PORT-AU-PRINCE, samedi 7 février 2026 (RHINEWS)– Le mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) prend fin ce 7 février 2026 dans un climat de fortes tensions politiques, marqué par ce que plusieurs analystes décrivent comme une reprise en main décisive du dossier haïtien par les États-Unis et la reconduction de Didier Fils-Aimé à la tête de l’exécutif.
Me Sonet Saint-Louis estime que « la décision du gouvernement américain d’écarter totalement le Conseil présidentiel de transition de la gestion d’Haïti n’est pas seulement un acte politique brutal : elle révèle aussi une fracture éthique ». Washington, selon cette analyse, reproche aux dirigeants du CPT d’avoir entretenu des liens avec des gangs criminels désormais classés comme organisations terroristes, accusés d’être responsables de « l’assassinat de milliers d’Haïtiens ».
Selon l’auteur, les dernières assises du CPT, organisées à l’Hôtel Montana, ont illustré « à quel point la politique haïtienne peut devenir un terrain malsain, un refuge pour des acteurs souvent incompétents, ambitieux et cyniques ». Il souligne que les choix des conseillers ne relèveraient pas de l’irrationalité, mais d’« une rationalité politique différente », guidée par leurs intérêts propres et un agenda précis.
Le texte affirme que les membres du CPT « ne s’attendaient peut-être pas à rencontrer l’opposition farouche des États-Unis au renversement de Didier Fils-Aimé », présenté comme la figure appelée à conserver le pouvoir à l’issue de la transition. « Le déplacement de la souveraineté nationale n’a rien de nouveau », écrit Sonet Saint-Louis, rappelant que, dans l’histoire d’Haïti, « l’arbitre se trouve souvent à Washington ».
La présence de bâtiments de guerre américains dans la rade de Port-au-Prince est interprétée comme « un signal adressé à ceux qui menacent la stabilité du pays et les intérêts de Washington en Haïti ». L’auteur estime que les contestations juridiques autour de la résolution ayant conduit au renvoi du Premier ministre relevaient de « manœuvres dilatoires » destinées à masquer « une réalité brutale : le centre du pouvoir s’est officiellement déplacé vers Washington ».
Dans ce rapport de force, « l’issue paraît tranchée », selon l’analyse : « le CPT s’efface, Didier Fils-Aimé est reconduit ». Une situation qui soulève, toutefois, une interrogation centrale : « existe-t-il une force, une stratégie nationale ou un consensus capable de contester cette décision américaine et de redonner aux acteurs haïtiens la maîtrise de la résolution de la crise ? »
Tout en reconnaissant que la nouvelle gouvernance bénéficie « de l’aval des décideurs internationaux », Sonet Saint-Louis souligne que « les développements à venir demeurent incertains », notamment quant à la capacité de la présence militaire américaine à prévenir une nouvelle crise politique.
Dans une réflexion plus large sur la responsabilité des élites, l’auteur estime que celles-ci « ont bradé l’État » et que leurs choix « obéissent moins à l’intérêt général qu’à des calculs financiers ». Citant le philosophe Hegel, il rappelle que « la responsabilité est la destination suprême de l’homme », appelant à une remise en question profonde afin d’éviter la répétition des impasses historiques.
« Haïti est humiliée par la corruption de ses élites », conclut-il, tout en affirmant qu’« en politique, rien n’est irréversible » et qu’« il existe toujours un pouvoir d’agir », appelant à préserver l’espoir d’une sortie de crise fondée sur la responsabilité et la souveraineté nationale.

