.
Les agences onusiennes estiment que près de 5 millions d’Haïtiens ont aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire urgente. La capitale Port-au-Prince demeure en grande partie sous le contrôle de coalitions criminelles qui se disputent le territoire et les axes économiques vitaux.
Le briefing du 22 octobre visera à évaluer la mise en œuvre des deux résolutions, à suivre les préparatifs du déploiement de la FSG et à examiner les mécanismes de coordination entre le BINUH, la CARICOM, l’Union africaine et les autorités haïtiennes.
Ce rendez-vous diplomatique s’annonce décisif pour mesurer la capacité de la communauté internationale à endiguer la violence, à alléger la souffrance humanitaire et à relancer la transition politique vers des institutions stables et légitimes.

